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Les citadins n'ont pas le monopole de la culture avec un grand C. Dans les fermes aussi, des agricultrices et des agriculteurs lâchent le manche pour vivre à fond leur passion. Comme Aurélie Cudonnec, agricultrice à Poullaouen, qui se consacre à la peinture et au théâtre.
Le lundi soir est sacré chez cette femme qui parle de ses cours de peinture comme d'une thérapie. "Tous les lundis, je participe à un atelier de peinture", raconte-t-elle, précisant, qu'au départ, elle n'avait pas de talent particulier pour le dessin. "Ça s'apprend", assure-t-elle , préférant mettre l'accent sur les bienfaits que lui procure cette activité. "Pour moi, ces deux heures hebdomadaires me permettent de me concentrer sur autre chose, d'oublier les soucis quotidiens. À la sortie, je suis comme vidée".
Le mardi soir, rebelote, mais dans un autre registre : le théâtre. "Toute l'énergie accumulée ressort", explique-t-elle. "Cette expérience permet de s'extérioriser, de prendre l'air". Ces deux séances terminées, cette agricultrice se sent bien dans sa peau pour continuer la semaine sur l'exploitation. Et auprès de sa famille. "Moi qui ai travaillé dans la restauration, je ne comprends pas les agricultrices qui se plaignent. Sur une ferme, on peut facilement se libérer sans prendre de RTT".
Créativité et liberté
Agriculteur en Loire-Atlantique, Gérard Poisson, a créé avec d'autres agriculteurs, un spectacle associant le chant, la poésie, le théâtre, l'humour et la musique. Une façon de se rendre la vie agréable, de ne pas subir et de tendre "vers un, équilibre personnel", dit cet exploitant en Gaec avec 5 autres personnes sur 170 ha. "Cette activité est d'autant plus essentielle que la valeur travail, très importante dans le milieu agricole, est durement secouée ces temps-ci". Pour cet agriculteur, cette activité constitue aussi une ouverture vers les autres. "Si on veut attirer les jeunes vers le métier, il faut aussi montrer que liberté et créativité ne sont pas de vains mots quand on est paysan".
Mathieu Hamon, de Loire-Atlantique, a également franchi une marche supplémentaire en s'investissant dans une double activité qui répond à son besoin de liberté et d'épanouissement. "Je suis agriculteur et chanteur. Je ne considère pas le chant comme un loisir, mais comme une activité à part entière", justifie ce jeune agriculteur qui sourit à l'idée des "qu'en-dira-t-on" qui ont pu accompagner ses débuts. "Dans les campagnes, il y a une chape culturelle. On doit travailler tout le temps sous peine d'être taxé de fainéant".
Autrement dit, chanter n'est pas travailler. Mais pour Mathieu ce choix, ou plutôt ce "non-choix" pour reprendre son expression, est une philosophie de vie fortement teintée de liberté d'esprit. Un équilibre qui allie "le contraste entre l'agitation du spectacle et le calme avec les vaches"…
OPINION
Christine Corvest, présidente du GVAF de Carhaix.
« Le besoin de faire autre chose »
Ces témoignages d'agriculteurs montrent que l'on peut aimer son métier et vouloir faire autre chose. Écouter ses aspirations personnelles est possible sur une ferme, tout en conciliant vie familiale et travail sur l'exploitation.
Le contexte difficile que connaît l'agriculture ne doit pas conduire à se renfermer. Les activités extraprofessionnelles sont autant de moments privilégiés pour prendre du recul, pour renouer le dialogue. Car, même si nous ne sommes pas aux 35 heures, nous sommes en droit de nous libérer pour nous rapprocher le plus possible des autres catégories socioprofessionnelles et ainsi rester en cohérence avec la société. La recherche d'une meilleure organisation du travail doit nous aider à nous libérer et nous inciter à être acteur du monde rural.
Didier Le Du
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