|
Souci de diminuer la charge de travail, choix économique, mais surtout contexte environnemental qui empêche de tout engraisser sur site : l'élevage à façon ou mise en pension des charcutiers est particulièrement localisé en Bretagne.
Cette pratique s'est surtout développée à partir de 1995. Elle répond à l'impossibilité de faire évoluer son atelier (cantons en Zes) et permet d'absorber les gains de prolificité. Les données d'Agreste donnent 873 000 porcs bretons mis en pension. Un chiffre quasi stable ces 3 dernières années.
Des résultats techniques comparables
Pour en savoir plus sur cette sous-traitance, les EDE-Chambres d'agriculture de Bretagne ont mené une étude à partir d'une enquête conduite auprès de 92 post-sevreurs, post-sevreurs engraisseurs ou engraisseurs de Bretagne. Ce travail, intitulé "Intérêt et pérennité du travail à façon", délivre quelques surprises, mais surtout de nombreux éléments de réflexion sur un sujet peu étudié jusqu'ici.
Première surprise. Alors que les groupements et les fabricants d’aliment considèrent souvent les façonniers moins performants que les naisseurs-engraisseurs, l'analyse objective des résultats infirme ce ressenti. Autrement dit, les porcs élevés à façon atteignent en moyenne des performances comparables à celles obtenues en GTE Bretagne (Voir tableau). Et ce n'est pas le tri des porcelets effectué par la moitié des éleveurs qui explique ce résultat, puisqu'en réalité il n'y a pas de différence entre poids d'entrée sur le site en propre et le site à façon.
Les résultats techniques des façonniers sont sans doute à mettre en relation avec un parc bâtiments qui n'est peut-être pas en si mauvais état qu'on voudrait parfois le considérer. Certes, il s'agit le plus souvent de bâtiments amortis, construits dans deux tiers des cas depuis une vingtaine d'années. Mais un quart des bâtiments a aussi été rénové depuis 5 à 10 ans. Et généralement, les bâtiments sont bien entretenus rélève l'enquête. Ces porcheries disposent d'ailleurs d'une structure relativement contemporaine : caillebotis intégral (près de la moitié), soupe, nourrisseur avec chaîne.
Un calcul à faire
Elle est en partie là, la clé de la sous-traitance porcine. Avec un bâtiment amorti mais bien entretenu, le façonnier (et le fournisseur de porcs) s'y retrouve : les charges de remboursement d'emprunts ne grèvent pas sa marge et le bon état du bâtiment permet d'obtenir des performances techniques compatibles avec une rémunération aux résultats.
Certes beaucoup d'éleveurs ayant recours à la sous-traitance aimeraient réduire cette forme d'élevage. Mais, d'après l'approche économique des EDE-Chambres d'agriculture, la capacité à investir doit être de 353 euros/place pour que cette situation soit équivalente au façonnage.
Reste que cette capacité à investir évolue favorablement si l'éleveur peut espérer une amélioration des résultats techniques en rapatriant ses charcutiers. Ainsi, pour une différence de 0,10 point d'IC entre site d'origine et le façonnage, l'investissement peut augmenter de 44 euros/porc pour un même résultat économique. La capacité à investir est encore améliorée de 31 euros/place pour 1 % de perte en moins,etc.
Dans l'hypothèse d'un rapatriement sur site, il faut aussi considérer l'abandon des charges liées au façonnage (bouclage, transport, vaccinations…). De l'autre côté de la balance, il faut néanmoins tenir compte du coût supplémentaire lié à l'achat du droit à produire, voire du traitement de lisier… Mais le rapatriement reste parfois la seule alternative pour se garantir face à l'arrêt d'activité possible de certains ateliers de façonnage.
D. Le Du,
d'après étude EDE-Chambre d'agriculture sur "l'intérêt et la pérennité du travail à façon".
Etude de Laïtitia le Moan, Sandrine Pierre,
Jean-Pierre Quillien, Hervé Roy et Lionel Coltais,
EDE-CA de Bretagne.
La rémunération, question centrale
Aujourd'hui, le système de rémunération le plus répandu tient compte des résultats techniques. La rémunération à prix fixe est aussi une pratique qui a cours.
En plus des frais de prestation de service, faire élever ses porcs à l'extérieur de l'exploitation entraîne, des charges liées à l'identification des porcelets, à la vaccination Aujeszky, au DSAP (document d'accompagnement sanitaire), au transport des porcelets (0,962 euro en moyenne par porcelet). Parfois, des éleveurs doivent également faire face à une différence au niveau du prix de l'aliment pour les sites extérieurs. Quant aux dépenses de santé, prises en charge pour l'essentiel par le fournisseur de porcelets, elles représentent en moyenne 2 euros/porc. Enfin, dans le cadre du façonnage, il convient également de tenir compte du temps.
En 2002-2003, la rémunération par porc produit était de 13,64 euros pour un porc standard et 15,08 par porc lourd (enquête EDE-Chambre d'agriculture). La variabilité est relativement importante : les extrêmes vont de 10,67 à 17,53 euros par porc sorti pour les naisseurs-engraisseurs partiels.
|
|