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Le secteur "semences" français est l'un des plus importants au monde : la France est le premier producteur de semences de l'Union européenne et le troisième exportateur mondial. Depuis longtemps, les acteurs économiques de cette filière se sont organisés avec l'appui des pouvoirs publics. Notre pays a eu un rôle moteur dans la création des catalogues de variétés, la mise en place des droits de propriété intellectuelle, la certification des semences.
Le pivot central de cette organisation est l'interprofesssion semences, le GNIS, où sont réunies toutes les familles de la filière : les obtenteurs de variétés, les sociétés productrices de semences, les agriculteurs-multiplicateurs, le circuit de distribution mais aussi les agriculteurs utilisateurs. La délégation Ouest, sous la responsabilité d'Yves Yquel, a pour mission principale "de contrôler la production, la certification et la commercialisation des semences". En Bretagne, la multiplication de semences concerne globalement 943 agriculteurs pour une surface de 9440 ha (voir repères).
Peu de signes positifs en biotechnologie
Philippe Gracien, directeur général, a abordé les préoccupations des responsables du Gnis. 2004 a permis une avancée dans le domaine des biotechnologies. En avril, la réglementation a été complétée par la mise en œuvre de réglements sur la traçabilité, l'étiquetage ainsi que la mise en marché de produits contenant des OGM. Il existe encore de profondes divergences entre les Etats membres.
La faiblesse des expérimentations demeure un souci pour la filière. En effet, les surfaces cultivées en plantes génétiquement modifiées continuent à progresser dans le monde (plus de 70 millions d'ha dans le monde). Elles sont quasi-inexistantes en Europe, sauf en Espagne où elles atteignent 50 000 ha. "Cette absence de développement conduit certaines sociétés, françaises notamment, à réduire leurs efforts de recherche en biotechnologies et la plupart des entreprises à délocaliser sur d'autres continents".
"La recherche doit se faire dans des conditions sécurisées, en France", souligne P. Gracien. Notre pays n'a pas transcrit en droit national, la directive 2001 sur la dissémination des OGM dans l'environnement. L'éventuel développement des plantes génétiquement modifiées repose aussi sur la définition de règles de coexistence entre les différents modes de culture (conventionnel, biologique et biotechnologique).
La réforme de la Pac
La réforme de la Pac peut également modifier les perspectives d'avenir de la production de semences. Pour les grandes cultures, le découplage sera partiel (75 %). Les semences fourragères vont rentrer dans le cadre du découplage total. "Cette situation représente un pari sur l'avenir. Elle risque de renchérir les coûts de production français par rapport à d'autres pays européens qui n'ont pas choisi les mêmes règles", souligne P. Gracien. L'interprofession souhaite des mesures complémentaires afin de maintenir une production de semences compétitive dans les bassins de production français.
L'autre interrogation concerne la réaction des agriculteurs face aux aides découplées. Certains seront-ils tentés de désintensifier, de réduire l'utilisation de semences certifiées ? Le Gnis sera vigilant à l'évolution des taux d'utilisation qui actuellement se situent autour de 50 % pour le blé d'hiver, 70 % pour l'orge, 45 % pour le pois protéagineux et 70 % pour le colza.
Traitements de semences «remis en cause»
La remise en cause du concept de protection des semences constitue une préoccupation supplémentaire. En effet, le Régent et le Gaucho sont utilisés depuis de nombreuses années dans l'enrobage des semences. Cette année, le fipronil (Régent) a été interdit sur l'ensemble des cultures et le Gaucho sur maïs. "C'est une application exagérée du principe de précaution, car il n'y a pas de proportionnalité entre les mesures décidées et le risque supposé. Il n'y a plus de traitement insecticide disponible en enrobage de semences. Or, la lutte contre les insectes demeure un problème. Les agriculteurs devront employer des produits de plein champ et effectuer des traitements à des doses plus défavorables à l'environnement."
Cette mesure remet également en cause nos exportations de semences puisque ces produits d'enrobage sont interdits uniquement en France et autorisés dans les autres pays. Il y a donc un risque sérieux de délocalisation d'une partie de la production et de l'usinage des semences pour les espèces concernées et donc de perte de valeur ajoutée et d'emploi.
Plusieurs agriculteurs sont tentés par les semences paysannes. Mais quelle protection assurent-elles vis-à-vis des utilisateurs ? "Une semence dite certifiée garantit la pureté de la variété, sa propreté vis-à-vis des mauvaises herbes (par exemple folle-avoine), son taux de germination, son état sanitaire", explique Yves Yquel. Tous ces éléments doivent être maintenus car l'enjeu est énorme, notamment au niveau sanitaire.
Patrick Bégos
Repères
La Bretagne occupe une place prépondérante dans la production de semences.
- plants de pommes de terre : 1336 t (36 % de la production française)
- céréales : 194 002 q (3%)
- potagères –échalotes- (80 %)
Alors qu'elle ne représente que 6,1 % de la SAU française, la Bretagne utilise une bonne part des semences certifiées françaises.
- céréales 370 699 q (5,8 % de la production française)
- maïs 820 598 doses (15 %)
- fourragères (21 %)
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