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«L'effondrement catastrophique du marché de l'œuf a et aura des conséquences sur le revenu de toute la filière », déclare Jean Quennemet, président d'Armor Œufs devant les adhérents du groupement. Avec un niveau moyen de cotation Rungis de 4,53 euros les 100 œufs sur l'année 2004, on se situe nettement au dessous du prix de revient. En effet, les ventes sur la région parisienne devraient se faire autour de 6,50 à 6,60 euros les 100, compte tenu des frais d'approche.
Le marché de l'œuf s'est segmenté depuis quelques années avec des écarts importants de valorisation selon les destinations. Pour Armel Le Beller, directeur d'Armor Œufs, il existe 4 marchés. En bas de l'échelle, celui des œufs stockés en frigo, valorisés actuellement à 3,50 euros les 100. A l'opposé, le marché de l'œuf coquille où l'on peut argumenter sur la fraîcheur, la qualité sanitaire… avec des prix atteignant 6,50 euros. Entre ces deux extrêmes, les marchés de la casserie (4,50) et du hard-discount (5,50).
Abattage anticipé
Armor-Œufs souhaite vendre le minimum sur les marchés de casserie et du stockage frigo. D'où la solution engagée depuis quelques mois d'abattre des poules pour essayer de maintenir les cours. Le vide sanitaire est indemnisé partiellement aux éleveurs grâce à la caisse de péréquation interne du groupement.
150 000 poules ont ainsi été abattues par anticipation, d'autres suivront. Décembre est généralement meilleur au niveau de la demande, mais on peut appréhender janvier où les cours risquent à nouveau de s'effondrer.
Cet état catastrophique du marché s'explique par une production supérieure à la demande. En France, de janvier à décembre 2004, la production d'œufs est en hausse de 3,2 % par rapport à 2003. En douzième période, c'est-à-dire en novembre 2004, la production serait supérieure de 5,1 % à celle enregistrée en novembre 2003.
Surproduction européenne
Au niveau européen, le constat est identique. À fin septembre 2004, la production des Quinze serait supérieure de 5,3 % au niveau enregistré à la même période de 2003 et de 2 % par rapport à 2002. Tous les pays européens sont concernés par la hausse. Les Pays-Bas se rapprochent de leur niveau de production atteint avant l'influenza. La production espagnole est attendue en hausse de 3 % sur les 9 premiers mois, la production belge de 8,5 % et la production allemande serait supérieure de 10,2 % à la même période de 2003.
Certes, la solution de réforme anticipée des poules décidée par Armor-Œufs n'a pas contribué à relever le marché. « Nous n'avons pas non plus chargé le marché car il ne servait à rien de produire pour vendre au coût alimentaire », ajoute Armel Le Beller. « On voulait accompagner, voire sauver la contractualisation ». L'abattage anticipé a permis de ne pas stocker des œufs au frigo. « Nous essayons d'être en prise directe avec le marché ».
Financement
des investissements bien-être
L'application de la directive bien-être constitue une autre préoccupation. « Le rapport intermédiaire qui sera transmis à la Commission début 2005 ne remettra pas en cause, l'application de la directive », pense Jean Quennemet. L'une des conséquences de cette application sera l'augmentation du coût de production de 15 %. « Si nous ne sommes pas compétitifs, les importations arriveront sur le marché et la production locale devra être réduite ».
Les producteurs auront-ils les moyens de changer les cages pour passer à 750 cm2 par poule d'ici 8 à 10 ans ? « Non, s'il n'y a pas d'aides », répond Jean Quennemet. Dans le cadre du développement rural, des financements seraient possibles pour les investissements liés au bien-être. Cependant pour percevoir ces aides communautaires, il faut un co-financement national, voire régional.
« Toute la difficulté consiste à obtenir ce co-financement. La profession sera-t-elle assez unie, assez tenace pour obtenir les crédits nécessaires. Nos politiques doivent comprendre que sans aides nationales ou régionales, nous ne pouvons obtenir les aides communautaires », déclare le président. Cette recherche de financement constitue un enjeu supplémentaire pour le maintien d'une filière compétitive de production d'œufs en Bretagne.
Patrick Bégos
Des poules de réforme bradées
Le prix de la poule de réforme s'effondre également à des niveaux encore jamais atteints. Sur les 47 premières semaines de 2004, le cours moyen est de 0,06 euro par kg, nettement plus bas que 2003 (0,12 euro) et 2002 (0,16 euro). Ces poules sont exportées pour la majeure partie d'entre elles vers les pays tiers. Les responsables du groupement s'insurgent contre la volonté de l'Etat d'appliquer une taxation de 278 euros/t. pour l'équarissage. Avec cette nouvelle taxation, les abattoirs sont contraints de faire participer les éleveurs à l'élimination des poules saisies.
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