Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Annie et Jean-Yves étaient paysans, ils ont décidé de changer de vie
 
Fiers d’avoir été paysans, heureux d’amorcer une reconversion. Annie et Jean-Yves Lorgeré ont été pendant plus de 20 ans producteurs de lait dans l’Ouest des Côtes d’Armor. Jusqu’en 2001, où ils ont décidé de quitter le métier. « Bien sûr quelques-uns ont été surpris, car nous n’avions pas de difficultés financières. L’affaire était saine et nous avions un bon troupeau avec une passion reconnue pour l’élevage», souligne Jean-Yves.
En fait rien ou presque ne les obligeait à partir. Une installation des plus classiques en 1977 en Gaec avec les parents, puis une expérience de plus de 10 ans en association avec un tiers. « Nous nous sommes séparés en 1999, car nous n’avions pas exactement les mêmes objectifs ». Mais visiblement cela ne s’est pas fait dans la douleur.

Rebondir à 50 ans

Cette séparation les confortera néanmoins dans leur idée. « Nous savions que nous ne terminerions pas notre carrière professionnelle en agriculture. L’envie d’aller voir ailleurs était trop forte ». Et cette dissolution du Gaec n’a en réalité qu’ouvert un peu plus largement la porte vers une sortie programmée à plus ou moins brève échéance. Une sortie facilitée par le fait qu’aucun des 3 enfants ne se destinait à prendre la succession.
Courant 2000, la décision est prise. « Ils partent ». L’affaire est mise en vente. Annie reprend une formation en BTS Acse sur un an à Monfort-sur-Meu (35), alors que Jean-Yves poursuit l’activité, le temps que se négocie la reprise avec les candidats repreneurs et s’opère la transmission. « Négocier le départ n’était pas le plus facile, compte tenu notamment des moyens de production : 42 ha et 348 000 litres de lait. Il faut faire quelques concessions». Une réelle satisfaction cependant, l’exploitation est cédée à deux jeunes pour s’installer. « Nous avons accepté de louer 30 ha ».
Bien que souhaité, ce départ n’en demeure pas moins un tournant. Professionnellement à moins de 50 ans, il faut rebondir. « J’ai rejoint Annie, en Ille-et Vilaine ». Ce qui lui a aussi évité quelques commentaires de ceux qui ne comprenaient pas trop leurs décisions. Mais pas question de rester sans rien faire. « J’ai fait tous les métiers pendant 2 ans : en agriculture et agroalimentaire comme salarié, monteur de piscine, chauffeur routier ou encore poseur de placoplâtre ».

Une nouvelle entreprise

Rapidement, il se rend compte que la position de salarié, n’est pas trop faite pour lui convenir. « On tombe vite dans de la routine. Cela ne laisse pas trop de place à l’initiative, ni de liberté dans l’action et dans les décisions ». Il se laisse donc séduire par son fils Damien qui à 22 ans veut s’installer dans le bâtiment, comme plaquiste (pose de placoplâtre) et plâtrier. « Le bâtiment me plaît depuis toujours, et je suis un peu touche à tout. Je me suis donc inscrit à l’AFPA pour une formation de plâtrier ». Dans quelques mois, avril 2005, père et fils vont s’associer pour créer leur entreprise sur Irodouer à l’Ouest de l’Ille et Vilaine. Alors qu’Annie travaille comme vacataire à la Direction des services vétérinaires.
Une nouvelle vie démarre donc, et surtout un nouveau challenge. Sans regret par rapport au métier d’agriculteur, qu’ils ne renient surtout pas. Pas plus qu’ils n’encouragent ceux qui sont restés à partir. « Chaque métier mérite d’être vécu. Nous nous sommes épanouis comme agriculteurs, nous apprécions aujourd’hui de ne pas en avoir les contraintes, notamment liées au vivant, qui ne laissent jamais de répit ». Mais de toute évidence, ils restent des entrepreneurs et savourent de pouvoir créér encore aujourd’hui.


Pierre Dénès




Partir dans les meilleures conditions

Si le départ est décidé voire inéluctable, il faut au moins que cela se fasse dans les meilleures conditions possibles. La réflexion s’impose pour ne pas partir sur un coup de tête, céder à la morosité ambiante ou à une certaine mode qui tendrait à dire que c’est mieux ailleurs. L’idéal, c’est d’anticiper. Il ne faut donc pas hésiter à en débattre avec le comptable, le conseiller juridique, la banque et les autres partenaires pour ne laisser aucun aspect de côté (conséquences financières fiscales, sociales).

Un bilan de compétence peut s’avérer profitable. Des aides à la reconversion professionnelle sont possibles dans certaines conditions (aide à la formation, prime au départ). En tant que demandeurs d’emplois, les agriculteurs sur le départ peuvent aussi accéder à la formation dans le cadre du « Programme régional de stages ».

Dans tous les cas, il est important de se renseigner, auprès des Adasea qui sont organismes instructeurs pour « L’aide à la reconversion professionnelle » ou des services formation des Chambres d’agriculture.



« Le profil des candidats a évolué.»

Il y a 5 ans, 80 à 85 % quittaient pour des raisons économiques et 15 à 20 % pour des raisons de santé. Aujourd’hui les raisons économiques ou les difficultés à répondre aux exigences réglementaires concernent 50 % des contacts. 20 % sont toujours liés à des problèmes de santé. Mais 30 % envisagent la reconversion en invoquant d’autres motifs : choix de vie différents, évolution de leur situation personnelle qui les conduisent à quitter. Le mal-être du monde paysan est perceptible au travers des motivations. Le sentiment d’être toujours accusés, l’effet réduction du temps de travail chez les salariés, les problèmes de trésorerie, même si la situation financière n’est pas spécialement mauvaise … ; tout cela pèse sur le moral. Une note positive, ceux qui partent n’ont pas de mal à trouver du travail. C’est une main d’œuvre jugée fiable.

Philippe Leclerc,
animateur d’Agir 22.

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Date de l'article : semaine du N° du 3 au 10 Décembre 2004
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