|
Une profession qui ne se renouvelle pas est appelée à disparaître. Dans la période d'incertitude que nous connaissons, nous devons trouver les moyens d'encourager et d'accompagner une nouvelle génération à relever le défi de l'installation en agriculture", a commenté Jean-Alain Divanac'h, responsable professionnel formation, lors du débat consacré au renouvellement des actifs programmé lors de la dernière session Chambre d'agriculture à Quimper.
Vers les 100 installations par an
Ces propos viennent à un moment où l'agriculture frôle avec les 100 installations aidées par an. Un nombre jamais atteint et qui, "au mieux, se stabilisera, mais qui risque fort de diminuer". En parallèle, le salariat dans la production agricole enregistre aussi un certain tassement. L'observatoire de l'emploi comptabilise 885 salariés en moins (toutes durées de contrats confondues) dans la production agricole entre 2002 et 2003, bien que la progression reste de 23,8 % sur 4 ans.
Dans ce contexte, la profession estime que si l'enseignement agricole prépare globalement un nombre suffisant de jeunes, certains secteurs sont confrontés à un manque de main-d'œuvre. Le problème est moins le nombre de personnes formées que l'aptitude à les faire venir et à les garder dans le secteur de la production. D'autant que la proportion d'élèves dans les sections préparant aux métiers de la production ne cesse de baisser au profit des autres spécialités. "Nous devons donc veiller à poursuivre l'effort de communication en direction des jeunes, de leurs familles, des acteurs de l'orientation scolaire et professionnelle", poursuit J.A. Divanac'h.
Capacité à dégager
du revenu
Le renouvellement des actifs passe encore par l'installation de jeunes solidement formés. "Nous sommes favorables à la poursuite de l'élévation des niveaux de formation vers le BTSA, voire la licence professionnelle, qui sera le niveau pertinent pour la préparation des jeunes à l'installation", souligne ce responsable professionnel, estimant que l'accompagnement des jeunes en amont de l'installation est complémentaire à la formation initiale : stage à l'installation, modules de formation spécialisée, etc.
Reste que l'aptitude à renouveler les actifs sera étroitement liée à la capacité de l'agriculture départementale à dégager un revenu. "Une exploitation n'aura de valeur que celle du résultat qu'elle pourra générer". Une évidence parfois oubliée qui doit inciter les jeunes à avoir une approche économique et non plus patrimoniale du métier. Les premiers euros gagnés sont en effet ceux qui ne sont pas dépensés inutilement dans des surenchères coûteuses et économiquement désastreuses quand elles sont mal calibrées.
En prolongement de cette réflexion sur l'investissement, le financement pèse également dans la balance. "La DJA n'a pas évolué depuis 10 ans", regrette J.A. Divanac'h. Et de citer les prêts bonifiés dont le taux (3,7 %) est aujourd'hui celui des taux bancaires du marché. "Il est nécessaire d'envisager les prêts à taux zéro et d'allonger parallèlement la durée de bonification de 9 à 12 ans des Pam et des PSE", revendique la Chambre.
Des avis différents
Marcel Brélivet, UDSEA :
"Je regrette que le parcours à l'installation que propose la Chambre d'agriculture est de plus en plus encadré. Où est a simplification que vous préconisez ?
Je trouve par ailleurs que se contenter de 100 installations par an n'est pas ambitieux. En fait, la ligne directrice de la Chambre est la restructuration sans plafond. C'est pourquoi nous ne pouvons pas vous faire confiance sur l'installation."
Daniel Langonné, représentant des salariés (CFDT) :
"Comment attirer des jeunes dans le métier si vous estimez que le niveau 5 suffit et que vous incitez les départs parce que la production agricole n'offre pas toujours les perspectives de carrière attendues."
Projets d'installation et de vie liés
À Loctudy, Marc Sparfel et Florence Ollivier ont une approche double de leur métier d'éleveurs laitiers (297 000 litres). Pour ces deux jeunes installés respectivement en 2000 et 2003, le métier de paysan apporte son lot de satisfactions "à condition de bien caler son projet d'installation et son projet de vie".
Installé après tiers, ce jeune couple de Léonards qui n'avait pas de préférence géographique pour l'installation – "y compris en montagne s'il avait fallu" – n'a jamais perdu de vue l'aspect économique. "À l'installation, les conseillers nous répétaient le seuil d'investissement de 0,60 euro/litre à ne pas dépasser. En parallèle, même en limitant les investissements, nous sommes à 78 euros/1 000 l d'annuités, soit un peu plus que les 70 euros d'annuités/1 000 litres préconisés par les banques".
Florence, qui "n'aurait jamais rencontré l'agriculture si elle n'avait pas rencontré Marc", estime exercer aujourd'hui un travail qui la satisfait pleinement. "Ce n'est pas rébarbatif. Surveiller les vaches, ce n'est pas vraiment travailler", déclare cette ex-salariée d'agence immobilière qui a passé son BP REA. Ses observations sont appuyées par Marc, ancien responsable d'une équipe de technico-commerciaux, qui ne regrette pas du tout la pression de son ancien métier. "Aujourd'hui, nous n'avons pas de mal-être. Certes, je gagne moins bien ma vie, mais je gagne en sérénité et chaque matin, je suis content d'aller au travail".
"Aujourd'hui, nous assumons notre choix. Si demain, nous en avons marre, nous irons faire autre chose". Des propos d'agriculteurs heureux et libres qui en trois ans n'ont pas éprouvé le besoin de prendre des vacances…
Didier Le Du
|
|