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Deux chercheuses d'un institut japonais (équivalent de l'Inra en France), une journaliste et une interprète ont sillonné le Morbihan pendant 3 jours où elles étaient accueillies et guidées par le Sérémor (Service de remplacement du Morbihan).
Avec un objectif précis, celui d'étudier le statut de la femme agricultrice en France et voir les services dont elle peut disposer, en particulier les congés maternité et son remplacement sur l'exploitation.
Pour cela, elles ont rencontré la Chambre d'agriculture et la MSA, mais surtout, elles ont visité plusieurs exploitations et largement échangé avec les agricultrices. Elles souhaitaient avant tout ces échanges pour voir concrètement sur le terrain la situation de l'agricultrice quant à son statut et ses conditions de travail et de vie.
Une femme japonaise soumise
Si cette délégation est venue en France et plus spécialement en Morbihan, ce n'est pas tout-à-fait un hasard. Rappelons tout d'abord que le nombre de personnes en agriculture au Japon est relativement élevé avec 3,8 millions d'hommes et de femmes (5% de la population). Les femmes en représentent 55% et, relativement souvent leur mari travaillent ailleurs. Beaucoup d'exploitations sont très petites, sauf dans le Nord du pays. Le manque de terres fait que le lait est le plus souvent une production hors sol.
En général, les femmes n'ont aucun statut, si ce n'est d'être épouse. Seules quelques unes ont un statut d'agricultrice en société. Le plus souvent également, il y a deux générations sur l'exploitation et la jeune femme se retrouve avec sa belle-mère. C'est dire qu'elle n'a pratiquement aucun droit ni initiative si ce n'est le droit de beaucoup travailler : « Au Japon les salariés travaillent beaucoup, mais les agriculteurs et leurs épouses encore bien plus. Les congés n'existent pas pour eux. Les Japonais travaillent trop, il faut qu'ils changent de valeurs et accordent plus d'importance à la vie de famille. C'est toute la société japonaise qu'il faut faire avancer sur ce plan ».
Les responsables du Sérémor qui accompagnaient la délégation ainsi que les agricultrices et agriculteurs morbihannais qui l'a reçue ont été extrêmement surpris de ce retard social de la société japonaise et en particulier pour les femmes en agriculture.
Séduites par la situation française
Ce qu'elles ont vu et entendu en Morbihan, ces chercheuses et journaliste japonaises vont bien sûr le rapporter dans leur pays pour essayer de faire évoluer la situation.
Ce qui les a sans doute le plus surpris, c'est de voir des agricultrices avec un véritable statut et plus encore leur degré d'autonomie et de responsabilité sur l'exploitation et dans leur vie familiale : « Ici les agricultrices sont très dynamiques, autonomes et indépendantes. Elles ont beaucoup de responsabilités autant dans leur travail que pour leur famille et elles participent aussi beaucoup aux organisations agricoles. Ce qu'on a vu ici pourrait nous inspirer ».
La délégation japonaise s'est aussi beaucoup intéressée aux congés maternité des agricultrices et à leur remplacement sur l'exploitation : « Au Japon, il y a des congés maternité pour les salariées mais pas pour les agricultrices et donc bien sûr pas de remplacement ni d'allocations pour elles. Le ministère de l'agriculture voudrait mettre en place un service de remplacement pour la maternité, pour aider à maintenir la population rurale et rendre plus confortable la vie des femmes. Ici nous avons vu qu'elles ont des allocations qui prennent en charge les frais de remplacement. Vous avez aussi des services de remplacement très bien structurés et des salariés très bien formés. C'est un des points forts du système français ».
La délégation japonaise était manifestement heureuse de l'accueil reçu et des informations recueillies. Il reste aux deux chercheuses, Chie Katamaya et Yasue Fujimoto, et à la journaliste Mao Takagawa à convaincre le ministère de l'Agriculture et plus encore peut-être les organisations agricoles, qui sont une affaire d'hommes. Il leur faudra faire face au poids des traditions fortement ancrées au pays du Soleil-Levant.
Jean-Louis Le Rest
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