|
Fidèle des clochers, le choucas des tours quitte quotidiennement sa citadelle des villes pour le garde-manger des champs. Pour le grand désespoir des agriculteurs dont les cultures sont prises pour cible. Leur consternation est d'autant plus grande que ce corvidé peut, compte tenu de son statut d'espèce protégée par arrêté ministériel, prélever tranquillement sa pitance sans crainte d'essuyer quelques tirs bien nourris.
Obtenir des dérogations
Comme bien d'autres agriculteurs, Frédéric Paul, de Ploudalmézeau, a fait la douloureuse expérience d'une bande qui a goûté aux jeunes plants de choux. À quelques tirs d'ailes du clocher, une parcelle de romanesco a été ravagée. "Ils s'attaquaient aux mini-mottes. Si je n'avais rien fait, ils auraient arraché 80 % des plants d'une parcelle de 70 ares", assure-t-il. "En parallèle des choucas, il y avait également des corbeaux freux. J'ai appelé la DDA qui a été très réactive en accordant une autorisation de tir pour dix chasseurs".
Pour les choucas, la seule solution résidait dans l'effarouchement. "Pour les faire fuir, j'ai eu recours aux Tonne-fort de la Féfidec (Fédération finistérienne de défense contre les ennemis des cultures). Cet appareil est relativement efficace", constate cet agriculteur. Avec cet inconvénient majeur : il ne fait que déplacer le problème. "En toute vraisemblance la bande s'est abattue sur des parcelles voisines".
Dans ce secteur du département, Frédéric Paul n'est pas le seul agriculteur à être dépité par les attaques en règle des choucas. "Il faut que les agriculteurs concernés fassent des déclarations de dégâts. C'est la seule façon d'obtenir une éventuelle autorisation de régulation des populations".
Les observateurs font en effet remarquer que localement, compte tenu de l'augmentation des dégâts, "il y a nécessité de ne plus voir le choucas des tours classé systématiquement espèce protégée. Une réelle volonté de terrain apparaît pour obtenir des dérogations de tir et de piégeage du choucas des tours", estime Maël Peden, technicien à la Féfidec. Et de préciser : "En 2003, nous avons totalisé 17 000 euros de pertes de cultures déclarées sur le département. Si l'ensemble était déclaré, nous arriverions au double, voire au triple".
Beaucoup de cultures concernées
Les dégâts occasionnés aux productions agricoles par les corvidés sont répartis tout au long de l'année, avec des pics importants lors des semis ou des plantations et lorsque les cultures arrivent à maturation. Le choucas des tours s'attaque à de nombreuses cultures :
- Semis de céréales d'hiver et de printemps
- Cultures en mini-mottes (chou, salade, etc.)
- Cultures à bulbes (échalote, oignon, etc.)
- Pomme de terre, artichaut
- Semis de maïs
- Céréales et maïs en lait
- Tas d'ensilage
Déclarer les dégâts
Les constatations de dégâts permettent de constituer une base de données et d'apporter une connaissance précise sur la présence et l'impact de certaines espèces sur les cultures et les élevages dans le département.
Au vu de la constatation objective des dégâts du choucas, une réflexion sur la protection systématique de ce corvidé pourra être engagée. Avec cette volonté de voir localement cet oiseau ne plus être classé systématiquement espèce protégée. "D'où l'intérêt de déclarer tous les dégâts", insiste Maël Péden précisant que des formulaires sont disponibles (Ils ne donnent pas lieu à indemnité).
Contacts :
- Féfidec, 14 rue Colonel Berthaud, 29200 Brest
(tel : 02 98 43 04 44)
- Antennes Chambre d'agriculture : Brest, Morlaix, Saint-Pol-de-Léon, Châteaulin, Carhaix, Quimper, Quimperlé.
- Fédération départementale des chasseurs, 18 rue Anne Robert Jacques Turgot 29000 Quimper (tel : 02 98 95 85 35).
Didier Le Du
|
|