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La formation et les attentes des stagiaires ont évolué
 

MAÎTRES DE STAGE
La formation et les attentes des stagiaires ont évolué

Faire le choix d’accueillir des stagiaires, c’est s’impliquer pleinement dans la formation des jeunes. C’est aussi s’adapter aux évolutions des parcours de formation et des attentes des jeunes. Monique et Jean Claude Briend en font l’expérience depuis une quinzaine d’années.

Depuis 15 ans Monique et Jean Claude Briend, agriculteurs à Plœuc sur Lié (22) en production laitière, avicole et cultures de vente ont accueilli 47 stagiaires, essentiellement scolaires du BEP au BTS, mais aussi des candidats à l’installation en stage 6 mois ou des adultes du centre de formation de Quintenic. Ils ont donc pu apprécier l’évolution des jeunes, de la formation et des attentes.
“Nous avons gardé le contact avec la plupart d’entre-eux. Ils passent de temps en temps nous voir”. C’est ainsi qu’ils savent que sur les 47 stagiaires : 24 sont agriculteurs, 5 techniciens, 2 salariés d’exploitation, 1 vétérinaire, 4 poursuivent encore leurs études, 3 sont ingénieurs salariés ....

Des évolutions, bien sûr, il y en a eu, mais ce qui vient d’abord à l’esprit de Jean Claude, c’est la spécificité de l’enseignement agricole qui allie formation théorique dans les établissements scolaires et l’expérience partagée dans les exploitations. “Une chance pour les jeunes de confronter les acquis de l’enseignement aux réalités de terrain”.

Pas de doute, le système a fait ses preuves et reste d’actualité. Et cela même si effectivement les jeunes sont aujourd’hui plus portés sur les aspects économiques, sensibles aux contraintes envionnementales ou expriment plus le souci d’une recherche de qualité de vie. “Par contre ils n’ont pas fondamentalement changé dans leur comportement. Le rôle des maîtres de stages demeure toujours de s’adapter et faire s’adapter les stagiaires tous différents. Le meilleur moyen c’est de leur faire confiance et de leur donner des responsabilités”.
Réalisme d’abord

L’objectif est ensuite de répondre le mieux possible aux attentes des stagiaires et aux exigences des parcours de formation. “C’est sans doute ce qui a le plus évolué” constatent Jean Claude et Monique. Les exigences sur le plan économique sont notamment plus importantes. “Il faut être plus pointu, passer plus de temps à expliquer les chiffres, à décortiquer les bilans, les comptes d’exploitation, les marges brutes ... Un jeune va mieux comprendre tous les aspects comptables et de gestion au travers du concret de l’exploitation”.

Ils y attachent d’autant plus d’importance et ont sans doute plus de facilité à jouer ce rôle pédagogique qu’avant de s’installer, ils ont travaillé à l’extérieur ; Jean Claude comme comptable au Centre de gestion et Monique dans l’enseignement en Maison familiale. “Une certaine passion de transmettre est restée”. Mais aussi sans doute la volonté de remplir pleinement la mission de maîtres de stage. “Car même si les jeunes sont demandeurs il faut reconnaître que c’est souvent nous qui poussons à passer du temps sur les comptes. Naturellement ils sont plus attirés par les travaux dans les élevages ou dans les champs”.

L’approche économique permet également de ramener les jeunes aux réalités et contraintes des exploitations. Jean Claude est conscient que l’agriculture doit s’adapter, évoluer et corriger certaines erreurs mais ne veut pas donner d’illusions: “L’agriculture ne sera durable que si le revenu est durable”. Par ailleurs il estime qu’il faut qu’une exploitation puisse évoluer. “Sinon pour le jeune qui s’installe, il n’y a plus de perspectives et de motivations”.

Il l’illustre par leur propre exemple. Installé en 1980, ils se sont trouvés bloqués avec un quota laitier de moins de 200 000 litres. “Heureusement nous avons eu la possibilité de nous diversifier pour pouvoir investir et dégager suffisamment de revenu pour couvrir les besoins”.
De nouvelles
attentes

Pour autant ceci n’exclut pas d’appréhender d’autres aspects importants comme l’environnement ou la qualité de vie qui font de plus en plus partie des préoccupations des jeunes. “Ainsi, note Jean Claude Briend, la sensibilité environnementale est de toute évidence plus présente”. Non seulement les jeunes parlent plus d’environnement mais il leur est demandé de l’approfondir dans les exploitations : agronomie, gestion des déjections et fertilisation, pratiques phytosanitaires, mise aux normes des bâtiments, paysage (talus, pentes) ...

Pour Jean Claude et Monique, les attentes en qualité de vie sont sans doute encore plus marquées. “Les jeunes ne veulent plus être des forçats du travail et souhaitent une coupure entre la vie professionnelle et la vie privé”. Une évolution considérée comme normale d’autant que souvent les conjoints ou conjointes ne travaillent pas sur l’exploitation. Elle ne doit cependant pas masquer les contraintes du métier. “On travaille sur du vivant et les 35 heures ce n’est pas pour nous. Par contre, les agriculteurs ont d’autres avantages dans la gestion de leur temps”.

C’est également un des aspects sur lequel insistent Jean Claude et Monique pour inciter les jeunes à avoir des horaires réguliers, à élaborer des plannings. “L’organisation du travail fait encore défaut chez beaucoup. Il faut leur apprendre à ne pas se laisser déborder”.

Ce sont donc les différentes facettes du métier que les maîtres de stage doivent transmettre aux jeunes qu’ils accueillent. “Sachant, concluent Jean Claude et Monique, que les agriculteurs doivent se former en permanence pour rester dans la course. Et surtout pas croire qu’une fois le parcours scolaire terminé on est tranquille jusqu’à la retraite”. Ils ajoutent : “Nous sommes optimistes car les jeunes sont motivés et ont beaucoup d’idées. Nous devons leur faire confiance et les écouter”.

Pierre Dénès


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Date de l'article : semaine du N° du 4 au 11 Février 2000
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