Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Morbihan (56)
Une formation pour s'installer avec un quota en plus et une qualité de vie
 
À 32 ans, après avoir été salariée jusqu'en 1996 puis être restée sur l'exploitation (conjointe collaboratrice) avec son mari Didier, Karine Crusson va s'installer. Elle a obtenu son BPREA de niveau 4 grâce à une formation à temps partagé, organisée par la Chambre d'agriculture du Morbihan. Une installation qui lui permettra d'obtenir un quota complémentaire aux 205 000 litres actuels, sans apport de foncier. Mais, bien au-delà de l'aspect économique, elle se donne ainsi un vrai statut, des compétences professionnelles et une qualité de vie pour elle et sa famille.
Un choix de qualité
de vie
Au départ, Karine n'avait rien d'une agricultrice. Elle n'est pas d'origine agricole. Après un BEP sanitaire et social, elle a travaillé comme agent hospitalier. C'est le mariage qui l'amènera dans ce milieu.
Son métier de salariée en milieu hospitalier était très contraignant. Aussi, à la naissance de son premier enfant, en 1996, elle fait le choix de rester sur l'exploitation avec son mari.
Mais, au plan économique, le quota est un peu juste et elle envisage avec son mari un investissement en poulailler, assez complémentaire du lait au plan du travail. Mais, compte tenu de la conjoncture, ce projet ne verra jamais le jour.
Karine envisage alors une formation pour obtenir la capacité professionnelle et ainsi pouvoir s'installer en espérant un quota supplémentaire. Mais, une deuxième fois maman entre temps (en 2000), elle envisage difficilement de partir 6 ou 8 mois. C'est alors qu'elle rencontre la conseillère du GVA qui lui parle de la formation "BP agricultrice" par Unités Capitalisables, tout à fait adaptée à sa situation professionnelle et familiale (voir ci-dessous).
Une formation sur 2 ans
Le principe séduit Karine avec 2 jours par semaine de formation, en évitant les mercredis et les vacances scolaires : « Les horaires aussi étaient adaptés avec des journées qui commençaient à 9 h 30 pour se terminer à 16 h 30, ce qui me permettait d'assurer la traite matin et soir. Le plus pénible c'était en fait le déplacement à Kerguéhennec ou Kérel qui était long pour moi qui habite à la limite de la Loire-Atlantique. Mais nous le faisions à plusieurs femmes du secteur. Les jours de formation, c'est mon mari qui amenait et cherchait les enfants à l'école ».
Très motivée, Karine s'inscrit en fin 2002 et a pour objectif de tout faire en 2 ans. En fonction des acquis professionnels, certaines UC peuvent être validées sur dossier. Mais, pour elle, il faudra toutes les passer, des matières générales (français, maths) à la production laitière, en passant par l'agronomie, la gestion, l'informatique, l'administratif… Elle avait quelques savoir-faire pratiques acquis sur l'exploitation mais pas les bases théoriques.
Elle obtiendra toutes les UC en moins de 2 ans, n'échouant à aucune : « Au début, c'était un peu dur de se remettre à la formation, mais le fait d'être en groupe, de s'aider mutuellement, de travailler sur ses propres chiffres était très intéressant… »
Depuis cette formation, Karine a également réalisé son « stage 6 mois » dans une exploitation laitière à Surzur (en pratique 2 mois compte tenu de son expérience sur l'exploitation familiale) et aussi son étude prévisionnelle d'installation.
Plus de responsabilités
Après cette formation, Karine Crusson n'a aucun regret, si ce n'est de ne plus voir les « copines » qui ont suivi la même formation : « ça va me manquer et j'aimerais bien rester en contact avec certaines … » C'est aussi une grande satisfaction personnelle : « J'ai voulu faire cette formation et je suis plutôt fière de moi. Je ne peux que conseiller à d'autres de suivre cette voie. C'est une formation adaptée aux femmes qui sont sur les exploitations ou qui souhaitent y revenir. »
Sur le plan professionnel, c'est une totale satisfaction : « Je comprends beaucoup mieux maintenant le fonctionnement de l'exploitation, avec des bases techniques et de gestion. Je peux prendre beaucoup plus de responsabilités. Il fallait aussi améliorer le revenu de l'exploitation et cela va être possible maintenant, du moins si le quota alloué est suffisant en fonction des investissements qui sont à faire (agrandissement de bâtiments, achat de foncier actuellement en location …). » Le droit aux aides à l'installation sera aussi un atout important
Mais, au-delà de cette satisfaction professionnelle, c'est surtout la vie personnelle et familiale qui est confortée. Il aurait fallu sinon aller chercher un revenu à l'extérieur : « Mon souhait était de revenir sur l'exploitation. J'assure la traite matin et soir et je suis là pour les coups de main. Et surtout, je peux avoir quelques loisirs à côté et être disponible pour les enfants. C'est un autre cadre et une autre qualité de vie ».


Jean Louis Le Rest



Le BP à temps partagé :
une formation adaptée aux femmes


Mis en place par les GVA et la Chambre d'agriculture, le BP à temps partagé (auparavant appelé BP agricultrices) est une démarche originale pour favoriser la formation des femmes. Cette formation est accessible à toutes les femmes, qu'elles soient déjà sur l'exploitation ou qu'elles aient l'intention de revenir.
Le BP à temps partagé est une formation dont le contenu s'adapte aux spécificités du travail de l'agricultrice. Plus de 20 modules différents sont proposés.
Deux niveaux de formation (BPA et BPREA) sont reconnus et constituent la capacité professionnelle requise dans le cadre des aides à l'installation (BPA pour celles nées avant 1971 et BPREA pour les autres).
L'originalité est d'être adaptée aux femmes en activité et aux mères de famille ayant un projet sur l'exploitation. Le parcours de formation peut être étalé sur 2 à 5 ans avec 1, 2 ou 3 jours par semaine pour la formation (de 9 h 30 à 16 h 30), en dehors des mercredis et des vacances scolaires. Les groupes sont également l'occasion de rencontrer d'autres agricultrices et d'échanger à tous niveaux.

Pour toute information complémentaire :
Alexandra Simon (coordinatrice du BP)
tél 02 97 46 22 12
ou Anne Gosset (assistante de formation)
tél 02 97 60 44 12, et aussi les conseillères GVA de votre secteur.


« Karine est devenue une pro »
« Engagé dans le syndicalisme JA, j'ai toujours milité pour que la femme, comme l'homme, ait un statut véritable sur l'exploitation et les mêmes droits à produire, qu'elle puisse partager les tâches et les responsabilités.
Cela fait 6 ans que je poussais Karine à faire une formation. Au départ, j'aurais préféré qu'elle fasse une formation de 6 à 8 mois pour avoir son diplôme, mais la formation qu'elle a faite est beaucoup plus souple et cela s'est très bien passé. Elle permet d'allier la formation théorique et la pratique. Avant, elle connaissait la technique de traite mais maintenant elle comprend beaucoup mieux les différentes interventions. C'est vrai aussi sur le plan administratif, même s'il y a sans doute certaines choses qui devraient évoluer dans la formation. Maintenant avec Karine, on discute entre "professionnels". Maintenant, je peux m'absenter sans problème et lui confier totalement l'élevage. »

Didier Crusson.


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Date de l'article : semaine du N° du 17 au 24 Septembre 2004
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