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Les conséquences des accords de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), signés à Marrakech en 1992, pleuvent aujourd'hui sur l'agriculture bretonne. La Politique agricole commune, qui pendant 40 ans a protégé et choyé ses paysans européens, se désagrège sous l'effet de l'obligation d'ouverture des frontières.
Pour s’adapter, des agriculteurs choisissent la voie de l’agrandissement. Le sujet est sensible chez les adhérents de l'UDSEA, comme le résume cet agriculteur de Landrévarzec qui chiffre le contre-coup de l'opération. "Les agriculteurs se bouffent entre eux ; en France, 30 exploitations disparaissent chaque jour".
La taille n'est pas le seul atout
"Il y a des arguments pour l'agrandissement, mais la course à la taille peut être sans fin", admet Jean Loussouarn, professeur à l'INAPG. Jean-Claude Commault, directeur de la Cooperl, reconnaît aussi que la taille n'est pas le seul atout. "Dans notre groupement de 1600 éleveurs, nous avons des élevages de 100 à 600 truies. La stratégie que nous développons au sein de notre coopérative vise avant tout à aider la majorité de nos éleveurs, quelle que soit la taille de leur atelier, à être là demain".
"Face aux perspectives démographiques mondiales – 600 millions de sous-alimentés en 2000 et 9 milliards d'habitants en 2050 – le combat pour une alimentation décente est devant nous. Le défi est de multiplier par deux l'alimentation mondiale sans détruire la planète", poursuit le professeur de Paris Grignon. L'agriculture bretonne n'est pas sourde à cet appel. En porc, elle est déjà présente sur le marché export sans subventions. "La Corée n'est pas capable de produire du porc à moins de 2,30 euros/kg. Le Japon est un marché de 100 millions d'habitants", cite Jean-Claude Commault précisant que son groupement exporte 25 % de sa production.
La diversification des activités (multiproductions, tourisme, pluriactivité, etc.) figure parmi les autres voies d'adaptation à portée des exploitations agricoles. Jean Loussouarn, professeur à l'INAPG, en est d'ailleurs persuadé : "Demain, l'agriculture sera très diversifiée".
Des choix différents, des préoccupations identiques
Au-delà de la tentation idéologique d'opposer deux systèmes, J. Loussouarn estime que les deux modèles peuvent coexister. Dans d'autres secteurs, des PME, voire des TPE, cohabitent fort bien avec les grandes unités de production employant plusieurs milliers de personnes. Elles ne visent tout simplement pas les mêmes marchés. Comme en agriculture, derrière ces stratégies différentes, ils y a des objectifs différents. Des philosophies différentes également.
Que ce soit dans le créneau de l'agriculture "plurielle" ou "industrielle", les deux systèmes se retrouvent quand il s'agit de pérennité. Pour durer, il faut rester compétitif quel que soit le système. "L'agriculture diversifiée, qui ne met pas tous les œufs dans le même panier, permet de rebondir quand il y a crise", note le professeur de l'Agro, invitant les agriculteurs à réfléchir à "des exploitations capables de résister aux chocs". Autrement dit compter sur une production qui va mieux quand une autre va mal. Ou, dans le cas d'une monoproduction, avoir suffisamment d'assise financière pour résister à une crise qui dure. Les faits actuels, qui montrent quelques faiblesses de ce côté-là, rappellent à l'évidence cette nécessité.
Dans le cas d'exploitations spécialisées, la pérennité passe aussi par une capacité à affronter les aléas du marché. "Un marché des denrées agricoles qui ressemble à un marché boursier, avec des écarts de prix de plus en plus grands que l'agriculture ne pourra plus supporter. Car, plus les frontières s'ouvriront, plus les crises s'amplifieront", prévient Guy Le Fur. "À moins de faire partie de ceux qui profitent allègrement des fonds publics qui, en France, représentent un total de 12,5 milliards sur un revenu agricole national de 13 milliards. C'est cette capacité à se placer sous les robinets des aides qui rend possible la compétitivité de certaines exploitations".
Didier Le Du
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