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Oléagineux : Les biocarburants, le défi énergétique et environnemental des années à venir
 
Les biocarburants, avenir ou utopie ? Les Jeunes Agriculteurs d’Ille et Vilaine estiment que la filière oléo-protéagineuse peut répondre aux problèmes de pollution. Pour en connaître les avantages, ils ont organisé un débat à Vignoc, suivi avec attention par plus de 200 personnes. Le contexte de prix élevés du pétrole pourrait favoriser ce nouveau débouché pour l’agriculture.
Le diester est un biocarburant issu d’huile végétale, il a des qualités physico-chimiques très voisines de celles du gazole et s’utilise mélangé à ce dernier, dans les moteurs diesels de série alors que l’éthanol est associé à l’essence. Les pétroliers apprécient le diester pour ses qualités lubrifiantes. « La moitié du gazole consommé en France en contient, au taux maximum de 5 %. Un français sur 2 équipé d’un véhicule diesel roule donc au diester sans le savoir. Le diester est également incorporé dans les flottes de bus des collectivités territoriales et dans les poids lourds d’entreprises, souvent équipés de leurs propres cuves de carburant, au taux optimum de 30 %, sans modification du moteur », explique Jean-Jacques Beaudet du Cetiom. C’est une bonne solution pour lutter contre la pollution en ville. Le diester a aussi des applications dans la fabrication des solvants. Comble de l’ironie, il a contribué en 2000 au nettoyage des rochers souillés par l’Erika sur la côte atlantique puis au pompage du fuel resté dans les cuves de l’épave.

La filière propriétaire des outils

Le développement du diester a bénéficié du contexte favorable d’une filière oléagineuse qui détient actuellement l’essentiel des outils de transformation en France. L’embargo américain sur les protéines en 1973 a entraîné la mise en place d’un plan de développement européen des protéines végétales. Ce déclic a permis la création de la filière. Puis la mise en place d’une CVO (contribution volontaire) des producteurs a donné les moyens pour investir dans les outils et la recherche. Les deux voies d’utilisation (alimentaire et non-alimentaire) ont été explorées grâce aux efforts des semenciers et au travail des instituts.
En tant que culture, le colza offre des avantages aux agriculteurs. « C’est une bonne tête de rotation, préparant bien le sol aux cultures suivantes, un bon précédent pour le blé qui rompt le cycle des maladies. Il absorbe les nitrates de la culture précédente, valorise les déjections animales et couvre le sol pendant 10 mois », déclare J.J. Beaudet.

Développer le diester

L’Allemagne produit 700 000 t. de diester/an, soit deux fois plus que la France (350 000 t). L’objectif fixé à 500 000 voire 550 000 t. pour 2007-2008 va bénéficier de l’accompagnement des pouvoirs publics. Actuellement, un régime spécial permet une défiscalisation partielle. La TIPP est aujourd’hui de 52 ct par litre de gazole. Un avoir de 34 ct est rétrocédé pour le diester, ce qui permet de payer le colza « énergétique » au même niveau que le colza « alimentaire », voire plus.
« Ce développement encore fragile demande un appui des Pouvoirs Publics : il faut éviter les importations de biocarburants en France et en Europe », déclare Xavier Beulin, président de la FOP. Les craintes portent sur les futurs accords entre l’UE et le Mercosur et des facilités qui pourraient en découler pour les pays tiers. La fédération demande également « le maintien de l’enveloppe de défiscalisation de 200 millions d’euros par an afin que la France puisse atteindre l’objectif fixé par l’UE (taux d’incorporation de 5,75 % à l’horizon 2010). Pour se prémunir des éventuelles importations, il faut aussi maintenir l’agrément de l’Union pour toutes les usines produisant des biocarburants, y compris celles des pays tiers ».

Contractualiser

Les biocarburants, c’est aussi un formidable défi agricole énergétique et environnemental des 20 à 30 ans qui viennent. Pour Xavier Beulin, « l’Europe doit rester un acteur agricole de premier plan. En 2040, le monde sera peuplé de 9 à 10 milliards d’habitants. Il n’est pas sûr que le Brésil puisse à lui seul faire face à ces besoins alimentaires ». Le président de la FOP insiste sur la nécessité de conserver en Europe les infrastructures de production agricole. Le colza offrant l’avantage de bénéficier des débouchés alimentaires et non alimentaires.
Les « échanges papier » et la mutualisation entre régions permettent à tous les agriculteurs de produire du colza diester même s’ils sont éloignés des usines. « Il faut sans doute aller vers plus de contractualisation avec les organismes stockeurs pour avoir un approvisionnement régulier, le marché des graines oléagineuses étant très influencé par l’évolution du soja, du prix du pétrole et de la parité dollar-euro », souligne Gérard Debaene, président de l’UNIP.



Patrick Bégos

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Date de l'article : semaine du N° du 3 au 10 Septembre 2004
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