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Sommaire | " POLITIQUE AGRICOLE " | Article n°4218 |
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La filière fruits et légumes esquisse une sortie de crise
 
Ce mois d’août, la France a été un véritable laboratoire d’expérimentations pour la filière fruits et légumes. Plusieurs initiatives privées ont été entre-prises, avant même la ratification interprofessionnelle de la promotion des produits hors lieu de vente. Une expérimentation a été mise en place par la section nationale de la tomate, avec l’appui d’Interfel (l’interprofession) et de la Fédération nationale des producteurs de légumes (FNPL), et sous la recommandation de Nicolas Sarkozy : un prix minimum a été instauré. L’essai a duré dix jours. « Au bout de 48 heures, j’ai cru que le dispositif allait capoter », témoigne Pierre Diot, président de la section nationale « tomate ».
Producteurs et distributeurs se sont mis d’accord sur un prix minimum de 0,85 euro le kilo, pour la tomate, logée, stade production. « Je n’y croyais pas personnellement, mais j’ai considéré que l’expérience valait la peine. Tous les jours, nous faisions le point avec la production, et toutes les 48 heures avec la distribution », rappelle Pierre Diot, producteur de tomates près de Rennes.
Au bout de quelques jours, les producteurs ont eux-mêmes accepté de descendre le prix minimum à 0,50-0,60 euro. Difficile de résister quand la tomate néerlandaise est vendue à 30 centimes, voire 20. Le système a volé en éclat après dix jours d’existence. « Face aux prix néerlandais, eux-mêmes entraînés en cascade par les prix polonais, il n’y avait plus de prix de référence en France. On trouvait de tout ». Le président de la section en tire la leçon : l’expérience aurait pu fonctionner au niveau national si toutes les enseignes avaient joué le jeu. En l’occurrence, Intermarché ne l’a pas joué.
Des acheteurs, qu’ils s’agisse de grandes enseignes ou de grossistes, ont contourné le prix minimum en se fournissant à l’étranger, ou en France auprès de fournisseurs acceptant de faire des concessions sur les prix.

Une solution pour la crise, les publicités promotionnelles

Les organisations professionnelles membres d’Interfel ont signé le 25 août un accord inter-professionnel autorisant la communication sur les prix des fruits et légumes par la presse quotidienne régionale, la radio, l’affichage et les tracts de proximité. À l’issue de cette signature, Denis Onfroy, président d’Interfel, a déclaré que « cet accord marque la volonté de tous les acteurs économiques de la filière de contribuer à la relance de la consommation, dans l’intérêt des consommateurs et des entreprises ». Il est « l’aboutissement de plusieurs semaines de dis-cussions », ont commenté conjointement le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard et le ministre des PME Christian Jacob, soulignant que son objectif est de « dynamiser le marché » et de « favoriser la consommation ».

L’accord, en attendant la révision de la loi NRE

Cet accord a été signé en attendant qu’une modification de la loi NRE intervienne d’ici le 1er décembre, ont précisé les deux ministères. Dans le même sens, Interfel a indiqué que l’accord du 25 août prend note dans son article 1 de l’engagement du gouvernement de soumettre au Parlement la modification de l’article L441-2 du code du commerce.
Les publicités mettant en avant les prix des fruits et légumes hors du lieu de vente sont jusqu’à présent interdites par la loi NRE de 2001, sauf en cas d’accord interprofessionnel. Négocié depuis près d’une semaine, cet accord se heurtait au refus des distributeurs, qui demandaient au préalable au gouvernement de s’engager à modifier prochainement la loi, d’ailleurs contestée par Bruxelles.
Finalement, la loi évoluera pour se conformer aux directives européennes, a précisé le ministère du Commerce. Il y a quelques mois, la Commission européenne avait demandé à la France de revoir cette disposition législative, jugée anticoncurrentielle. Une fois la loi changée, il ne sera donc plus nécessaire pour réaliser des publicités sur les prix, d’attendre un accord interprofessionnel.
Le but est de permettre des « publicités réactives » en cas de baisse brutale des cours, afin de stimuler la consommation et d’écouler les stocks en surplus. Des restrictions sur la durée des campagnes (5 jours maximum) et sur les médias autorisés (presse régionale et radio uniquement) sont prévues, a précisé le ministère délégué au Commerce.
Les producteurs de fruits et légumes d’été souhaitaient cette décision d’urgence face à l’actuelle surproduction et à la mévente. Jérôme Bédier, président de la FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution), avait promis le 23 août dans les Échos que « si le gouvernement annonce officiellement une modification de la loi pour libérer la publicité, les enseignes anticiperont immédiatement ».


OPINION
« La crise n’est pas que franco-française »
Relancer la consommation, c’est bien, mais quel bienfait pour les filières françaises si au bout du compte la relance se fait en tomate polonaise ? Quel sont à votre avis les mesures à prendre? La clé du problème n’est-elle pas en amont ?
Bien sûr, on ne peut pas tout régler en même temps. Vous abordez là le problème structurel. Il est certain que les producteurs français ne pourront pas longtemps tenir sans solution face aux salaires polonais ou hongrois. Cette question sera prise à bras le corps par le syndicalisme, c’est-à-dire la FNPL, la FNPF, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs.
Il ne faut pas oublier que la crise n’est pas que franco-française. Le prix de la tomate néerlandaise est beaucoup plus faible qu’en France, du fait de l’apparition d’une concurrence polonaise sur les
marchés nord-européens. Les Néerlandais, perdant des marchés en Allemagne, se replient vers la France et tentent d’y écouler leurs excédents. Le problème est compliqué, car il faut à la fois
tenir compte de la réglementation communautaire et vivre avec les charges françaises.

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Date de l'article : semaine du N° du 3 au 10 Septembre 2004
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