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La clôture électrique? "La plus grande révolution de ma carrière", racontait un ancien agriculteur qui, dans ses jeunes années, avait connu l'astreinte des gardes des vaches au champ. Mais cette liberté retrouvée par le "berger électrique", le chien électrique, ou le "paotr-saout" comme le dénomment les agriculteurs de la pointe bretonne, ne s'acquiert qu'au prix d'une bonne clôture. Sinon gare aux jeux de pistes marathons par monts et par vaux pour ramener le troupeau au bercail!
PARLER D'EFFICACITÉ RÉELLE
Préalable à toute bonne clôture électrique : l'électrificateur adapté. "C'est le cœur du système", indique M. Berthon, directeur commercial de Copélevage (1)."Quand on achète un électrificateur, on le choisit en fonction du type d'animaux à garder, de la longueur de clôture à électrifier, de la charge végétale qu'il y a dessus", ajoute Christian Le Roux, commercial sur le Grand-Ouest pour le compte de la société Gallagher (2). Et de mettre les éleveurs en garde contre le seul argument séducteur inscrit sur les postes : le voltage. "Quand on lit 10 000 volts sur un électrificateur, c'est la puissance théorique mesurée à vide à la sortie de l'appareil. Ce n'est pas la puissance réelle". Or ce qui compte, rappelle ce spécialiste des clôtures, "c'est l'efficacité sur la longueur réelle de la clôture. Par longueur réelle, on entend périmètre. C'est-à-dire que s'il y a un double fil, la longueur de la clôture prise en compte n'est pas à doubler. En revanche, il convient de ponter les deux fils tous les 300 m pour éviter les pertes de courant".
Première conclusion donc de ce représentant de chez Gallagher : Ce n'est pas parce que l'électrificateur affiche 7 000 ou 10 000 volts qu'il s'agit du meilleur appareil. Car davantage que le voltage c'est l'énergie contenue dans l'impulsion qui compte ou autrement dit, le mélange volts-joules. Même constat de la société Adic Promotion ( 3) qui rappelle que c'est l'énergie et donc les joules délivrés qui provoquent la douleur. "Cinq joules suffisent pour contenir un troupeau de bovins. Avec un poste sur secteur c'est facile à obtenir", note M. Andrillon, commercial dans cette entreprise du Loiret.
Plus que de puissance, les constructeurs préfèrent parler de qualité globale de l'installation. "Pour être répulsif, un appareil doit délivrer quelque 3 000 volts sur toute la ligne de clôture quel que soit le temps", indique Christian Martin précisant que le bovin est déjà sensible à 1 500-2 000 volts. D'où la nécessité de s'équiper d'un électrificateur adapté à la longueur du circuit et à la charge de végétation susceptible de recouvrir le fil. A signaler qu'entre une clôture en ligne et une clôture en rond d'une même longueur, il y a une différence car dans le premier cas le point éloigné sera plus loin de la prise de terre.
PRISE DE TERRE : LE DEUXIÈME CONDUCTEUR
Pour conserver une même puissance sur toute la longueur du circuit électrique, la première opération consiste à installer une bonne prise de terre. "C'est le deuxième conducteur après le fil électrifié", précise M. Andrillon de la société Adic Promotion. "La clôture fonctionnant en circuit fermé, c'est elle qui assure le retour du courant au poste en fermant le circuit". Sans elle, difficile de donner du "cognant" à la châtaigne. "Les électrificateurs ont beau avoir évolué, les règles de base d'un circuit électrique restent les mêmes", rappelle C. Le Roux précisant que "les tests réalisés en exploitation décèlent 95% de prises de terre insuffisamment efficaces". Proscrites donc les prises de terre mises en œuvre avec une barre de fer rouillée - la rouille comme la peinture agit comme isolant -, proscrites les prises de terre que l'on doit arroser en été pour obtenir un bon retour (c'est qu'elles sont de mauvaise qualité!). Par contre, les aciers galvanisés conviennent bien à cet usage. En fait, la prise terre doit être réalisée, si possible, dans le même alliage que les clôtures pour éviter les phénomènes d'électrolyse.
AUTANT DE MÈTRES QUE DE JOULES
En principe, en cas de prises de terre multiples, ces dernières doivent être distantes de l'équivalent de deux fois leur longueur respective et être reliées entre elles avec de bonnes connexions et un fil de diamètre suffisant. "En fait, une bonne règle consiste à enterrer autant de mètres de prise de terre que de joules indiqués sur l'appareil, joules qui mesurent l'énergie déployée par l'électrificateur". Exemple : pour un poste de 4 joules, il faut prévoir 4 m de prise de terre. "L'idéal consiste à piquer deux barres de 2 m distantes chacune de 4 m". Pour améliorer les prises de terre, la société Gallagher propose des tiges en inox qu'on enterre en creusant un trou vertical évasé dans lequel on verse de la bentonite (mélange d'argile et de sel dilué dans l'eau). "Ça garde l'humidité et ça crée une zone de captation supplémentaire", explique M. Martin assurant "qu'un mètre de prise de terre en bentonite équivaut à 9 m de prise de terre classique".
En tout état de cause, chaque électrificateur doit avoir sa propre prise de terre. Hors de question de brancher deux postes sur la même prise de terre ou pire sur la prise de terre du bâtiment agricole ou de la maison d'habitation. De toute façon deux prises de terre doivent être distantes d'au moins 10 m ou mieux 20 m.
ASSURER UN BON DÉPART
"Un bon électrificateur, une bonne prise de terre et... un bon départ vers les parcelles", répète à longueur de journée le commercial de chez Gallagher. "La distribution de l'électricité se raisonne comme la distribution de l'eau, image-t-il. On met un gros tuyau au début et des plus petits en dérivatifs. Pour la clôture électrique, c'est la même chose. Si on installe un fil de petite section au départ, on freine le transport du courant électrique". "Tout comme la connexion entre l'appareil et la ligne à électrifier doit être franche et bien serrée", poursuit M. Berthon de la société Copélevage.
Si le fil de départ doit traverser un mur, il est conseillé de le placer à l'intérieur d'un tube épais en matière plastique. "Comme un tube d'arrosage", indique la société ARB de St-Sulpice-en-Pareds (4), soulignant qu'il est souhaitable "d'éviter de faire suivre côte à côte le fil d'alimentation et le fil de terre".
Quant aux fils isolants utilisés pour longer un bâtiment, un talus ou traverser une route, il ne faut pas se laisser tenter par de la récupération ou de l'adaptation. Exit les fils de téléphone, les double fils prévus pour du 220 v, etc.... "Il ne faut pas oublier que c'est du 3 000 volts et plus qui passe dedans. C'est pourquoi on a des déperditions de courant", insiste M. Martin. Les agriculteurs l'auront certainement remarqué : des arcs électriques s'échappent des fils isolants inadaptés. "La nuit, il est intéressant de faire des repérages visuels pour voir s'il y a des arcs électriques, ennemis de la clôture", conseille Copélevage. "De jour, on peut suivre la clôture avec un poste radio grandes ondes : des parasites se produisent où il existe des problèmes d'isolation".
(1)Copélevage, 11 avenue du Hoggar, 91953 Courtabœuf Cedex. Tel : 01 69 07 12 19 - Fax : 01 69 82 92 10. (2) SARL Gallagher France, 1 rue des Prunus, 86600 Celle-L'Evescaolt. Tel : 05 49 89 30 20 - Fax : 05 49 89 30 21. (3) Adic Promotion, 8 rue Perrière, 45 300 Guigneville. Tel : 02 38 30 53 11. (4) ARB, route de la Châtaigneraie, 85410 St-Sulpice-en-Pareds. Tel : 02 51 00 81 02; Fax : 02 51 00 86 52. |