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Sommaire | " LES DÉPARTEMENTALES " | 29 | Article n°4105 |
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Finistère (29)
Le chantier du retour à la rentabilité des élevages laitiers est ouvert
 
Les chiffres présentés par le bureau d'études CER-Chambre d'agriculture (1) sont sans appel : la rentabilité moyenne des élevages laitiers finistériens est faible. Trop faible pour garantir leur pérennité dans un contexte où pèsent la réforme de la Pac, avec sa baisse de prix du lait annoncée, et l'obligation de mise aux normes des bâtiments pas encore réalisée par 75 % des exploitations laitières.
Constat inquiétant

Le chantier ouvert par la Chambre d'agriculture, lors de sa session du 1er juillet au lycée agricole de Bréhoulou, n'a pas pour mission de semer la panique dans les campagnes. Mais il en appelle toutefois au réalisme économique : sans redressement rapide de la barre, de nombreuses exploitations courent vers le précipice de la rupture financière.

Les chiffres présentés par Anne-Yvonne Hénot, chargée d'études au CER, illustrent bien les difficultés rencontrées par la production laitière. "Le fort pourcentage (35 %) de dossiers dégageant un revenu inférieur à 10 000 euros/UTH est inquiétant. Depuis 1999, les revenus des exploitations n'ont fait que diminuer", commente-t-elle, avant de mettre l'accent sur un autre point crucial : la trésorerie. "57 % des exploitations ont vu leur trésorerie se dégrader sur le dernier exercice. Dans la majorité des cas, les prélèvements privés ont pourtant été réduits. Aujourd'hui, 40 % des exploitations ont une trésorerie inférieure à - 42 euros/1 000 l, alors qu'un objectif sécurisant serait de - 28 euros/1 000 l". Cela signifie également que, dans ces élevages, la marge d'autofinancement est absente. "Or, la part souhaitable est de 30 % de la valeur d'un investissement".
Définir son point d'équilibre

Constat établi, les éleveurs disposent heureusement, si besoin est, de nombreux leviers pour redresser la barre. Objectifs en tête et calculette en main, il convient en priorité d'adopter un véritable comportement de chef d'entreprise. Comportement qui suggère d'abandonner définitivement la gestion à vue qui prévaut trop souvent chez nombre d'éleveurs laitiers.

"Un bon indicateur consiste à déterminer le point d'équilibre global de l'exploitation qui permet de savoir où l'on est et où l'on va", résume la chargée d'études. Et d'expliquer : "Le point d'équilibre est le prix minimal auquel il faut vendre son produit pour stabiliser la trésorerie de l'exploitation après avoir rémunéré la main-d'œuvre et avoir remboursé ses annuités". (voir graphique).

À défaut de pouvoir agir fortement sur le prix de vente de ses produits (lait, veau, viande), l'agriculteur doit donc ajuster ses charges, ses annuités, ses prélèvements pour tendre vers le point d'équilibre qu'il s'est fixé ou que lui impose indirectement la conjoncture. "Compte tenu du prix prévisible du lait, primes comprises, pour les années à venir, nous fixons ce point d'équilibre dans une fourchette de 270-300 euros/1 000 l suivant les exploitations", cite le CER.

Ce raisonnement vaut également pour l'installation de jeunes qui doivent mettre en avant la pérennité financière de leur outil avant l'assouvissement du désir d'installation à tout prix et à n'importe quel prix. "Cela signifie-t-il que nous devons déconseiller l'installation à des jeunes qui présentent des dossiers avec des niveaux d'annuités supérieurs à 75 euros/1 000l ?", interroge Claude Guisquet, président de Jeunes Agriculteurs. Réponse sans ambages du président de la Chambre : "Oui".

Trois stratégies complémentaires
Pour atteindre le point d'équilibre de 270-300 euros fixé en objectif, A.Y. Hénot propose trois stratégies complémentaires.
1 - Optimiser le système de production en place.
"L'objectif est de gagner sur les produits (solde viande), de réduire les charges opérationnelles (coût alimentaire), les frais généraux (mécanisation, frais d'élevage), de limiter les annuités".
2 - Optimiser l'outil de production :
"Beaucoup d'exploitations ont la possibilité de produire 20 % de lait supplémentaire, sans coût supplémentaire sauf coût du foncier", indique la conseillère d'entreprise. "Le coût de la main-d'œuvre diminue ainsi de 20 euros/1 000 l par dilution du litrage, les dépenses financières de 10 euros/1 000 l par même dilution". C'est également en prolongement de cette analyse que Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture, plaide pour une réflexion sur la mise en place d'une "bourse du lait" administrée et transparente qui délierait le quota du foncier".
3- Agrandissement de la structure :
"En ne perdant pas de vue ce seul objectif d'obtenir un point d'équilibre entre 270 et 300 euros/1 000 l", rappelle A.Y. Hénot qui fait référence aux nouvelles annuités générées par un agrandissement qu'il faut en partie contre-balancer par une diminution des charges opérationnelles.

Didier Le Du

(1) Étude "stratégies et scénarios d'adaptation des exploitations finistériennes" coordonnée par A.Y Hénot, du CER, avec la participation de Gwénola Floc'h-Penn, CA 29, André Queffélec, EDE-CA 29 et les conseillers lait de l'EDE-Chambre d'agriculture. Document disponible au prix de 30 euros HT

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Date de l'article : semaine du N° du 9 au 16 Juillet 2004
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