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Ille et Vilaine (35)
Les agriculteurs sont à la recherche de lisibilité
 
À quoi va ressembler demain ? Les questions posées par les participants à l’assemblée du Cergiv aux deux intervenants, Christiane Lambert présidente de Farre (Agriculture raisonnée) et Alexandre Gohin chargé d’études à l’Inra, mettent en avant cette interrogation.
Quels vont être les impacts de la réforme de la Pac ? Pour la production laitière, les volumes ne devraient pas bouger sensiblement, l’espérance d’une consommation à la hausse est illusoire. Le prix du lait va baisser. C’est bien l’objectif de la réforme. La viande bovine est dans une situation différente avec un recul probable de la production qui va se répercuter sur les prix. Même cas de figure pour les céréales. Quant aux viandes blanches, la réforme de la Pac ne devrait pas avoir d’effets particuliers. C’est l’analyse que fait Alexandre Gohin.
Si les réformes de la Pac étaient nécessaires, Christiane Lambert considère que « l’Union européenne a baissé la garde dans les négociations à l’Organisation mondiale du commerce. Maintenant, il ne faudrait pas que les frontières deviennent des passoires ». Il faut y veiller. Les nouveaux pays de l’Union interrogent : « ils sont capables de produire des produits basiques, à nous de nous différencier (sanitaire, qualité…), avec plus de transformation. Sans oublier le retour pour l’agriculteur », complète la présidente. L’agriculture raisonnée en est une traduction.

Légitimité des aides

Quant aux primes versées aux agriculteurs, elles ont une contrepartie : coût supérieur, qualité, environnement… « L’agriculteur doit pouvoir dire : je respecte les engagements, je revendique les primes ». Il faut d’ailleurs s’attendre à un renforcement des contraintes. La légitimité des aides est plus difficile à défendre vis-à-vis du citoyen quand on se limite à l’entretien les parcelles. Christiane Lambert constate aussi « qu’il n’existe aucune ambition politique pour l’agriculture et que la tendance libérale n’est pas compatible avec la vision d’une agriculture de qualité ».
L’avenir passe par l’installation. « Si un agriculteur se plaint toujours, il n’installera pas son fils, affirme la présidente. Il faut savoir dire quand ça va bien, qu’il y a des moments difficiles et qu’on ne peut avoir tout et tout de suite ». Alexandre Gohin complète en demandant aux cédants de ne pas vendre trop cher. « Il faut aussi que les jeunes aient de la lisibilité pour décider d’entrer dans le métier ».

Agriculteur, un métier plein de valeurs

Qu’est-ce qui fait le sens du métier d’agriculteur ? La question a été posée à Christiane Lambert lors de l’assemblée du Cergiv. « Ce qui donne du piquant à ce métier, ce sont des valeurs comme l’attachement à la terre, à la nature, au travail, à l’effort, à l’optimisme. Aujourd’hui, il manque de reconnaissance. Il est même contesté, critiqué. On entretient une agriculture nostalgique ».
«Alors, l’agriculteur doit expliquer, dire qui il est, ce qu’il fait, même si cela prend du temps. Il a trop longtemps abandonné la communication. L’agriculteur est un entrepreneur à qui l’on demande de la transparence, du dynamisme ».


Des résultats qui se dégradent

En l’espace de deux ans, le Cergiv a constaté une baisse du prix du lait de 13,5 euros pour 1000 litres. Dans le même temps, le coût de production a augmenté de 9 euros avec une tendance à la hausse des charges de structure notamment sur les postes matériels et bâtiments. Le résultat 2003 par UTH s’affiche comme étant le plus faible des cinq dernières années avec 10 600 euros pour une moyenne de 12 640 euros. On relève aussi que 37 % des producteurs se situent au-dessous de 7500 euros.
Comme en 2002, le résultat 2003 des producteurs de porcs est très faible (3400 euros/UTH). Leur endettement suit, avec près d’un éleveur sur cinq au-delà des 100 %. Les producteurs de volailles ne sont guère mieux lotis (11 300 euros/UTH), un revenu en baisse et au-dessous de celui des dernières années (13 020 euros). À l’inverse, la situation est meilleure pour la viande bovine (15 000 euros/UTH) après de mauvaises années (13 300 euros en moyenne sur 5 ans).
Ces chiffres marquent une situation de rupture. Joëlle Denoual la présidente demande à ce qu’une attitude constructive soit adoptée pour éviter le repli sur soi. « Notre avenir se jouera sur notre capacité à œuvrer ensemble, car les problématiques d’aujourd’hui ne peuvent se résoudre individuellement ».

Paul Chauvin


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Date de l'article : semaine du N° du 9 au 16 Juillet 2004
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