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Une culture sanitaire au quotidien
 
Le sanitaire n'est pas une fatalité. Pas davantage un hasard. Le fait est, qu'en Bretagne, on n'a pas de culture sanitaire et c'est pour cette raison que l'on met facilement les pépins au crédit du "pas de chance" ". Le patron des lieux ne partage pas ce fatum. "Il faut que la Bretagne acquière une culture sanitaire qu'elle n'a pas encore aujourd'hui".

Futures cochettes sous "haute protection"

Cette culture sanitaire, la SCEA de Kergavan l'a transposée sur plans dès les premiers coups de crayon qui ont précédé la sortie de terre du bloc-bâtiments construit spécifiquement en 1999 pour accueillir un élevage de multiplication. "L'ensemble de l'élevage est organisé selon le principe de la marche en avant. Les animaux ne se croisent jamais. Les jeunes reproducteurs ont leur entrée distincte qui débouche sur la quarantaine. Les départs de cochettes se font par un autre quai. Les départs des réformes par un troisième quai", explique Didier Coulon, le chef d'élevage.
En fait, plus que les animaux, ce sont tous les flux d'entrées et de sorties qui sont canalisés. "Les camions restent à l'extérieur du grillage qui délimite la zone sanitaire de l'élevage. Ce qui ne nous empêche pas d'exiger que la mention "camion propre" soit portée sur les bons de livraison d'aliment. Aliment qui est toujours livré en début de semaine". Quant aux livraisons de petits volumes (aliment en sac, matériels…), ils passent obligatoirement dans un sas de décontamination au formol. "Pour limiter les entrées, les IA sont faites à partir de prélèvements à la ferme", précise encore le chef d'élevage.
Comme tous les élevages de multiplication, Kergavan n'est pas un moulin. L'entrée des personnes est strictement contrôlée. Une fois rentrés, douchés et changés, les salariés de cet élevage n'en sortent qu'en fin de journée. Et pas question de franchir la limite rouge tracée par la clôture grillagée. "Même pour des départs d'animaux, nous ne franchissons pas la barrière placée à mi-parcours sur le quai. Au-delà de cette limite, c'est le chauffeur qui prend les animaux en charge", détaille D. Coulon. Et d'ajouter : " pour le déjeuner, nous avons une pièce bien équipée avec TV, four…".

Propreté à tous niveaux

Le bâtiment a été conçu pour répondre aux exigences sanitaires que s'est fixées l'éleveur. Auges en inox, caillebotis avec évacuation facile des déjections, parois facilement lavables… contribuent à maintenir les salles dans un excellent état de propreté. Des salles auxquelles les éleveurs accèdent après trempage méthodique des pieds dans un seau de solution désinfectante.
"Nous sommes en conduite 6 bandes et, particularité, nous avons 6 salles de verraterie. Ce qui permet de réaliser un vide sanitaire strict après chaque bande, avec vidange et lavage complet des pré-fosses". Les maternités sont soumises au même régime de propreté. "Les caillebotis sont soulevés, nettoyés par le dessous, etc.".
Pour éviter que les tétines des futures reproductrices ne soient abîmées par des résidus de produits de désinfection, les maternités sont rincées avant l'entrée des truies. "Ce qui nous oblige à chauffer les salles en toutes saisons pour les sécher". À noter que les tapis à porcelets sont systématiquement lavés et trempés dans un bain de solution désinfectante.

Toute l'expression du potentiel

Beaucoup de contraintes tout de même que ce cahier des charges ? "Ça peut paraître. Mais avec notre outil conçu dans cet esprit et avec une rigueur quotidienne, ce que certains pourraient imaginer une contrainte se révèle être un atout que l'on retrouve d'abord sur les performances de nos animaux", commente le chef d'élevage (voir résultats). Avec cet objectif clairement affiché de la SCEA Kergavant : sortir des cochettes le plus "clean" possible et donc capables d'exprimer leur plein potentiel au cours de leur carrière de reproductrice. "Le tout est de ne pas diriger les cochettes produites dans cet élevage vers un élevage "plombé sanitairement". Sinon, attention à l'explosion qui pourrait être catastrophique…

Didier Le Du


Introduction des cochettes

Les grands-parentales Scapaag (Top 910) livrées à la SCEA Kergavan sont des cochettes issues de "sevrage médicamenté modifié ultra-précoce", en provenance d'un élevage de sélection situé à Usson-du-Poitou (86).
À leur introduction, la quarantaine dure 6 semaines. Après une à deux semaines d'observation, la contamination se fait par déjections de maternité. Ce protocole est suffisant car le différentiel sanitaire entre l'élevage de sélection et ce multiplicateur est faible.
Les cochettes sont nourries à volonté avec un aliment type futur reproducteur. Avec ce régime, l'éleveur constate des améliorations au niveau des aplombs et des boiteries. Au-delà du facteur Duroc favorable aux aplombs, cet aspect est à corréler avec une meilleure fourniture en acides aminés, en minéraux…
Notons que cet élevage mesure systématiquement l'épaisseur de lard (objectif : 18-20 mm) à l'entrée et en sortie de maternité. Cet élevage qui, depuis ces dernières années, a choisi de couvrir un peu plus ses truies ne pratique pas de remise en état. Le programme alimentaire suffit à atteindre l'épaisseur de lard souhaitée.



«Ne pas oublier la contamination respiratoire»


"Si la première attente légitime d'un éleveur terminal est de recevoir des cochettes "clean", le tout est ensuite de les maintenir en bonne santé. Cela commence donc par une bonne quarantaine qui sera la plus longue possible, progressive et totale. Nous sommes très exigeants sur cet aspect. La durée minimum sera de 6 semaines, voire plus suivant l'élevage.
La quarantaine doit être un lieu de confort chauffé, éclairé, conduit en tout vide-tout plein. Au-delà de la contamination classique, nous recommandons une contamination respiratoire réalisée par le nez à nez. Une des solutions consiste à choisir une truie qui excrète, c'est-à-dire une truie jeune en bonne santé de 2e ou 4e portée. À 7-8 portées, la truie est blindée et n'excrète plus. L'autre solution consiste à introduire un porcelet de 8-10 semaines d'âge à partir de la 3e-4e semaine. Il restera une semaine avec les cochettes. C'est cet animal qui représente la meilleure image respiratoire de l'élevage. Dans ces conditions, les cochettes vont réagir de suite et non pas au moment de l'IA avec les conséquences que l'on connaît sur les performances de reproduction. Une supplémentation antibiotique bien raisonnée à cette période limitera le choc de la contamination.
En matière d'alimentation, nous conseillons un aliment "jeunes reproducteurs" capable de répondre aux besoins de croissance, de minéralisation du squelette de la future reproductrice (ou 50 % gestante + 50 % allaitante). En aucun cas un aliment gestante seul ne peut suffire à ce type de cochette produit d'une génétique maigre. Cet aliment nullipare distribué à raison de 2,4 à 2,6 kg/j permet d'obtenir une croissance de l'ordre de 550 g pour une saillie entre 240-255 jours au poids de 140 kg.



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Date de l'article : semaine du N° du 25 Juin au 2 Juillet 2004
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