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Sans la location de bâtiments vides à quelques kilomètres de son exploitation, Jean-Luc Cariou, éleveur multiplicateur à Douarnenez, n'aurait pas pu envisager un repeuplement de son élevage avec une rupture aussi courte : trois semaines de vide total. "Les ventes de l'ancien cheptel se poursuivaient alors que les premières cochettes de repeuplement mettaient bas sur le site loué de Confort-Meilars. Cette organisation m'a permis de gagner 4 semaines sur le calendrier de production d'un dépeuplement-repeuplement classique".
Profiter d'un renouveau sanitaire
Tout commence le 1er septembre 2003 avec l'arrivée d'un premier lot de cochettes pour reconstituer le troupeau. En parallèle, les bâtiments du siège d'exploitation se vident peu à peu. "Les dernières IA ont eu lieu à la mi-septembre. Fin décembre, la gestante était vide. Les premières salles d'engraissement ont été vides pendant pratiquement six mois. Pour accélérer les départs, 4 bandes de porcelets ont été vendues à 30 kg et la dernière bande est partie à 8 kg", explique l'éleveur qui travaille désormais avec des animaux issus d'un troupeau de sélection SPF Topigs (Specific Pathogen Free) situé en Charente. "Ici en Bretagne, il sera difficile de garder un tel statut sanitaire, mais tout sera mis en oeuvre pour maintenir un haut niveau sanitaire et je compte bien mettre ce capital santé à profit pour améliorer les performances techniques et économiques. La résistance naturelle de cette génétique doit m’y aider».
Au total, 187 jeunes reproductrices ont remplacé progressivement l'ancien troupeau truies. "Sans location de bâtiments à quelques kilomètres, il aurait fallu procéder à un repeuplement en une seule fois. C'est ce que nous proposons désormais chez les naisseurs-engraisseurs classiques, en introduisant des femelles de différents âges. Ça permet de se border sanitairement", explique Gaby Mescoff, directeur de Topigs France.
12 semaines de quarantaine
Le renouvellement total du troupeau reproducteur s'accompagne de changements significatifs dans la conduite de l'élevage. Désormais, J.L. Cariou appliquera une quarantaine de 12 semaines. Une "quatre-vingtaine", en quelque sorte. "Cette durée qui peut paraître longue permet de tenir compte des cycles viraux de 8 à 9 semaines, entre autres le SDRP", explique Stéphane Jeuland, chargé du suivi technique chez Topigs. Et de détailler le protocole : "La 1ère semaine, c'est la phase d'observation ; la seconde, c'est le départ de l’adaptation au microbisme; puis, on entre dans une phase de stabilisation. L'objectif est que les cochettes arrêtent d'excréter avant de rentrer en contact avec le troupeau truies".
Compte tenu de la durée de l'accoutumance des cochettes au nouvel environnement sanitaire, l'insémination est pratiquée quand elles sont toujours en quarantaine. "Elles rentrent donc directement en gestante. C'est là qu'a lieu le premier contact avec les truies adultes". Et Stéphane Jeuland de préciser : "Avec une telle durée de quarantaine, l'excrétion est terminée : Les cochettes ont déjà acquis une certaine immunité et les truies adultes ne sont donc pas relancées par l'arrivée de ces nouveaux animaux. Il y a donc une certaine stabilité sanitaire qui s'établit naturellement".
Avoir de la rigueur
En parallèle de cette quarantaine particulière, Jean-Luc Cariou applique désormais une politique de vide sanitaire vrai. "À présent plus question de garder des porcelets en trop responsables d'une surcharge des salles et qui empêchent de faire un vide sanitaire entre chaque bande". Car un repeuplement ne se résume pas à vider un élevage pour le remplir à nouveau. "Un repeuplement s'inscrit dans un ensemble de conduite avec ce souci permanent de conserver le haut niveau sanitaire que l'éleveur acquiert. Pour conserver et faire fructifier ce capital, il faut une seule chose : la rigueur".
Dans le cas de cet élevage en multiplication de 175 truies, le montant de l'investissement génétique est évalué à 71 650 euros. "À cela, il convient d'ajouter le prix de la location des porcheries à Confort-Meilars, la perte de marge brute, etc.", indique l'éleveur qui compte bien percevoir un retour sur investissement rapide en "cultivant la résistance naturelle de cette génétique pour gagner sur les coûts de production". Réponse dans quelques mois …
Didier Le Du
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