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La manifestation organisée par les filières légumières et horticoles bretonnes s'est déroulée dans le calme samedi 19 juin à Morlaix. Près de 1000 manifestants (producteurs et leurs familles, salariés de l'amont et de l'aval…) ont fait connaître leur désarroi face au contexte actuel très morose. "La zone légumière subit une crise sans précédent : endives, chou-fleur, artichaut, brocoli… Et demain ? Ce sera l'ensemble du tissu économique régional qui sera touché : transport, emballages, services…", ont clamé les producteurs, rappelant que l'agriculture légumière représente 15 500 emplois (avec l'industrie agroalimentaire).
L'artichaut en situation critique
"Le chiffre d'affaires des légumiers est en baisse de 35% sur les premiers mois de l'année. Sauf en cas de renversement de tendance (improbable), les légumiers vont perdre 80 millions d'euros en 2004", prévoit Joseph Rousseau, président du Cérafel. Juste après que des compensations aient été obtenues en chou-fleur, l'artichaut vit à son tour une situation critique, due à la sécheresse de l'été dernier et à la météo chaude et ensoleillée actuelle. "Les apports ont été concentrés sur les 3 dernières semaines, ceci entraînant un déséquilibre du marché. Et nous n'avons plus les moyens de gestion de marché qui permettaient dans le passé de faire face à ces aléas climatiques".
Les problèmes des légumiers sont aussi d'ordre économique avec des coûts de production grevés par la hausse des tarifs de l'énergie et des charges. Ils dénoncent aussi le "dumping des coûts de main d'œuvre", toléré chez les pays concurrents européens, et "l'oubli" des productions légumières dans la réforme de la Pac. Autre coup de colère : "Nos productions sont hyper réglementées, alors que, de plus en plus, nos besoins sont fournis par des marchandises importées à petit prix de pays où peu de normes existent".
"Nous avons encore envie d'y croire, mais nous voudrions être rassurés sur notre futur. Pourrons-nous vivre demain décemment de nos produits?", se questionne une productrice. "Pourtant, les légumiers bretons se remettent en cause en permanence pour s'adapter au marché. Sur notre exploitation, nous produisons du chou-fleur, de l'artichaut, de la salade, du brocoli, des mini-légumes, des "micro-ondables"… Nous avons abandonné l'iceberg : une production qui nous plaisait mais qui manquait de débouchés".
Jean-Yves Guérin, président de l’Aneefel (Association Nationale des Expéditeurs et Exportateurs de Fruits et Légumes) a apporté son soutien aux légumiers. "En Bretagne, il existe plus de 50 sociétés d'expédition qui font travailler 600 personnes et génèrent un chiffre d'affaires de 335 millions d'euros. Votre avenir et notre avenir sont étroitement liés". La Chambre de commerce et d'industrie s'est aussi montrée solidaire.
Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture du Finistère, a également apporté un message de solidarité de la part de toute la profession agricole. "Le mal-être est général en agriculture. Il est temps que tout le monde se soude pour défendre ce pilier de notre économie". Thierry Merret, un des leaders syndicaux, a demandé aux producteurs de rester mobilisés en attendant des mesures concrètes de la part des pouvoirs publics.
Agnès Cussonneau
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