|
On a pris du retard », s’excusait Nicolas Sarkozy, ministre de l’Économie à l’issue de la table ronde sur la grande distribution du 17 juin qui a réuni une quarantaine de participants. Mais finalement la méthode Sarkozy a payé en un temps record (15 jours). Certes, cet « engagement pour une baisse durable des prix » peut être considéré comme « a minima ». De l’objectif affiché, le 3 juin, d’une baisse des prix de 3 % d’ici septembre et de 5 % d’ici 2005, l’accord du 17 juin fixe un objectif « d’au moins de 2 % en moyenne sur les produits de marque des grands industriels, sur la base d’un effort partagé entre distributeurs et industriels dès septembre 2004 ».
Des solutions
« pragmatiques »
La liste d’engagements comporte cinq points majeurs : une baisse des prix de 2 % en septembre 2004 ; le gel « des marges arrières » et leur réduction en 2005 ; la suppression des contraintes de gamme (ou accords de gamme) portant sur des produits non significatifs ; la reconnaissance de la nécessité de moderniser l’équipement commercial mais aussi de redynamiser le commerce rural et de proximité ; des dispositions « très constructives en ce qui concerne les produits agricoles ». L’enjeu selon Nicolas Sarkozy est de « protéger ceux pour lesquels la négociation commerciale est plus difficile, c’est- à-dire les PME et les agriculteurs ».
Des mécanismes particuliers
Dans l’accord signé le 17 juin, est mentionné que « les prix des fruits et légumes et des autres produits bruts agricoles non marketés se forment selon des mécanismes particuliers ». « On a pu traiter la question des prix agricoles à part », se réjouit Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA. « Cette reconnaissance (de la spécificité agricole) est sécurisante », avance le président de la FNSEA. Point clé de négociation pour la FNSEA et son représentant Pascal Coste, secrétaire général adjoint du syndicat : l’arrêt des remises, ristournes et rabais qui ne constituent pas la juste contrepartie du volume des achats effectués.
Suppression des ristournes sous conditions
Cette mise sous condition de la suppression des ristournes, rabais et autres remises laisse perplexe la FNPL (Fédération nationale des producteurs de légumes) qui craint devoir payer au final la logistique par exemple. Deuxième point de négociation pour la FNSEA : la mise en place de coefficients multiplicateurs. L’accord stipule qu’en cas de « crise exceptionnelle sur certains marchés, et selon des modalités à définir contractuellement, la baisse des prix des produits agricoles est répercutée auprès des consommateurs par un mécanisme de cliquet contre la hausse de la marge brute en valeur des distributeurs ». En temps normal, il est clair que « le prix des produits agricoles ne va pas baisser », assure Jean-Michel Lemétayer. Enfin, « les filières agricoles et les distributeurs constituent des groupes de travail permanents, le cas échéant au sein des interprofessions, permettant notamment (...) de mettre en place les dispositifs adéquats en cas de crise de surproduction ». Dans ce cas, on est à la limite de l’entente sur les prix avance un observateur.
«Un nouveau départ»
Du côté des Jeunes Agriculteurs, Jérôme Despey, président des JA « veut bien croire à un nouveau départ », même s’il avoue « avoir failli ne pas être là ». La garantie d’obtenir par un courrier de Nicolas Sarkozy l’obligation de publication des condamnations de certaines enseignes pour des pratiques commerciales jugées illicites a pesé dans la balance. Jérôme Despey appelle à la vigilance tout comme Jean-Michel Lemétayer. « Nous ne sommes pas naïfs. Nous ne voulons pas être les dindons de la farce », souligne le président de la FNSEA. En ligne de mire, le suivi des 1er prix qui constituent le fil conducteur du prix payé aux agriculteurs explique le président de la FNSEA. « Un indicateur de suivi de l’évolution du prix des produits de grande consommation en 2004, piloté paritairement par les industriels et les distributeurs est mis en place pour s’assurer de la mise en œuvre effective des engagements », précise l’accord.
Les coopératives s’interrogent
Du côté des coopératives agricoles qui ne participaient pas à la première table ronde, le ton est plus prudent. Coop de France a souligné l’ambiguïté des modalités de la baisse de 2 % sur les « produits de marque des grands industriels, à notoriété nationale et internationale ». Qui définira les critères permettant de décider si telle entreprise est redevable ou non de cette baisse ? « Cette prérogative ne peut être confiée au libre arbitre des seuls acheteurs de la grande distribution », déclare Philippe Mangin, président de Coop de France. « Toutes les parties signataires y compris les pouvoirs publics, ont quatre mois pour démontrer leur responsabilité et leur loyauté », prévient le président des coopératives. Une clause de rendez-vous est prévue à l’automne. Pour l’heure, « la peur n’évite par le danger », concluait, philosophe, Pascal Coste convaincu que l’ère du « syndicalisme économique » était venue.
|
|