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Investir dans la génétique, c’est rentable
 
Conjoncture morose, perspectives peu engageantes, investir dans de la génétique - en pratique dans de bons taureaux - ne paraît pas être une priorité pour un certain nombre d’éleveurs, l’essentiel est d’avoir un veau. Une expérimentation en race limousine menée sur une longue durée (1989 à 2001) montre que l’utilisation de taureaux d’insémination et de mâles choisis à la station de qualification de Lanaud procure au final une marge brute supérieure de 15 % à celle d’un troupeau avec des taureaux sans références achetés en ferme.

Un protocole précis

Les 110 vaches du lycée des Vaseix (Haute-Vienne) ont été réparties en deux lots similaires par leurs origine, âge, morphologie, niveau génétique. Les deux troupeaux ont été conduits de la même manière avec une production de taurillons, de génisses viande et le renouvellement.
Dans le lot témoin, les taureaux n’avaient pas de performances connues. Les expérimentateurs ont pris soin de choisir des animaux adultes pour éviter des surprises. Ils ont aussi pratiqué dans les deux lots un renouvellement élevé pour limiter les effets (positifs ou négatifs) d’un taureau. Ils estiment qu’en moyenne leurs choix de taureaux de ferme étaient au moins aussi bons que la moyenne des élevages classiques.
Dans l’autre lot, l’insémination avec des taureaux mixtes a été surtout retenue pour le renouvellement. Les taureaux de monte naturelle qualifiés « Espoir » venaient de la station de Lanaud. Quel que soit le lot, les résultats de reproduction ont été semblables malgré l’insémination et le groupage des chaleurs. La différence, c’est le temps passé : 1 heure en plus par vache inséminée.

Des différences nettes

Fin 2002, le troupeau de démonstration présentait des index IVSEVR et IVMAT supérieurs de 7,3 à 9,3 au lot témoin pour des valeurs identiques au départ. La différence est encore plus forte avec l’ensemble des vaches de la base contrôlée (11 et 13 points). Ces différences se sont amplifiées les cinq dernières années. En plus, elles se voient : les pointages les ont mises en évidence.
Avec les taurillons, il a fallu attendre les trois dernières années pour voir une meilleure croissance (72 g de plus par jour de vie). Ce chiffre a même dépassé les 100 g pour les jeunes bovins de la dernière campagne. Les taurillons sont plus lourds (15 kg) et sont vendus avec trois semaines d’avance. Une différence de poids équivalente se retrouve aussi sur les génisses et les vaches de boucherie.
Plus de poids et une valorisation au kilo au moins égale voire supérieure donnent une recette plus élevée. Cependant, le coût de renouvellement des taureaux est plus élevé dans le lot de démonstration (437 euros en moyenne). Le coût de l’insémination et le temps supplémentaire ont aussi été intégrés. Les marges brutes des années 1997 à 2000 ont été de 594 euros par UGB et de 516 euros par UBG dans le lot témoin. 78 euros par UGB d’écart soit 15 % de mieux. C’est appréciable. Et à la portée de bon nombre d’éleveurs quelle que soit la race choisie.

Paul Chauvin


Avantage aux animaux issus de pères inscrits

Une étude est en cours en race Limousine avec les organisations de producteurs pour analyser les variations de poids vif et de poids de carcasse en relation avec l’origine paternelle des animaux. Les données du groupement creusois CCBE (Creuse Corrèze Berry Élevage) ont été analysées. Elles mettent en évidence des différentiels de poids (vif et carcasse) en faveur des animaux issus de taureaux inscrits au herd-book. Rappelons qu’un animal inscrit dispose d’une ascendance de forte valeur génétique et de performances individuelles suffisantes.
Ainsi les poids sont majorés de 57 kg vifs pour un broutard, de 18 kg de carcasse pour un taurillon fini, de 13 kg de carcasse pour une génisse grasse, de 19 kg pour une vache grasse. Il a été constaté que, pour des taurillons, la majoration de poids liée au taureau augmente avec l’âge. Elle est de 12 kg pour des broutards de 6 à 10 mois et de 42 kg s’ils ont de 11 à 14 mois. Ces premières données seront complétées dans les semaines à venir par d’autres données commerciales.
Les responsables du label Limousin sont aussi convaincus de la nécessité de mettre en avant la génétique comme facteur d’amélioration de production. Ils ont donc décidé qu’à compter de janvier 2008 les éleveurs engagés dans le label auront l’obligation d’utiliser des taureaux inscrits au herd-book ou l’insémination animale. La base de sélection devra donc s’employer à produire des mâles inscrits adaptés aux besoins. Ce qui devrait au final concerner tous les élevages.


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Date de l'article : semaine du N° du 11 au 18 Juin 2004
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