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Du lin à Cléder. Même les plus anciens ne s'en souviennent pas. Seuls souvenirs transmis de génération en génération: le lin et le chanvre ont contribué à la prospérité de jadis quand le Finistère vendait ses «crez», ses «bretagnes», ses toiles dites de Morlaix, ses toiles blanches etc., en Espagne, Portugal, Hollande, Amérique…
La réintroduction du lin dans la zone légumière ne cherche pas à renouer avec ce passé. «L'essai que nous conduisons s'inscrit en prolongement de la mesure agro-environnementale (MAE) qui arrive à échéance en 2005. Pour déboucher sur une autre mesure, il faut creuser d'autres voies», a expliqué André Méar, président de l'association clédéroise.
Tout à apprendre
Le lin fait partie, au même titre que les céréales réintroduites par des légumiers, des plantes capables d'améliorer la structure du sol. «Le lin laisse une bonne structure du sol. Semé en tête de rotation, il coupe les rotations courtes blé, orge, colza», explique Denis Burlot, responsable d'une coopérative de l'Oise spécialisée dans la culture du lin. À noter encore que le lin implanté en automne couvre le sol et réduit donc les risques d'érosion.
À défaut de références locales concernant la conduite culturale, les agriculteurs de Cléder ont tout à apprendre sur l'itinéraire technique à adopter pour cette culture réputée «facile à conduire mais précise pour les moments d'intervention», comme résument les spécialistes.
«Les premiers semis ont eu lieu le 28 octobre, mais la première quinzaine d'octobre serait apparemment préférable – après brocoli – ou la sortie hiver – après chou-fleur. L'idéal étant de viser une récolte entre le 15 juillet et le 15 août», note A. Méar, soulignant que «les premiers essais de cultures de lin sont irréguliers». Une irrégularité à mettre au compte du choix variétal, de la date idéale de semis, etc. À quelques mois de la récolte, le président de l'association Arcad relève déjà deux points essentiels pour la réussite des cultures à venir : «Le désherbage et l'application du raccourcisseur».
25-30 quintaux/ha
Cette tentative de réintroduction du lin sur la zone légumière coïncide en tout cas avec l'avènement du phénomène «Oméga 3», acide gras essentiel dont le lin est riche. C'est également dans ce cadre que la société Valorex, contactée par Arcad, a développé la marque «Bleu Blanc Cœur» avec d'autres partenaires. Cette société, installée à Combourtillé près de Fougères, évalue ses besoins à 10 000 ha de lin. «Nous proposons des contrats garantis à 270 euros/tonne», indique Stéphane Douabin, responsable, précisant que sa société a une volonté affichée de produire du lin en Bretagne. Une culture qui, dans le contexte pédo-climatique local, permet d'espérer des rendements moyens de 20-30 quintaux/ha. Vérification cet été à Cléder.
Des marchés variés
L'union européenne importe 75 % de ses graines de lin oléagineux. Les débouchés sont d'abord industriels : peintures, savons, détergents et lubrifiants spéciaux, linoléum, encres, produits de traitement du bois ou de carrelage, additifs de plastique, matériaux composites, papiers, litières.
Le lin est également utilisé pour l'alimentation humaine (boulangerie) et de plus en plus en alimentation animale. Riches en oméga 3, les graines de lin et les produits issus d'animaux en ayant consommé auraient un effet préventif sur les problèmes cardiovasculaires, le diabète, la prise de poids…
Didier Le Du
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