|
Demandez à Vincent Le Dru s'il s'ennuie. Son rire fait office de réponse. «Ce ne sont pas les occupations qui manquent mais le temps pour tout faire». Décidément, les choses ne changent pas avec la retraite !
«Si j'avais le temps, j'apprendrais l'anglais», répond-il quand on lui demande ce qu'il aimerait faire et qu'il ne fait pas. «Je n'ai pas eu cette chance d'apprendre l'anglais à l'école. Je me souviens de m'y intéresser quand mes enfants apprenaient la langue». L'anglais, la langue de l'ouverture vers les autres et du voyage. Peut-être le voyage que V. Le Dru fait tous les jours à 11 h 30 quand, de sa ferme où il habite depuis toujours, il voit se profiler l'imposante silhouette du Pont-Aven quittant le port de Roscoff pour l'Angleterre.
Car Vincent Le Dru est un homme baigné par le contact. Les gens, c'est son truc. Sa fibre est sociale. «J'ai été mis sur terre pour le social», est-il convaincu. Pas une vague superstition mais une réelle certitude pour cet agriculteur qui «veut être disponible pour les autres». Il poursuit : «Il m'arrive d'aller voir des gens du coin pour les aider à s'en sortir».
Sur un plan plus collectif, il participe à la commission des retraités de l'UDSEA. «Notre commission travaille beaucoup sur ce volet social en se préoccupant notamment des veuves, des défavorisés».
Tout ce travail, il ne fait pas pour les médailles. Non, il en a déjà refusé deux. Son combat, il le mène seulement en "épris de justice".
"À 7 h dans les champs, c'est super"
Cette préoccupation pour les autres n'empêche pas de penser à soi. En témoigne l'emploi du temps de ce jeune retraité qui, les beaux jours, pousse la porte de sa maison à 7 h du matin. «Je descends dans la vallée voir les génisses. C'est sport quand il faut remonter vers la ferme, mais la nature est tellement belle. À cette heure-là, les chants des oiseaux vous interpellent avec leurs nuances d'une saison à l'autre».
De chant, il en est également question tous les mardis après-midi. «Je fais partie de la chorale», raconte V. Le Dru. Parce que, savez-vous, il paraît que notre agriculteur chante bien, même si lui préfère jouer le registre de la modestie. «C'est aussi l'occasion de rencontrer du monde lors de nos petits déplacements», choisit-t-il en diversion, révélant une fois de plus sa fibre sociale.
Et la ferme alors ? «C'est quand on a besoin de moi. Pour les gros travaux, comme les semis de maïs, c'est volontiers que je monte sur le tracteur». Et cela, il le fait avec plaisir pour aider son fils et sa belle-fille qui ont repris l'exploitation familiale et ses vaches normandes ancrées au «Brenn» depuis des décennies. «On est toujours volontaire pour donner un coup de main, mais sans les responsabilités. Ce sont les jeunes qui décident. Nous on rend service». Y compris Madame qui garde les petits-enfants. Des petits-enfants que leur papy n'hésite pas à jucher sur le tracteur, pas seulement pour le plus grand plaisir des petits. «C'est vrai, c'est sans doute moi le plus fier lorsque mon petit-fils est avec moi sur le tracteur»…
Toujours dans la course
Quand ce n'est pas le tracteur, V. Le Dru fait le «poatr-saout» (vacher). «Je fais la tournée des parcelles, parfois avec mon VTT qui est mon Border Collie», ironise-t-il. En tout cas, si elles rendent service au jeune couple, les escapades à travers champ servent aussi d'entraînement pour les sorties à vélo du dimanche matin. «Avec deux copains, nous faisons une soixantaine de km par semaine. Je faisais partie du club local depuis 1978, mais on ne suit plus les jeunes ! Tout comme j'ai arrêté de courir les semi-marathons».
Les jambes… et la tête. Ancien président du GVAF du Haut-Trégor, engagé syndical et professionnel, Vincent Le Dru a gardé un pied dans l'environnement agricole et maintient un œil vigilant sur les politiques mises en oeuvre. «Des grands projets, c'est sans doute ce que nous manquons aujourd'hui», estime celui qui, par ailleurs, est président de la Maison familiale de Kerozar à Morlaix. Une mission qu'il accomplit depuis 7 ans avec un certain succès. «Cette responsabilité me mobilise deux fois par semaine, entre les réunions locales, départementales, voire régionales. Mais c'est vrai que ça me plaît d'accompagner les jeunes qui portent notre avenir».
Didier Le Du
|
|