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Alexandre et Adrienne Hémono, de Ploërmel
« On a choisi d’habiter en ville »
Cela ne nous a pas gêné de vendre. Nous n’étions pas accrochés à notre exploitation et la maison nécessitait quelques travaux, expliquent Alexandre et Adrienne Hémono de Ploërmel (56). Ils ont quitté leur exploitation en 1992, sans changer de commune. «Nous sommes maintenant à 800 m du centre de Ploërmel au lieu de 5 km ».
Indépendance et autonomie
Ils avaient acheté leur exploitation en 1970 dans le cadre de la Sbafer puis s’étaient agrandis pour atteindre 50 ha avec un élevage laitier. «Aucun de nos trois enfants n’était intéressé par le métier et aucune demande de jeune s’étant présentée, notre exploitation a été vendue à un producteur de porcs».
Alexandre et Adrienne auraient pu construire ou acheter une habitation existante dans un petit bourg aux alentours. «Notre choix s’est porté sur Ploërmel, de taille plus importante où nous avons construit dans un petit lotissement qui donne sur la campagne toute proche». Même si les relations sont moins conviviales que dans un petit bourg, les deux retraités reconnaissent les atouts de la petite ville : des commerces variés et proches, des services de santé, un choix de loisirs… «Le jour où on ne conduira plus, on pourra quand même se débrouiller et conserver un minimum d’autonomie».
Une période stressante
«C’est une période stressante où il faut vite tourner la page et s’adapter à une nouvelle étape. On arrête d’un long travail passionnant mais aussi contraignant. C’est l’arrêt aussi d’engagement solidaire en dehors de l’exploitation, vu du côté professionnel ou social. C’est le virage d’un autre âge». C’était alors pour Alexandre et Adrienne le moment de tout vendre avec certaines complications : biens agricoles, foncier, cheptels, matériels et maison d’habitation. C’était aussi le temps de la construction de la maison qu’il fallait suivre. «Nous pensons qu’il est préférable de prévoir le choix d’habiter en location ou en propriété, assez tôt avant de quitter son exploitation». Le temps passe vite pour le couple. Il y a les enfants, les petits-enfantsde temps en temps et le jardin mais aussi certaines rencontres pour fêter un anniversaire entre anciens agriculteurs et aussi un engagement avec les retraités : MSA, Resto du cœur, Brancardiers d’Arvor, la paroisse, le club du 3ème âge et aussi certains voyages organisés.
Alexandre et Adrienne ajoutent qu’ils ont la chance de garder la santé avec ce choix d’indépendance et d’autonomie. Ils confient que l’exploitation, qu’elle soit vendue ou continue d’être exploitée par des proches, «il vaut mieux une certaine distance qui n’empêche pas la solidarité».
Jean et Thérèse Formal,
de Languidic
« On voulait garder nos racines »
Mes aïeuls ont vécu ici et tenu ces terres depuis les années 1760. Il n’était pas question de quitter pour aller ailleurs», confie Jean Formal qui avec son épouse Thérèse a tenu l’exploitation du Glievec à Languidic . La voie express Lorient-Rennes avait coupé la ferme en deux. «Nous avons alors abandonné le lait pour nous spécialiser en porcs (80 truies) avec une surface de 27 ha de SAU».
Rester à la
campagne
A l’heure de la retraite, les terres ont été louées ainsi que les bâtiments d’élevage. «Nous avons toujours souhaité conserver la maison bâtie près du corps de ferme en 1967». Il est vrai que leur habitation est suffisamment proche de Saint-Gilles
(1 km) avec toutes les commodités et d’Hennebont (3 km) où ils disposent aussi de tous les services. Quand la santé devient plus fragile, comme c’est le cas pour Thérèse, le transport par véhicule sanitaire permet, à la demande, de rejoindre Lorient pour des consultations spécialisées et des soins. Habiter à la campagne n’est pas un problème pour Jean et Thérèse. Ils bénéficient ici d’espace et de calme.
L’arrêt d’activité des bâtiments d’élevage a permis à Jean et Thérèse de transfor-
mer une ancienne longère en gîte pour 8 personnes. Les chambres du gîte ont été équipées avec goût de meubles anciens et Jean montre le lit de ses parents, l’armoire de la grand-mère ou la grande table de la salle fabriquée grâce au seul frêne de l’exploitation, abattu par l’ouragan de 1987. On sent l’attachement profond à tout cet environnement familial.
Une vie bien
remplie
Pour Jean et Thérèse, la transition entre vie professionnelle et retraite s’est faite naturellement et sans rupture. Ils ont conservé la basse-cour, les lapins et le jardin fournit largement les légumes nécessaires au ménage. «J’ai besoin d’activités et d’être bousculé», explique Jean, qui a dépassé 75 ans. «J’aime avoir un objectif dans la journée et ma semaine est souvent programmée à l’avance». Jean est président du club des aînés de Languidic (415 membres et de nombreuses activités), membre du syndicat des aînés et délégué de la MSA.
Le gîte fonctionne surtout l’été de mai à septembre avec jusqu’à présent, une clientèle composée principalement d’étrangers, en relation avec la Britanny Ferries. «Cette activité nous demande également un peu de travail : tonte de la pelouse, préparation des chambres et des fleurs... Elle nous apporte aussi beaucoup de contacts avec des familles qui apprécient la proximité de la ville, de la campagne et de la mer». L’accueil et les échanges sur les activités de loisirs ou les visites possibles se font souvent en anglais. Ce qui ne semble pas poser de problèmes à Jean qui a débuté des cours d’anglais et révise chaque printemps les principaux mots-clés pour ne pas être pris de court.Les journées bien remplies font partie du quotidien et semblent donner du tonus aux retraités.
Patrick Bégos
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