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Ille et Vilaine (35)
La prairie multiespèces est intéressante dans certaines situations
 
Il n’y a pas que le ray-grass anglais. Il reste cependant une valeur sûre dans bon nombre de situations grâce à son appétence, sa souplesse, sa production. D’autres graminées existent avec des caractéristiques différentes : ray-grass d’Italie, ray-grass hybride, fétuques, dactyle, brome, fléole. Le RGA est souvent associé au trèfle blanc, mais il ne faut pas oublier le trèfle violet ou le lotier corniculé. Diverses associations sont possibles avec plus ou moins d’espèces. Elles font l’objet des essais menés à Montreuil-sous-Pérouse par la Chambre d'agriculture.

Les spécialistes de l’herbe considèrent que lorsque la part d’herbe augmente, les prairies multiespèces deviennent plus intéressantes. Avec un système à 30 ares d’herbe par vache, l’herbe n’est que pâturée, les stocks sont constitués par du maïs. Le RGA peut suffire. En revanche au-delà de 45 ares, il devient nécessaire de constituer des stocks avec de l’herbe. Une flore plus variée apporte un plus notamment pour la fauche.

Ensuite, il faut tenir compte du parcellaire. Des parcelles froides au printemps seront plus productives avec un mélange à base de fétuque. Si elles sont séchantes, le dactyle a sa place. Des prairies exclusivement fauchées seront semées avec du ray-grass hybride et du trèfle violet. On pourra aussi associer du dactyle, de la luzerne, du trèfle violet, du brome avec un sol plus séchant. Et si la parcelle a un potentiel limité, une flore complexe est adaptée.
Implanter et exploiter la prairie multiespèces

Avec une prairie multiespèces (trois espèces ou plus), le choix des variétés se portera sur des RGA diploïdes éventuellement plus précoces dans les sols froids, séchants ou à petit potentiel, associés à des trèfles blancs agressifs, des dactyles et fétuques aptes au pâturage (feuilles souples et épiaison tardive). Il est recommandé de choisir des mélanges simples (2-3 graminées et 1-2 légumineuses) avec une dose maximale de 30 kg/ha, le RGA ne dépassant pas 6 kg et le trèfle blanc 4 kg. L’objectif est de retrouver une proportion satisfaisante de chaque espèce sur plusieurs années.

Pour obtenir une herbe de qualité, il faut maîtriser les épis. Une fauche précoce (15-20 mai) le permet et donne suffisamment de temps pour une repousse avant l’été. Si la proportion d’herbe monte à 45-50 ares, une seule fauche ne suffira plus. Deux voire trois chantiers sont à prévoir. Décalés, ils permettront d’allonger la période de pâturage et de limiter les stocks totaux nécessaires.
Le stockage de l’herbe peut se réaliser sous forme d’ensilage d’herbe (viser 30 % de matière sèche autour du stade épi à plus de 10 cm), de foin ou d’enrubannage au stade épiaison de la graminée et floraison de la légumineuse. L’enrubannage est adapté aux petits chantiers, mais coûte près de deux fois plus cher à l’hectare (en monoballe) qu’un foin ou un ensilage (mécanisation et main-d’œuvre). Il faut aussi tenir compte du stockage, de la distribution et du niveau du troupeau dans les choix.

« Le premier objectif en fauchant n’est pas de constituer des stocks, mais bien d’allonger la période de pâturage, explique Françoise Roger de la Chambre d'agriculture. Et il ne faut jamais oublier que l’herbe pâturée coûte 7 à 8 fois moins cher que les stocks ».

Essai de mélanges

À Montreuil-sous-Pérouse, un essai de plusieurs mélanges a été implanté en septembre 2002. Les mélanges vont de 3 à 6 espèces. On retrouve toujours du ray-grass intermédiaire (sauf un tardif), du trèfle blanc associé à de la fétuque élevée et ou du dactyle. Du trèfle violet se retrouve dans 4 blocs sur 7 et le lotier apparaît 2 fois.
En 2003, le rendement a été meilleur avec les mélanges composés de ray-grass intermédiaire par rapport au ray-grass tardif. Les écarts se sont creusés sur les mois d’avril et de mai. Les rendements des autres parcelles restent voisins avec un petit plus au mélange avec dactyle. L’essai montre également que la maîtrise du pâturage se complique à l’épiaison (3ème cycle) avec des hauteurs entrée et surtout sortie nettement plus élevées qu’au premier passage. L’essai étant conduit sur plusieurs années, d’autres observations affineront les premiers résultats et donneront des indications sur l’évolution dans le temps des différentes espèces.
Un autre essai conduit en Maine-et-Loire sur des sols à petit potentiel montre que les mélanges multiespèces sont plus productifs en conditions difficiles (2003). L’écart se resserre si le climat est favorable (2002).

Paul Chauvin

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Date de l'article : semaine du N° du 28 Mai au 4 Juin 2004
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