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Ille et Vilaine (35)
Maîtriser et restructurer, deux termes d’actualité
 
Les filières bretonnes et françaises sont-elles adaptées ? Et en particulier le porc et le lait. Telle est la question qui a fait l’objet d’une table ronde à l’assemblée de la FDSEA le 19 mars à Bédée. Trois personnes pour y répondre : Guy Dartois (Cooperl), Jean Le Vourc’h (Cniel) et Jean-Michel Lemétayer (FNSEA). Les autres invités, Jean-Louis Porry et Yves Trédé, auteurs respectifs de rapports sur la situation porcine et le lait étaient excusés en raison des élections.

Maîtriser l’offre

Si le prix du porc s’est légèrement redressé, il n’en demeure pas moins que toute variation légère de la production entraîne des amplitudes fortes sur le prix. Alors maîtrise de l’offre ? Guy Dartois n’y croit pas, « les autres bassins de production n’y sont pas favorables à l’image de l’Espagne et du Danemark ». Cependant, il estime que l’Europe « n’échappera pas à une réflexion sur l’offre. Dans un premier temps, un observatoire de la production serait un outil intéressant pour mieux suivre les effectifs ». Il ajoute : « L’Europe n’a utilisé que le quart des moyens mis à sa disposition pour gérer les marchés ».
La maîtrise de l’offre existe en lait au travers des quotas. Cependant proposer de réduire de 1 % les prêts de quota crée des réactions, l’objectif de chaque éleveur est toujours de produire plus alors que les marchés sont encombrés. « Bien qu’il n’y ait pas de besoins supplémentaires de lait, l’augmentation des quotas programmée par l’Union européenne n’est que retardée. L’objectif est bien de faire baisser très sensiblement le prix du lait», explique Jean Le Vourc’h. Une lueur d’espoir, pour Jean-Michel Lemétayer, « une baisse des quotas face à l’offre excédentaire aurait rencontré un écho qui n’a pas été défavorable. Alors on peut espérer ».

Les intervenants insistent sur les conséquences de l’Organisation mondiale du commerce. « Il faut se battre pour limiter à 5 % l’accès au marché européen, tellement il est attractif, précise le responsable laitier. L’Europe donne l’impression que son agriculture est une corvée, alors que les USA la considèrent comme une arme ». « Attention aux importations, renchérit le président de la FNSEA, elles correspondent toujours à une importation d’une baisse des prix ».

Réfléchir d’abord

Les rapports Porry et Trédé mettent en avant la nécessité de réorganiser les filières, il y a trop d’acteurs. Faut-il fusionner des entreprises avec les mêmes produits ou s’ouvrir vers d’autres plus complémentaires en ne regroupant éventuellement que la partie commerciale comme Laïta : (Terrena, Even et Coopagri Bretagne).

La restructuration des entreprises laitières est déjà commencée avec certains groupes privés qui partent dans les pays de l’Est en fermant des sites ou en ne les modernisant pas. Ils conservent en France la fabrication des produits ultra frais. Les coopératives n’ont pas cette facilité du fait de leur attachement à un territoire. « Mais la nécessité rend intelligent. Des contacts se nouent aujourd’hui», constate Jean Le Vourc’h.

De son côté, Guy Dartois estime « simpliste » le fait de dire que plus de taille implique plus de compétitivité. « La restructuration doit être le fruit d’une réflexion. Il faut être lucide, examiner les fonds de commerce des entreprises (concurrentes ou complémentaires), analyser les capacités d’investissement et d’innovation et surtout se mettre d’accord sur les projets à mener ensemble. Ensuite, il ne faudra qu’un centre de décision ».

La bonne taille d’exploitation

Restructuration de l’aval, mais aussi de la production, sous-entendu : quelle est la bonne taille ? Le représentant de la Cooperl considère que les grosses structures peuvent présenter des fragilités (recours à des salariés, environnement, transmission). D’ailleurs les 150-300 truies obtiennent les meilleurs prix de revient (étude CER). Il y a encore à travailler sur les coûts quand on constate des écarts de 0,33 euros/kg entre les 10 % meilleurs et les moins bons.

Faut-il passer de 200 000 litres à 400 000 litres pour obtenir le même revenu ? La question a été posée. « Soit, on ne veut pas voir la réalité et on la subira et ça se passera mal, soit on en prend conscience et l’on met un plan en place, explique Jean Le Vourc’h. Arrêtons de décourager ceux qui veulent entreprendre ». Pour le président de la FNSEA, « la logique des volumes n’est pas la seule réponse. La restructuration par les prix fera disparaître des producteurs. Les entreprises doivent rechercher de la valeur ajoutée et les éleveurs se battre sur les charges». Aussi plaide-t-il pour que soit pris en compte le travail, la qualité de la vie et le revenu.

Paul Chauvin


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Date de l'article : semaine du N° du 26 Mars au 2 Avril 2004
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