|
Il n'est pas une semaine sans qu'une «vraie nouvelle» ne soit communiquée aux producteurs de porcs concernant les avantages de telle ou telle génétique, parfois en relation avec la santé. Ainsi qui n'a pas déjà entendu parler d'un soi-disant effet Piétrain en relation avec la Map», a embrayé Alain Ducos, de l'école vétérinaire de Toulouse, pour introduire son exposé «génétique et résistance aux maladies», réalisé en commun avec le professeur Guy-Pierre Martineau et présenté dans le cadre des Ripp (1). «Mais cet effet génétique n'a jamais été réellement prouvé dans le cas de la Map, il existe en revanche d'autres exemples où certains gènes ont été identifiés comme étant facteurs de résistance».
Héritabilité ou pression de sélection
Les premiers travaux, ayant permis de suspecter une composante héréditaire dans la résistance à certaines pathologies porcines spécifiques, datent de la première moitié du XXe siècle (fièvre aphteuse, rhinite atrophique…). Puis dans les années 80, d'autres travaux ont mis en évidence une meilleure réponse immunitaire à Bordetella bronchiseptica chez les porcs de races Yorkshire et Landrace par rapport au Duroc, par exemple.
Depuis, l'effort de recherche dans ce domaine particulier de la génétique porcine a été relativement modéré en comparaison avec celui consacré à d'autres caractères (croissance musculaire, efficacité alimentaire, reproduction…).
L'un des pays les plus actifs actuellement sur la thématique «résistance aux maladies» chez le porc est le Danemark. Plusieurs études ont notamment été menées afin de déterminer l'héritabilité des caractères de résistance à des maladies cliniques ou subcliniques dans l'espèce porcine (boiteries, maladies respiratoires et aux diarrhées). «Les valeurs d'héritabilité ne sont pas négligeables, ce qui permet d'envisager une sélection efficace», poursuit A. Ducos.
Ce vétérinaire rappelle en effet que, si la sélection d'un caractère est d'autant plus efficace que son héritabilité est élevée, il demeure possible, si on s'en donne les moyens, d'améliorer un caractère modérément voire faiblement héritable. «Le progrès génétique réalisé depuis plus de 10 ans en race Large White pour le caractère «nombre de porcelets nés totaux par portée (h2 = 0,10 ; progrès génétique annuel de 0,15 porcelet par an) permet de s'en convaincre».
Par ailleurs, des résultats intéressants ont été obtenus dans le cadre d'une expérience de sélection mise en œuvre au début des années 90 au Canada. Ainsi, a-t-il été possible d'isoler une lignée à forte réponse immunitaire corrélée à une meilleure résistance des animaux. «Ces résultats semblent indiquer qu'une sélection indirecte sur des critères de réponse immunitaire, facile à mettre en œuvre, pourrait avoir un impact intéressant sur la résistance générale des animaux et par conséquent sur l'incidence des maladies en élevage. Le fait que l'efficacité des vaccins soit accrue – au moins chez les animaux sélectionnés pour de fortes réponses immunitaires – renforce encore l'intérêt de cette approche».
Une voie à explorer
Il existe, d'autre part, des corrélations génétiques négatives, ce qui explique pourquoi, en menant une sélection sur des critères donnés (comme la croissance), on peut dégrader d'autres caractères (comme la qualité technologique de la viande).
La sélection menée depuis la fin des années 50 est susceptible d'avoir eu des répercussions négatives sur les aptitudes de résistance aux maladies. «Ceci pour 3 raisons essentielles : corrélations génétiques défavorables entre les caractères sélectionnés et les critères de résistance ; réduction de la taille génétique des populations et dérive génétique ; modification des conditions d'élevage des animaux».
Reste que, dans un contexte où les stratégies de lutte contre les maladies du porc (optimisation de la conduite d'élevage, vaccination, antibiotiques) trouvent des limites, la sélection génétique, qui ne remplacera jamais les stratégies antérieures, peut être une voie complémentaire pour réduire les coûts liés aux maladies. Des coûts consécutifs à une augmentation de la mortalité, des frais vétérinaires, à une diminution des performances et à un accroissement de la main-d'œuvre. «Il faut toutefois répondre à un certain nombre de questions et déterminer tout d'abord les critères à améliorer. Il semble que l'amélioration de la résistance générale, c'est-à-dire l'immunité globale soit la voie à privilégier».
Didier Le Du
(1) Rencontres internationales de production porcine organisée par Synthèse Elevage (groupe Chêne Vert), BP 39 - 35137 Pleumeleuc tél : 02 99 06 10 06.
|
|