|
De petits bâtiments faiblement chargés et éclatés sur le corps de ferme, l'élevage porcin a muté en «en bâtiment mono-bloc au sein duquel cohabitent le cheptel reproducteur et les issues. Les déjections sont plus souvent stockées sous les animaux ce qui en fait un fermenteur biologique», pour reprendre les termes de François Madec, chef de l'unité d'épidémiologie porcine à l'Afssa de Ploufragan. «C'est-à-dire que sous un même toit percé de quelques cheminées se trouvent confinées 200 à 300 truies et la suite. Avec cette population d'animaux, le risque de dérapage sanitaire menace en permanence. D'autant plus qu'avec la conduite à la semaine, il n'y a pas de rupture. Dans ces conditions modernes de production, l'équilibre sanitaire d'un élevage est relativement précaire».
Ne pas tout espérer de la médecine vétérinaire
Alors que les maladies contagieuses étaient mieux maîtrisées, que le parasitisme devenait moins prégnant, de nouvelles maladies sont tour à tour apparues (SDRP, Map, etc.). Demain, à ne pas en douter, d'autres pathologies encore inconnues emboîteront le pas.
Comme par le passé, les facteurs environnementaux président à ces maladies émergentes. Il est d'autant plus illusoire de tout espérer de la médecine vétérinaire pour gommer ces maladies qui pour la plupart sont d’origine multifactorielles. Pour François Madec, d'ailleurs, il ne faut pas toujours chercher à éradiquer tous les agents pathogènes. «Il faut vivre avec tout en mettant tout en œuvre pour maintenir la contamination à un niveau acceptable», dit-il.
«Les premiers leviers sanitaires sont les porcs eux-mêmes, car premiers vecteurs des maladies et des problèmes sanitaires. Pour autant, on connaît aussi l'influence des bâtiments – on revient là à l'effet fermenteur –, voire de l'environnement dans les zones de forte densité porcine (contamination par voie aéroportée)».
C'est donc sur l'ensemble de ces facteurs que l'éleveur doit agir. Pour l'épidémiologiste de Ploufragan, il s'agit d'ailleurs d'une priorité pour l'élevage porcin breton. «Dès que les cours redeviendront bons, il faudra voir de ce côté. À défaut, le risque est grand pour les éleveurs. Car, si jusqu'à présent, nous avons pu maintenir les performances sans que la santé soit à la hauteur, il ne sera pas forcément ainsi demain», explique-t-il, citant les cibles prioritaires : la pathologie respiratoire et la pathologie digestive.
Trop de porcs respirent les gaz de lisier
«La bonne santé respiratoire passe par une bonne qualité de l'air. Un cochon qui tousse tous les jours, ce n'est pas normal», poursuit-il. «Aujourd'hui, trop de porcs respirent les gaz de lisier. Il est temps de penser à l'évacuation du lisier sous les porcs. Des solutions simples, sans technologie à grands coûts existent».
Pour démontrer l'intérêt d'agir, ce spécialiste s'appuie sur une étude de cas qui met en relation GMQ et lésions pulmonaires : «7 % du prix du porc était perdu dans cet élevage du fait d'une pathologie respiratoire».
Plus largement, la grande variabilité des résultats techniques (IC, GMQ) entre élevages – alors que tout le monde a plus ou moins les mêmes cochons ! – montre que la marge de progrès est énorme dans certains élevages. L'état sanitaire figure bien souvent parmi les premiers leviers pour améliorer les performances. «Pour certains élevages, il y a une masse financière extraordinaire derrière», résume F. Madec, citant un chiffre qui interpelle : «10 à 20 % du prix du porc est perdu pour des raisons de santé».
Didier Le Du
|
|