|
Avec chaque tracteur, un livret d’entretien est joint. «Il faut commencer par le lire et suivre les préconisations du constructeur. C’est un gage de durée de vie du tracteur», conseille Stéphane Corre formateur à la Maison familiale la Rouvrais à Montauban (35) spécialisée dans le machinisme agricole. Pour l’entretien, plusieurs postes sont à voir avec des périodicités variables.
Moteur :
La première vérification à faire tous les jours consiste à regarder le niveau d’huile. Ensuite pour la vidange sur un tracteur récent, le constructeur va préciser un intervalle qui peut être de 500 heures. Mais avec des précisions : il va conseiller d’utiliser une huile spécifique de sa marque ou/et indiquer les caractéristiques de l’huile à utiliser, par exemple ACEA E4 ou E5 (voir encadré). Si l’huile utilisée est une E2 ou E3, l’intervalle entre deux vidanges va être ramené à 250 heures. Il peut aussi indiquer que si le fioul utilisé présente une teneur en soufre au-dessus d’un certain niveau, il faut aussi raccourcir l’intervalle. Un point à vérifier auprès du fournisseur. Ainsi l’huile pour un tracteur neuf n’est pas probablement pas la même que pour celui qui a 8 ou 12 ans. Cela ne simplifie pas la gestion des stocks d’huiles.
Les constructeurs précisent aussi que la vidange doit se faire au moins une fois par an. Une huile usagée du fait qu’elle contient des particules métalliques et différents produits chimiques issus du fioul ou du liquide de refroidissement, perd de son efficacité avec le temps.
À chaque vidange, il faut aussi changer le filtre à huile afin de ne pas mélanger de l’huile ancienne et de l’huile propre. «Ce n’est pas ce qui coûte le plus cher», constate Stéphane Corre. Petit détail supplémentaire : lors du rodage, il faut utiliser une huile de moins bonne qualité, sinon le rodage ne se fait pas correctement. Par ailleurs, les analyses d’huile sont suffisamment précises pour déterminer la qualité de l’huile utilisée, son temps d’utilisation. Elles sont un moyen de diagnostiquer certains problèmes sur le moteur. Attention donc aux garanties qui peuvent ne pas intervenir si l’entretien n’a pas été fait conformément aux préconisations.
Boîte, pont, relevage
Concernant l’ensemble boîte, pont, relevage, frein, il s’agit le plus souvent d’un même ensemble. Le constructeur a déterminé une fréquence qu’il convient de respecter, par exemple toutes les 1500 heures ou tous les deux ans (pour les mêmes raisons que celles qui sont précisées plus haut). Le filtre peut être à changer plus souvent, par exemple une fois entre deux vidanges.
Pour l’huile à utiliser, il faut être strict. Et donc utiliser l’huile préconisée par le constructeur. Les boîtes de vitesses en particulier ont beaucoup évolué, les caractéristiques de l’huile ont suivi.
Refroidissement
Le circuit de refroidissement doit faire l’objet d’une vidange-rinçage toutes les 2 à 3000 heures ou tous les trois ans. Les délais peuvent être plus courts. Cette opération est souvent du ressort du concessionnaire qui vérifie en même temps le thermostat.
Si le niveau baisse, il ne faut pas rajouter d’eau dans le circuit. Il est également souhaitable de vérifier en début d’hiver la qualité antigel du liquide de refroidissement.
Suivant la saison et le travail et parfois tous les jours, le nettoyage des différents radiateurs (refroidissement moteur, huile, turbo, condenseur de la climatisation) évite les montées en température. Bien entendu il faut souffler en sens inverse de la circulation de l’air. Cette opération vaut aussi pour le filtre à air du moteur.
Pour les tracteurs équipés de la climatisation, un contrôle annuel est nécessaire. Compte tenu de l’équipement dont il faut disposer pour le réaliser dans les normes (notamment environnementales), l’opération relève du concessionnaire.
Batterie
Elle est parfois négligée. Un contrôle du niveau d’électrolyte de chaque élément doit être fait toutes les 250 heures ou plus souvent. Une température extérieure élevée et une utilisation prolongée du tracteur entraînent une vérification plus fréquente. Si les niveaux ont baissé, il faut les rétablir avec de l’eau distillée. Les cosses sont aussi à nettoyer et à graisser en fonction de leur aspect.
D’autres éléments sont aussi à vérifier périodiquement : il s’agit de l’éclairage, de la pression des pneus ou encore du serrage des roues (en respectant le couple).
Carburant
Les nouvelles motorisations des tracteurs utilisent pour l’injection une rampe commune (devenue courante sur les voitures diesel) ou des injecteurs-pompes. Les pressions de fonctionnement sont très élevées et ces pièces nécessitent un carburant de qualité notamment dépourvu d’eau et d’impuretés.
Les filtres à gazole deviennent des éléments essentiels pour la durée de vie du système d’injection. Ils sont souvent au nombre de deux : un décanteur eau et impuretés suivi d’un filtre plus fin. D’une part, il faudra les changer périodiquement (500 heures par exemple) et d’autre part, il faut examiner le filtre décanteur (c’est plus facile s’il est transparent) et le vidanger pour éliminer l’eau et les impuretés qui se déposent à la partie inférieure. S’il faut intervenir fréquemment, il faut en rechercher l’origine.
La vidange périodique du réservoir du tracteur entre dans cette recherche. Elle est souvent oubliée. Il est également conseillé de faire le plein du réservoir le soir : s’il est vide, l’eau contenue dans l’air se condense avec la baisse de la température et se retrouve dans le carburant.
Disposer d’un carburant de qualité demande une cuve de stockage propre, au besoin il faut la vidanger. Les orifices de remplissage doivent être propres, il ne faut pas pomper au fond de la cuve et lors d’une livraison, il faut attendre que les impuretés se déposent avant de faire le plein du tracteur. Lors des diverses vidanges, il faut veiller à récupérer les différents produits pour éviter les pollutions. Autant d’opérations qui peuvent apparaître parfois contraignantes, mais qui, au final, préservent le tracteur.
Les différentes huiles moteur
Inutile de mettre une huile d’un prix élevé dans un moteur qui ne le demande pas. Le constructeur précise sur le carnet d’entretien les caractéristiques à respecter. Les normes ACEA et API apparaissent sur les bidons, elles précisent la qualité des huiles.
Avec la norme ACEA, la lettre qui suit indique le type de moteur qui utilise cette huile : A pour moteur essence, B pour diesel tourisme, E pour les moteurs industriels poids lourds et tracteurs. Ensuite le chiffre précise la qualité : 5 correspond à une qualité supérieure à 3. La norme API donne des indications similaires. La lettre C correspond à un moteur diesel, S à de l’essence. La qualité est notée par une lettre : G étant meilleure que F. Quant au dernier chiffre 4, il indique que le moteur doit être un 4 temps.
Une autre caractéristique des huiles correspond à la viscosité indiquée par la norme SAE (exemple 10W50). Le choix dépend essentiellement de la température moyenne extérieure. Un grade 5W est plus fluide qu’un 15W.
Le marché propose des huiles minérales (fabriquées à partir du pétrole), des huiles semi-synthétiques et des huiles de synthèse. Ces dernières représentent le top niveau. Leur prix est nettement supérieur aux précédentes.
L’huile est un produit qui se conserve. L’achat de quantités importantes utilisées sur une période longue ne pose pas de difficulté. Il faut aussi penser à récupérer les huiles usagées pour prévenir toute pollution : un fût à huile peut faire l’affaire.
L’entretien au fil des jours
Certaines opérations de maintenance sont à réaliser chaque jour. Elles relèvent de l’utilisateur du tracteur. Stéphane Corre propose de commencer par l’avant : filtre à air, les différents radiateurs, la batterie, le niveau du vase d’expansion du liquide de refroidissement, les courroies, les filtres à gazole, les niveaux d’huile moteur et pont. On pourra finir avec les filtres d’entrée d’air dans la cabine. Le soir, le plein sera fait. Les constructeurs ont rendu plus faciles ces opérations avec par exemple des radiateurs amovibles.
Les autres opérations d’entretien se font le plus souvent avec des échéances à 250, 500, 750, 1000 heures. Il faut se reporter à la notice du tracteur. Certaines sont du domaine de compétence de l’utilisateur, d’autres du mécanicien. Ces dernières ont tendance à augmenter du fait de la complexité des techniques mises en œuvre et du matériel dont il faut disposer pour intervenir correctement.
Paul Chauvin
|
|