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Contrôler son tracteur, un luxe. Sûrement pas, si l’on se réfère aux résultats constatés par l’association d’initiatives locales pour l’énergie et l’environnement (AILE) qui, avec son banc d’essai diagnostic tracteur, a contrôlé plusieurs milliers de tracteurs sur l’Ouest de la France (plus de 5000 tracteurs diagnostiqués depuis 1995).
Quelques chiffres suffisent à résumer la situation : 5 % des tracteurs manquent de puissance par rapport à la puissance annoncée, 35 % ont une mauvaise combustion, 60 % ont un débit de pompe à injection qui ne correspond pas au réglage du constructeur, 10 % présentent un mauvais calage de la pompe, 20 % ont des injecteurs en mauvais état. «En résumé, explique Romain Blanjacquier, technicien de l’association AILE, plus d’un tracteur sur deux est suralimenté, plus d’un tracteur sur deux ne correspond pas aux puissances annoncées par les constructeurs et un tracteur sur trois à des problèmes de combustion».
Entre 300 et 1000 heures
Les conséquences ne sont évidemment pas nulles pour les utilisateurs. Les anomalies constatées sont autant de risques de «casse» sur les engins, une usure prématurée des différents éléments, des surcoûts immédiats de consommation et à terme d’entretien, et une moins bonne utilisation du potentiel des matériels.
En fait la seule solution pour s’assurer qu’un tracteur est conforme et vérifier ses performances consiste à le passer au banc d’essai. «Nous conseillons de les passer le plus tôt possible, entre 300 et 1000 heures. Ce qui permet en cas d’anomalies décelées de faire jouer les garanties constructeurs». Pour les tracteurs plus anciens, le diagnostic va donner des éléments sur l’état général du moteur, indiquer les points qui méritent des réglages et permettre de voir si des gains de consommation sont possibles.
Le banc sur les tracteurs récents, en rodage, permet en outre de bien cerner le régime moteur pour pouvoir bénéficier d’une plage d’utilisation optimale à une puissance constante entre 1700 et 2000 tours. «Un tracteur bien rodé a une longévité plus importante».
Conduite et carburant
En dehors des aspects techniques liés aux mauvais réglages qui nécessitent des interventions de professionnels, Romain Blanjacquier insiste sur deux points sur lesquels les agriculteurs peuvent interve-
nir : le défaut d’utilisation et sur le carburant (qualité et conditions de stockage) qui de mauvaise qualité va dans un premier altérer les performances et provoquer une usure prématurée des éléments du moteur. «Les conséquences peuvent même être dramatiques sur les nouveaux modèles, plus sensibles».
Le changement de mode de conduite permet à la fois d’optimiser les performances des tracteurs, de réduire la consommation. «Avec une puissance égale, le fait de descendre de 2200 à 1700/1800 tours contribue à réduire la consommation de 1 à 2 litres; à condition bien sûr d’avoir un tracteur bien réglé et d’utiliser un carburant de qualité».
La qualité du carburant constitue donc un aspect à ne pas négliger, même si l’utilisateur a du mal à la contrôler. «C’est un secteur qui reste flou, reconnaît Romain Blanjacquier, entre les fuels ayant subi un deuxième raffinage avec ajouts de produits pour améliorer leurs performances et ceux seulement additivés ou vendus en l’état». En fait l’utilisateur ne peut réellement intervenir que sur les conditions de stockage. Il est conseillé de disposer la cuve à l’abri, protégé du gel. «Ce qui évite à la fois les phénomènes de paraffinage ou d’oxydation dans la cuve». Comme mesure préventive, il est par ailleurs conseillé d’avoir un bol décanteur sur la cuve et de la nettoyer tous les 5 ans.
Le banc d’essai, un diagnostic fiable
Les diagnostics sont réalisés avec des équipements vérifiés et étalonnés aux normes OCDE. Le bilan technique complet est réalisé par un technicien spécialisé à l’aide d’un équipement embarqué dans un véhicule spécialement aménagé.
Les mesures permettent de faire apparaître les caractéristiques en fonction du régime : couple et puissance, consommations horaires et spécifiques, débit de la pompe à injection.
En fin de contrôle, un rapport complet étayé d’explications est établi. Il permet à l’utilisateur de connaître les performances de son tracteur, de savoir quelles sont les éventuelles interventions à réaliser (réglage de pompe, changement de filtres, réparations d’injecteurs …) et d’obtenir des conseils pour une meilleure utilisation à partir des différentes courbes de puissance et de couple. C’est ce qui permettra de situer la puissance maximum, la puissance au régime normalisé et de donner les informations sur la façon de conduire le tracteur.
Il s’agit donc pour l’essentiel d’actions de prévention et de conseils. Le coût d’un contrôle est de 95 euros HT et dure moins d’une heure.
REPÈRES
AILE a contrôlé
depuis 1995 plus de 5000 tracteurs
• 5 % des tracteurs manquent de puissance
• 35 % ont une mauvaise combustion
• 60 % ont un débit de pompe d’injection qui ne correspond pas au réglage constructeur
• 10 % présente un mauvais calage de pompe
• 20 % ont des injecteurs en mauvais état
Une surconsommation de 1 à 2 litres par heure pour un tracteur qui réalise 600 heures par an correspond à un surcoût de 250 à 400 euros.
Pour plus de renseignements sur les diagnostics s’adresser aux relais du réseau AILE dans les départements, c’est à dire les FDCUMA ou les Chambres d’agriculture
Pierre Dénès
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