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Protéger contre les maladies en maîtrisant les coûts
 
L’exploitation de René et Jean-Charles Orhan de Carentoir (56) forme un bloc d’une centaine d’hectares entourés de bois. Au centre, une cuvette recueille les eaux du versant. Les terres de l’exploitation sont hétérogènes : 80 % sont moyennement profondes, un peu caillouteuses au potentiel supérieur à 80 q/ha. Par contre, dans les terres argilo-limoneuses humides des bas-fonds, le rendement peut varier de 45 à 70 q/ha. En année sèche, le potentiel est atteint alors qu’en année humide, la mauvaise portance des sols peut empêcher le désherbage et la fertilisation.
« L’objectif est d’avoir des rotations sur 5 ans. Chaque bloc de 20 ha reçoit des cultures légumières une année sur 5, afin de limiter les maladies. La rotation principale comporte maïs-céréales-légumes-céréales-RGA semences ou colza. L’intérêt du RGA semences est de préserver la structure du sol, souvent éprouvée par l’irrigation », souligne Jean-Charles Orhan, qui vient de prendre récemment la succession de son père René.

Labour partiel

Les céréales sont implantées après maïs-grain, légumes ou colza. « En zones humides, on choisit des variétés de maïs d’indice précoce de façon à les récolter pour mi-octobre ou au plus tard fin octobre ». Après broyage des cannes, le labour est systématique pour enfouir les résidus de maïs et décompacter le sol. « Nos terres lourdes ne conviennent pas au semis direct, comme l’ont montré les essais, il y a plus 20 ans », déclare René Orhan.
Par contre, en terres plus légères et conditions favorables, (blé après pois ou colza), les parcelles sont déchaumées puis travaillées par un gros canadien et une herse rotative, sans labour. Il s’agit de travail simplifié et non de semis direct. « Nous sommes dans l’obligation d’avoir une charrue pour les terres lourdes. Comme il n’est pas question d’avoir un double équipement, nous maintenons le labour ». La charrue 7 corps est celle de la Cuma. L’implantation d’une céréale est réalisée en chantier simultané (labour + semis avec 2 tracteurs) au rythme de 10 ha/jour.

Semer tôt

Les variétés sont choisies en fonction de leur potentiel de rendement, de la précocité, de la résistance aux maladies. « En zones humides, je sème tôt (10-15 octobre) des variétés de type hiver (23 ha de PR22R28). Le semis précoce favorise l’implantation et permet de désherber avant l’hiver (portance des sols). Dans les autres terres, le choix a porté sur Caphorn (20 ha), Apache (5 ha), Andalou (à l’essai sur 1 ha) », précise Jean-Charles. En général, une variété nouvelle est testée tous les ans, en fonction des essais régionaux. Elle est conservée ou non selon ses résultats. « Pour la densité, je raisonne plutôt en poids de semences/ha. Il varie entre 110 et 130 kg. Compte tenu des terres difficiles, je préfère un semis plus dense plutôt que trop clair », souligne René.
Les terres de l’exploitation reçoivent peu de déjections animales, les arrière-effets de fumure sont donc faibles. Les céréales bénéficient des résidus des autres cultures, la fertilisation azotée est uniquement minérale. Le premier apport est de 45 unités, début février, 70 au second puis 30 à 40 au troisième. La dose totale varie entre 120 unités (après légumes) et 150 (après maïs) selon les années. « L’ajustement se fait à l’œil, quand on connaît bien ses terres. Selon l’état de la culture, la saison, l’absence ou non de période froide et pluvieuse, je modifie la vitesse d’avancement. C’est l’observation de la parcelle qui guide la fertilisation », précise René.

Bien protéger

Pour bien protéger la culture contre les maladies, l’exploitant pratique en général trois passages, en utilisant 2/3 de la dose homologuée. Le premier traitement (0,5 kg d’Unix et 0,5 L d’Opus) sert à lutter contre le piétin-verse, l’oïdium et la septoriose de la première feuille au stade 1 nœud. « Ce premier passage n’est pas systématique mais avec une rotation blé tous les 2 ans, les risques de piétin sont plus élevés ».
Le second passage au stade 2 noeuds, voire sortie de la dernière feuille, est réalisé, en année normale avec 0,7 à 0,8 L/ha d’Ogam. Le troisième passage (Horizon 0,7 L/ha) n’est pas systématique, il est fonction de la sensibilité des variétés à la fusariose. Les deux variétés PR22R28 et Caphorn sont assez résistantes aux maladies. Le choix est fonction des conditions climatiques de l’année et de l’état des parcelles.
« La dernière feuille doit être protégée le plus tard possible. Si elle grille trop vite, le rendement en pâtira ». Le passage de 2 à 3 traitements est conditionné par la lutte ou non contre le piétin-verse. En effet, pour protéger contre le piétin-verse, la date du premier traitement doit être avancée, ce qui nécessite d’effectuer deux autres traitements pour garantir une bonne protection de la plante. Le coût des 3 traitements fongicides équivaut ici à 105-120 euros/ha, soit l’équivalent de 12 à 13 q/ha.
La réussite de telles stratégies est également tributaire des conditions d’application auxquelles l’exploitant est très vigilant. Les traitements sont effectués à l’aide d’un pulvérisateur Vicon (porté, 1100 L, rampe de 21 m) en utilisant 100 à 110 L d’eau/ha. « Je suis vigilant au taux d’hygrométrie (supérieur à 70 %) et à la température. J’essaie de traiter en matinée ou le soir, en faisant attention à la présence de vent ».

De 80 à 85 q/ha

En année normale, l’objectif de rendement se situe entre 80 et 85 q/ha sur l’ensemble des 50 ha de céréales, certaines parcelles pouvant dépasser les 90q/ha. Objectif atteint en 2003, dépassé en 2002 avec 86q/ha de moyenne, mais non atteint en 2001, année humide avec seulement 65 q/ha.
« La protection contre les maladies reste un poste clé de la conduite des céréales. La dernière feuille doit rester verte le plus longtemps possible. D’où la nécessité de bien observer les parcelles, d’appliquer un traitement préventif en anticipant. Il faut aussi s’adapter aux circonstances climatiques de l’année en réduisant le nombre de passages si les circonstances le permettent. La présence de 20 ha de légumes nous oblige à être prudent dans la lutte contre les maladies, notamment la fusariose ».

Patrick Bégos



Un désherbage précoce

Le désherbage est effectué dès que possible. L’une des parcelles a été faite en prélevée, une moitié de la surface en céréales est désherbée à l’automne, au stade 3 feuilles, dès qu’on peut y aller et l’autre partie, en sortie d’hiver. La flore d’adventices est traditionnelle : mouron, véronique, pensée sauvage. Il faut y rajouter un peu de gaillet et surtout l’apparition récente du séneçon.
Le désherbage le plus économique (22 euros/ha) est effectué au stade 3 feuilles avec 1 L de Quartz et 0,1 L d’huile Agral, mais il faut parfois un rattrapage au printemps. En parcelles très humides, le coût double (45 euros/ha) avec 2 L de Quartz. Dans les autres parcelles, le désherbage est réalisé avec 0,9 L de Hussar + 1 L d’Actirob (mouillant). C’est un produit plus complet qui traite les graminées et les dicotylédones. L’intérêt de cette dernière stratégie est de lutter contre les graminées et les dicots, elle ne nécessite pas de rattrapage sauf en présence de vivaces, contrairement à la première.

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Date de l'article : semaine du N° du 27 Février au 5 Mars 2004
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