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Pour l’ensemble de la région Bretagne, la production d’azote d’origine animale (227 000 t.) serait insuffisante pour compenser les exportations par les productions végétales (besoins de 263 000 t.). Mais, il faut y rajouter d’autres apports d’azote organique ainsi que les engrais azotés (121 000 t.) si bien que le bilan régional est excédentaire de l’ordre de 90 000 t. avant prise en compte des traitements et des transferts.
Favoriser les transferts
« Le premier challenge à relever tant sur le plan environnemental qu’économique est bien de favoriser les transferts d’azote d’origine animale entre zones géographiques et entre exploitations à l’intérieur d’une même zone. Mais cette optimisation se heurte à des obstacles à la fois réglementaires, économiques et sanitaires », déclare André Paul, à la journée régionale de Carhaix (29).
Sur le plan réglementaire, les plans d’épandage sont limités alors que certaines exploitations sont déficitaires en ZES. D’autre part, les transferts sont interdits entre cantons ZES et cantons où la charge d’azote organique est supérieure à 140 unités malgré l’existence d’exploitations déficitaires. Sur le plan économique, le coût des transferts de déjections sur longues distances reste élevé dans un marché très concurrentiel. Il faut des équipements appropriés pour l’épandage des différents types de déjections importés. Enfin sur le plan sanitaire, par crainte de contaminations micro biologiques, l’usage de certaines déjections sur pâture est restreint.
Optimiser l’azote
Le second challenge à relever est celui de l’optimisation de la gestion de l’ensemble des sources d’azote à l’échelle de l’exploitation. Certaines pratiques sont encore inappropriées. Elles s’expliquent par des connaissances non totalement maîtrisées dans le calcul de la dose optimale d’azote et par des difficultés de mise en œuvre pratiques. « Différentes actions ont été conduites pour lever ces freins (acquisitions de connaissances, recommandations techniques…). On doit reconnaître que la qualité et l’homogénéité des messages se sont renforcées dans le cadre de la Charte des Prescripteurs », reconnaît Jean-Yves Houssin, président de la Commission environnement à la Chambre Régionale.
« Grâce à ces leviers, des résultats sont d’ores et déjà enregistrés en termes de gestion globale de l’azote sur les exploitations mais également en termes d’équilibre de fertilisation d’azote sur les cultures, d’enregistrement des pratiques ou encore de couverture des sols », souligne Jean-Pierre Le Bihan (22). Ces bons résultats concernent non seulement les zones particulièrement ciblées que représentent les bassins versants mais également l’ensemble de la région (voir graphique). Elles ont eu pour conséquence des diminutions nettes des entrées d’azote sous forme d’engrais.
Des propositions
Les responsables professionnels agricoles bretons avancent quelques propositions pour une meilleure optimisation de l’azote. « L’utilisation de l’azote d’origine animale doit être favorisée en apportant aux agriculteurs tous les éléments techniques dont ils ont besoin pour privilégier une fertilisation raisonnée », déclare Henri Le Gléau (29). La mobilisation de ressources financières doit permettre l’acquisition d’équipements adaptés (stockage, solutions de résorption collectives, matériel d’épandage…). « Une évolution du cadre réglementaire facilitera une véritable optimisation agronomique tant entre exploitations qu’entre zones géographiques ».
Les responsables professionnels souhaitent également que les restructurations d’élevages soient facilitées. « Toute entreprise est amenée à évoluer, les entreprises agricoles ne le peuvent pas, notamment en ZES où leur capacité de production est figée. Une restructuration d’élevage peut, dans certains cas faciliter la mise en œuvre de solutions individuelles de traitement ». Pour les responsables bretons, les contraintes réglementaires doivent être adaptées en fonction de la nature et de la dimension des projets. « Il faut retrouver de la mesure dans l’application du principe de précaution. Nous sollicitons le soutien constructif des élus locaux au débat qui doit être ouvert localement, ouvrant à une culture de risque acceptable et en envisageant les moyens de le gérer, » résume Michel David, président de la Chambre d’Agriculture 35.
Patrick Bégos
Jean Salmon,
président de la Chambre régionale d’Agriculture.
« Nous sommes condamnés à réussir »
La résorption est un dossier essentiel pour l’avenir de l’économie agricole bretonne. Chaque agriculteur sait qu’il a intérêt à optimiser la gestion de l’azote. Chaque unité qui part dans l’eau, c’est autant d’euros en moins. Résorber, c’est nécessaire, en évitant certains écueils. Cela ne doit pas conduire à une surenchère sur le foncier. Il faut se mettre d’accord sur une application « locale » de la réglementation sans lâcher sur l’esprit et en visant un équilibre. Les productions animales n’ont de valeur que si l’on est capable de conserver des emplois dans les exploitations et les usines de transformation.
L’accompagnement technique doit être conforté. L’accompagnement financier doit privilégier les élevages de petite dimension et les jeunes, afin qu’ils puissent se mettre aux normes selon des solutions compatibles avec leur situation financière, voire les aider à se regrouper. Les nouvelles techniques d’épandage doivent permettre de réduire les distances par rapport aux voisins. Un hectare d’épandage supplémentaire, c’est autant d’azote minéral en moins.
Résorption ne veut pas dire concentration. Donnons priorité à ceux qui doivent faire des efforts et qui ne le peuvent pas de par leur dimension économique. Seuls on n’arrivera pas face à de tels enjeux. Je sollicite les élus pour qu’ils nous aident à nous faire comprendre de l’opinion publique. Nous croyons à la capacité collective des Bretons. Nous ne pouvons pas travailler sur des structures d’hier pour faire face aux marchés de demain.
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