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À la Confédération Paysanne comme ailleurs, les paysans n'ont plus le moral. De nombreuses interventions lors de l'assemblée générale ont montré à quel point l'agriculture et les agriculteurs vont mal. "Sommes nous la dernière génération de paysans", s'interroge même dans le rapport d'orientation, le porte parole Dominique Raulo, en faisant le constat de la faiblesse des installations. "La volaille a été sacrifiée sur l'autel des marchés internationaux, les crises porcines perdurent par le seul fait des barons du lobby porcin breton et le lait est lui aussi pris dans cet engrenage infernal".
C'est dans ce contexte que les responsables morbihannais avaient fait appel à l'ancien (depuis peu) porte parole de la Confédération Nationale, Christian Boisgontier, producteur de lait dans l'Orne.
La baisse des volumes indispensable
"Le secteur laitier peut devenir aussi incendiaire que ceux de la volaille et du porc", craint le responsable national. "Les quotas ont fait découvrir l'intérêt de la maîtrise de la production, aussi bien pour les producteurs que pour les finances publiques. Jusqu'en 99 nous avions la possibilité d'avoir un revenu pratiquement sans subventions".
Les premières difficultés seraient apparues lorsque la maîtrise a commencé à voler en éclat en 99/2000 avec la distribution de volumes complémentaires à certains pays, avec pour résultat une surproduction structurelle : "Si les prix dévissent, c'est d'abord la faute des "politiques".
Et puis, il y a maintenant la réforme de la Pac : "Les baisses des prix d'intervention du beurre et de la poudre sont des décisions graves, mais la limitation de l'accès à l'intervention l'est encore plus. Des industriels n'auront plus de débouchés pour le beurre et certaines entreprises vont partir en guerre commerciale car elles n'auront pas d'autre alternative".
C. Boisgontier ne croit pas du tout à la péréquation entre entreprises selon les produits fabriqués : "Ce n'est pas possible, cela n'a jamais existé, c'est une vue de l'esprit". Pour lui il n'y a pas d'autre issue que la maîtrise de la production : "Le combat sur les prix est perdu d'avance si on ne gagne pas le combat sur la maîtrise de la production". Une maîtrise qui pour lui devrait aboutir à une diminution de l'ordre de 10% de la production. Ce qui correspond à peu près aux exportations de la Communauté européenne. "Ce combat pour la maîtrise est obligatoire car sinon personne ne peut prévoir quelle sera l'ampleur de la baisse des prix. Au moins 80% des producteurs ont intérêt à cette maîtrise".
Des solutions alternatives
Face à cette politique européenne ("qui est une adaptation à l'OMC et non une véritable réforme"), la Confédération nationale a établi (avec les consommateurs) une plate forme de propositions où l'on retrouve 4 points essentiels :
- l'Europe n'a pas vocation exportatrice de produits agricoles car plus elle exporte et plus elle importe, en particulier des protéines : "Il vaut mieux produire ces protéines en reconvertissant une partie des productions".
- Les paysans doivent avoir un revenu avec des prix rémunérateurs.
- Il n'y a pas de prix rémunérateurs sans maîtrise des productions
- Cette maîtrise est possible par une désintensification des productions.
Toutefois pour la Confédération, l'Europe ne doit pas ignorer le reste du monde : "Nous sommes pour une mondialisation, mais à condition qu'elle soit régulée et non libérale". Dans ce cadre, elle demande le droit pour chaque pays à la souveraineté alimentaire et la remise sur la table de tous les "dumpings" (distorsions de concurrence), qu'ils soient au niveau des subventions, au plan environnemental ou social.
Pour l'Europe, la Confédération Paysanne française et leurs collègues européens demandent à ce que la souveraineté alimentaire soit inscrite dans la Constitution européenne : "Lors de notre Comité national, à Strasbourg, capitale européenne, nous aurons cette revendication".
Des États Généraux en Morbihan
Plus près du terrain et des préoccupations immédiates des agriculteurs morbihannais, la Confédération départementale demande la tenue d'États Généraux et des contacts en ce sens ont déjà été pris avec la DDA, préfecture et Conseil général.
Pour Dominique Raulo, "il est urgent de faire un bilan de l'agriculture et de se poser les questions du devenir de l'agriculture pour proposer des perspectives aux paysans. Si on laisse faire, c'est la fuite en avant et demain le porc et la volaille peuvent être délocalisés comme le textile. Nous avons des propositions à faire sur les productions, sur la Pac …"
La Confédération Paysanne y défendra en particulier la notion de "Paysans d'Utilité Publique". Une utilité publique pour la Société, pour l'emploi, pour l'aménagement du territoire, pour les générations futures.
Jean Louis Le Rest
REPERES
La Confédération 56 a connu une légère baisse du nombre de ses adhérents l'an dernier, comme la quasi totalité des structures syndicales agricoles.
La réforme de la Pac n'est pas applicable, selon Christian Boisgontier, car la "clause de paix "n'est plus valide et les pays pauvres peuvent contester toutes les aides.
Sur le blocage des installations par les JA, la Confédération rejoint ce syndicat sur le constat mais diverge sur les solutions à proposer et en particulier sur l'augmentation des références.
Sur le fonctionnement de la CDOA , qu'elle juge non satisfaisant, la Confédération 56 a demandé à rencontrer le directeur de la DDAF.
200 éleveurs de porc du 56 en situation plus que préoccupante et pour qui il faudrait des mesures sociales plutôt qu'économiques. C'est ce qu'a affirmé Max Collet, directeur de la DDAF, à l'assemblée de la Confédération.
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