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L'initiative d'Arcad – Association de réflexion clédéroise pour une agriculture durable – était regardée d'un drôle d'œil à son lancement en 1999. Promouvoir les céréales dans ce fief légumier apparaissait pour le moins singulier. Même si l'histoire nous rappelle, qu'au XVIIe siècle, le Léon et le Trégor étaient considérés comme le grenier à blé de la région parisienne. Une vocation qui selon Yann Brekilien, spécialiste de la Bretagne, lui vaut cette belle appellation de «ceinture dorée». Appellation reprise depuis lors pour d'autres raisons tout aussi nobles…
Pour André Méar, président de l'Arcad, l'ambition de l'association n'est pas de renouer avec le XVIIe siècle et encore moins de rayer le légume de cette zone. «Bien au contraire même. Nous voulons simplement regarder devant nous», dit-il. Et de citer ce qu'il considère comme les enjeux de demain : «Assurer la viabilité économique des exploitations notamment en pérennisant la culture de légumes. Concilier agriculture et société».
Objectifs multiples
L'une des premières actions engagée en 1999 est, au premier abord, assez éloignée des objectifs circonscrits aujourd'hui par l'association. Et pourtant. La réintroduction des céréales dans les 60 exploitations adhérentes à l'Arcad s'inscrit bel et bien dans cet esprit de pérenniser les exploitations locales.
«L'objectif initial d'emblaver 20 % de la SAU en céréales que l'on trouvait ambitieux au départ est largement dépassé», observe Christian Séité, vice-président. «Le programme d'analyses prévu en 2004 mesurera l'évolution du taux de matière organique de nos sols. Mais d'ores et déjà, nous constatons une plus grande facilité de travail du sol. La terre est plus souple, moins compactée par temps de pluie», décrit Yves Le Nan, également vice-président de l'Arcad. «Les rendements en légumes sont également meilleurs après céréales».
Après cette première étape axée essentiellement sur l'agronomie, les agriculteurs clédérois veulent greffer une dimension sociale à l'action de l'Arcad. Et comment ? «D'abord, le développement des grandes cultures dans la zone légumière est une réponse à la baisse de la main-d'œuvre familiale et à l'agrandissement des structures». L'autre volet, plus sociétal, consiste à introduire «des cultures qui interpellent le citoyen et qui créent le dialogue».
Favoriser l'échange
Le lin est apparu comme «la» culture capable de répondre au double objectif, agronomique et sociétal, recherché par les membres d'Arcad. «Premièrement, cette plante a un système racinaire très puissant et très développé – il descend à 1,30 m de profondeur –, donc favorable à la structure et au taux de matière organique». Deuxièmement, la fleur de lin a ce pouvoir de donner une touche de couleur bleue inhabituelle au paysage. «Les non-agricoles seront interpellés et chercheront à en savoir plus sur cette culture. Qui plus est, cette plante fournit une graine riche en oméga 3, favorable à la santé. Ce sera autant d'occasions pour communiquer sur notre métier», espère le président.
Un président qui ne veut pas voir le dialogue flétrir comme fane annuellement la fleur bleue du lin. «Notre but est d'aller plus loin dans l'échange et dans l'action. Comme rouvrir des chemins pour les marcheurs à pied. Favoriser les échanges de terre à l'amiable en reconstruisant haies et talus, ce qui constitue un plus pour les agriculteurs mais aussi pour les habitants de la commune … En fait, nous voulons remettre l'agriculture au centre de la société».
Viabilité économique à long terme ?
De belles idées, mais pour quelle viabilité économique ? En d'autres termes, s'agit-il d'une agriculture durable que ce modèle projeté par l'Arcad ? «Cette année, l'expérimentation porte sur 10 ha de lin. La graine sera reprise par un minotier de Combourtillé (35). Les pailles peuvent servir à l'isolation, etc.», indique André Méar. «Mais demain, pourquoi ne pas introduire de l'orge de brasserie, du houblon…».
Pour ce qui est de la période 1999-2003, les études économiques montreraient que le revenu dégagé par les exploitations adhérentes à l'Arcad n'a pas baissé. Néanmoins, ces calculs intègrent l'aide moyenne de 6 000 euros perçue par chaque exploitation au titre de la MAE (Mesure agri-environnementale). Celle-ci cessera d'être versée jusqu'en 2004.
«Nous réfléchissons aux relais possibles. Le Conseil général vient de nous attribuer 33 000 euros pour poursuivre notre action. Le CAD pourrait emboîter le pas à la MAE. Tout reste à définir. Nous interpellons aussi le ministère, le Pays de Morlaix», explique A. Méar, persuadé que, «pour de multiples raisons, l'exemple de Cléder fera tache d'huile sur d'autres communes de la zone légumière».
Didier Le Du
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