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Quand le porc est à moins de 1 euro, quand on ne sait pas combien sera payé le lait de janvier, quand s'ajoute à cela l'incertitude de la réforme de la Pac, les mises aux normes et bien d'autres choses encore, il n'est pas surprenant qu'une réflexion sur l'agriculture raisonnée ne soit pas la priorité du moment pour beaucoup d'agriculteurs.
Ce sujet était pourtant le plat de résistance de la session de la Chambre d'agriculture et le président Yves Le Gourriérec l'a ainsi justifié : "Dans une conjoncture aussi dégradée où une grande majorité d'agriculteurs se demandent s'ils seront encore là dans un proche avenir, certains pourraient penser qu'il est incongru, futile voire déplacé, de traiter d'agriculture raisonnée. À ceux-là, je dis que notre responsabilité ne peut se résumer à tirer la sonnette d'alarme. Nous devons être capables d'avoir une vision de l'avenir"
La qualification "Agriculture raisonnée"
Pourquoi une nouvelle démarche de qualification des exploitations alors qu'il existe déjà de nombreuses certifications et chartes de qualité ? Comme pour les autres, l'objectif est de donner une image positive de l'agriculture, avec une reconnaissance de la qualité des pratiques.
L'agriculture raisonnée, qui reste une démarche volontaire, se veut être le socle de base des autres démarches de qualité. Une de ses originalités est de prendre en compte la globalité de l'exploitation alors que d'autres sont liées à des filières ou à des produits.
Pour cela, un référentiel a été établi au niveau national. Il regroupe 98 points, dont près de la moitié (43) tiennent du simple respect de la réglementation et 55 concernent les bonnes pratiques agricoles dont une part (35) sont des préalables et une autre partie (20) des engagements.
Cette qualification "agriculture raisonnée" est définie par des textes officiels et est attribuée par des organismes certificateurs. Un étiquetage spécifique devrait apparaître d'ici la fin de l'année. En pratique, de nombreux agriculteurs seraient déjà très proches de satisfaire aux conditions d'obtention de la qualification.
Des enjeux discutés
Le rapport présenté par Marie José Petit au nom de la commission qui a travaillé sur ce thème est bien sûr favorable à l'engagement des agriculteurs dans cette démarche volontaire. Elle y voit "une réponse globale à des enjeux économiques et sociétaux et aussi à des enjeux d'image". Une position toutefois un peu nuancée par "la crainte d'une nouvelle couche de contraintes administratives et paperassières" et quelques interrogations sur le coût de la démarche et un retour de la valeur ajoutée pour l'agriculteur : "Des freins ou obstacles qui ne doivent pas être négligés ni non plus exagérés".
Patrice le Penhuizic, président départemental "agriculture raisonnée" y est bien sûr favorable : "Si les agriculteurs ne prennent pas en main ce dossier, l'État ou d'autres le feront. C'est une démarche volontaire de développement agricole sur la qualité et les efforts demandés ne sont pas aussi importants que ce que certains imaginent. Il est important que le maximum d'agriculteurs y aillent". Un point de vue partagé par Philippe Geffroy, agriculteur à Ploërmel et qui s'est engagé dans la démarche.
Parmi les membres par contre, les avis semblaient plus mitigés. Certains regrettaient la dénomination elle même d'agriculture raisonnée , qui laisserait entendre que jusque là elle ne l'était pas. Pour beaucoup, c'est évidemment la crainte de contraintes supplémentaires sans retour financier qui domine. Et quelques autres, comme Martine Auffret (Confédération Paysanne), sont clairement opposés : "L'agriculture raisonnée ne correspond pas à un cahier des charges entraînant des pratiques permettant de démarquer du commun les produits concernés. Il ne s'agit que du respect du réglementaire et d'un comportement citoyen naturel. Sans compter le risque de jeter le doute sur l'ensemble des autres labels".
Jean Louis Le Rest
LA SESSION EN BREF
L'imposition est prévue en hausse de 1,5% dans le budget de 2004. C'est un budget de rigueur a affirmé le président. Malgré cela, 2 à 3 postes de salariés devraient être supprimés au cours de l'année.
La restructuration des organisations agricoles s'impose de plus en plus. Pour Y. Le Gourriérec, "le choix est de savoir si nous pilotons la restructuration de nos organisations ou si nous laissons la concurrence régler cette question. Je suis persuadé qu'il est de l'intérêt de tous de l'organiser".
Une réflexion sur la régionalisation de la recherche appliquée est en cours entre les Chambres d'agriculture bretonnes. Il s'agirait en particulier de spécialiser certains agents qui pourraient intervenir au niveau régional.
L'avenir des centres de formation bretons est également en réflexion. Celle-ci devrait déboucher pour la fin avril sur la mise en œuvre d'un dispositif de formation cohérent sur le plan régional.
Le découplage total et rapide des aides Pac (dès 2005, avec une réserve des JA pour le lait) et leur régionalisation est préconisé par la Chambre d'agriculture. Elle est également favorable à un objectif à terme d'une prime unique à l'hectare, avec une évolution progressive du dispositif basé sur des références historiques individuelles.
Des Contrats d'Agriculture Durable (CAD, ex CTE), devraient pouvoir être signés dès le début de l'année prochaine, selon Max Collet, directeur de la DDAF
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