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Avant de s'orienter vers une production de lait en mode biologique, il convient d'encadrer la réflexion par plusieurs repères généraux en lien avec le système fourrager. L'agriculteur doit en premier lieu disposer d'un quota inférieur à 5 500 litres/ha. La surface en herbe doit être suffisante avec une accessibilité des terres aux vaches de 70 ares au minimum par VL, dont 60 ares en herbe. Enfin, le chargement doit avoisiner 1 UGB/ha de SAU.
Une fois ces premiers critères satisfaits, les systèmes fourragers seront divers. Mais toute organisation de système fourrager commencera par un raisonnement de la ration. L'éleveur devra aussi se poser la question : "Combien d'animaux mes sols me permettent-ils de nourrir ?"
Ensuite, "les conditions pédo-climatiques orienteront le choix", souligne Françoise Roger, conseillère en agrobiologie à la Chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine. En Bretagne, les exploitations se partagent en 3 grandes zones pédo-climatiques que l'on retrouve sur la carte ci-dessous. "L'autonomie est une priorité, d'abord en fourrages puis en concentrés", rappelle Françoise Roger.
Elle poursuit : "La tête d'assolement est la prairie conservée sur 4-5 ans au minimum. Suivent ensuite une plante sarclée (maïs, betterave), une céréale, puis à nouveau la prairie". Cette rotation comporte nombre d'avantages : le sol est travaillé avec des outils différents, à des périodes différentes. Les systèmes racinaires et foliaires sont variés. Les mauvaises herbes sont mieux maîtrisées. L'objectif pour optimiser la production est d'avoir des sols couverts toute l'année. "Le respect des équilibres agronomiques amène à une efficacité économique".
Prendre en compte le temps de travail
L'aspect temps de travail est aussi à prendre en compte dans le choix de son système fourrager. "En règle générale, les agriculteurs biologiques ont moins de pointes qu'en conventionnel : la diversité végétale entraîne un étalement des travaux. Les systèmes Bio demandent par contre autant de travail avec beaucoup d'astreinte, d'observation. Une bonne organisation du parcellaire apporte un gain de temps. La conception des chemins est importante". Certains choix de cultures permettent aussi d'économiser du temps.
"On constate globalement dans le réseau des fermes de référence* que 85% de la SAU sont dédiés aux surfaces fourragères et 94% des surfaces fourragères sont en herbe", note Françoise Roger. La priorité doit être donnée à l'herbe pâturée représentant 60% des fourrages. "10 mois et demi de pâturage sont préconisés, dont 5 à 6 mois de pâturage seul".
Concernant la partie herbe, le mélange le plus fréquent en Bretagne est le Ray-Grass anglais (RGA) associé au trèfle blanc. "En zone séchante (Morbihan, zones côtières), le mélange dactyle-trèfle blanc est mieux adapté. Sur sols hydromorphes, l'association fétuque-trèfle blanc produira de meilleurs résultats".
Les mélanges complexes plus coûteux
A côté de ces solutions générales, on trouve des mélanges plus complexes qui assemblent plusieurs (3-4, voire plus) graminées et légumineuses. "Il y a un effet mode des mélanges qui sont toutefois plus coûteux. Ils peuvent permettre une bonne adaptation aux variations climatiques, mais il faut savoir pourquoi on utilise telle ou telle espèce et être très pointu techniquement pour en tirer le meilleur parti. Les mélanges sont toutefois bien adaptés sur des sols très difficiles (par exemple petit potentiel et conditions séchantes)".
Autre point : les prairies à base de luzerne ou de trèfle violet sont intéressantes comme tête de rotation sur les parcelles éloignées et constituent une source de fauche de qualité.
Le reste de la surface fourragère est cultivé en maïs, en betterave ou les deux (cette dernière solution étant idéale). Le maïs correspond à des situations pédo-climatiques correctes, alors que la betterave s'adapte mieux en conditions séchantes. "Sur ce type de sols, on peut obtenir 10 t de MS/ha, alors qu'un maïs ne dépassera pas 7 t de MS/ha", illustre la conseillère.
Elle ajoute : "La betterave est appétente et amène de la fraîcheur dans la ration hivernale. Son stockage et sa distribution sont aujourd'hui maîtrisés. Cette plante est par contre contraignante sur le plan du travail. Pour avoir une culture propre, il est nécessaire de consacrer environ 70 heures de désherbage manuel par hectare, en plus des passages mécaniques".
A côté de la surface fourragère, les agriculteurs du réseau produisent des cultures autoconsommées : des mélanges céréales + légumineuses (du pois en général, mais la féverole, la vesce et le lupin sont aussi intéressants). "Sur le reste de la surface, on peut trouver des protéagineux seuls : féverole ou lupin. Le pois est plus difficile à mener en culture pure".
Françoise Roger précise que les systèmes "100% herbe" fonctionnent aussi. "Il est cependant conseillé d'inclure un peu de céréales en mélange dans la rotation. Cela permet davantage de sécurité fourragère. Ce mélange céréalier sera souvent ensilé. Il peut être intéressant d'utiliser les grains en concentrés". Cette solution n'est pas du tout consommatrice de temps de travail. La présence d'avoine ou de triticale (par exemple) permet d'étouffer les mauvaises herbes.
Des stocks suffisants
En matière de stocks, la conseillère préconise "un minimum vital" de 2 tonnes par UGB. "Par sécurité, il faudra prévoir 300 kg de MS en plus par bête. Actuellement, 2/3 des élevages sont obligés d'acheter, ce n'est pas cohérent". Le stock est souvent constitué d'1 tonne de foin et le reste en maïs, betterave. L'engrais vert peut aussi être exploité.
La complémentation sera raisonnée en fonction de la nature de la ration. "Avec du maïs ou de la betterave, on aura besoin d'un correcteur azoté : lupin, féverole, colza, chou, herbe déshydratée (luzerne ou trèfle violet), tourteaux de soja, de tournesol, de colza…".
Quand la ration contient beaucoup d'herbe, les concentrés à ajouter seront de type céréales : maïs grain, grains de mélanges céréaliers. En cas de besoin de production supplémentaire, le producteur pourra utiliser un mélange céréalier ou un mélange protéagineux + céréale pure (acheté ou produit soi-même). "On tendra vers un minimum de concentrés : moins de 100 g/kg de lait".
Pour maîtriser la fertilisation, il faut beaucoup d'herbe. "Des légumineuses devront être mises en place partout : dans les prairies, dans les mélanges céréaliers". Les fumiers seront épandus sur les prairies fauchées en priorité, et ensuite sur les plantes sarclées ou les céréales. Des fumiers mûris (3 à 9 mois) ou compostés seront utilisés. Concernant le fumier, une table d'épandage est essentielle pour améliorer la répartition.
La récolte et la confection des fourrages d'herbe demandent du matériel qui peut être acquis soit en individuel, soit en semi-collectif : "Il faut pouvoir disposer des outils au bon moment, notamment en foin". D'autres investissements sont plus spécifiques au Bio : la herse étrille et la bineuse permettent le travail du sol et le désherbage mécanique. Ces matériels peuvent faire l'objet d'aides particulières.
Agnès Cussonneau
* En agriculture biologique, le réseau de référence (Chambre d'agriculture en partenariat avec l'Institut de l'élevage) est constitué de 20 fermes réparties sur les 4 départements bretons et les 3 zones pédo-climatiques.
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