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Stock : Trouver le bon compromis entre sécurité et économie
 
La sécheresse a mis à mal les stocks fourragers dans bon nombre d’exploitations. Plus que jamais, les éleveurs ont dû s’interroger sur l’état de leurs stocks, non seulement pour passer l’hiver mais aussi pour prévoir dès à présent 2004 et la soudure de l’été prochain. Pour Jean-Marc Seuret, ingénieur au service recherche et production de la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor, « le bilan fourrager réalisé à l’automne, en général en relation avec le technicien du contrôle laitier, a déjà permis de faire un point sur la situation : cubage du silo de maïs en quantité et en valeur, stock d’ensilage d’herbe, nombre de bottes de foin sec ou enrubanné ». Mis en parallèle avec les besoins de l’ensemble du troupeau (vaches laitières, génisses, bovins à l’engrais), il permet de cerner si l’équilibre entre stocks et besoins est atteint.

Jouer sur l’ensemble des leviers

Face à une pénurie comme cela s’annonçait à la sortie de l’été, la plupart des éleveurs ont déjà réagi et anticipé en achetant du maïs pour l’ensiler. « Si les stocks ne sont pas totalement reconstitués, ils peuvent aussi jouer sur les effectifs et, dans une certaine mesure, sur les rations et prévoir si possible de nouvelles ressources qui permettront de retrouver un certain équilibre».
Il s’agit au niveau des effectifs d’anticiper quelques réformes, de ne pas les engraisser en faisant néanmoins attention de ne pas trop perdre, ou encore d’ajuster le troupeau de génisses au strict renouvellement et enfin de limiter les effectifs d’animaux mis à l’engraissement. Il convient sans doute d’être un peu plus prudent sur les rations. Toutefois au niveau des taries, l’éleveur peut profiter au maximum du pâturage lorsque les terres le permettent. Par contre pour les grandes génisses, il convient de ne pas les sous-alimenter pour éviter des problèmes de reproduction ou des mauvais démarrages de lactations.
Il reste encore quelques clés pour réagir si l’achat de fourrages n’a pu être réalisé, comme le recours l’été prochain à l’ensilage de céréales immature. « Pas très énergétique, il convient bien aux taries, aux grandes génisses et permet d’espérer des rendements de 8 à 9 tonnes par ha ». Autres possibilités, mais pour un coût plus élevé, l’achat de co-produits ou de luzerne. Pour les génisses, l’utilisation de la paille dans la ration est aussi possible.

Un bon mois de stock

Pour beaucoup d’éleveurs cette année 2003 va sûrement les conduire à repenser partiellement la gestion de leurs stocks pour plus de sécurité dans leur système fourrager. « Une réaction normale dans la mesure où en moyenne sur le département la production d’herbe a chuté de 30 à 35 %, et jusqu’à 50 % dans certaines zones. La baisse de rendement maïs se situant elle à 30 % ». Dès lors, sans pour autant céder à la panique, les éleveurs sont amenés à se caler sur une référence minimum pour parer à la plupart des situations. Les groupes fourrages des EDE et Chambre d’agriculture de Bretagne ont engagé la réflexion et donné quelques pistes.
La notion de stock de sécurité se mesure en fait par les quantités de fourrages que l’éleveur a à sa disposition en plus des quantités totales nécessaires pour faire face à une année moyenne, dans un bilan fourrager que l’on pourrait qualifier d’équilibré. Les techniciens ont étudié trois systèmes : maïs toute l’année, pâturage seul pendant 100 jours, menu très herbager avec au minimum 180 jours de pâturage seul (voir les 3 graphiques).
Lorsqu’il s’agit d’un menu « maïs toute l’année » sur la base d’une surface en herbe comprise entre 20 et 25 ares par vache et des rendements maïs de 11 tonnes, le stock nécessaire par vache est évalué à 5700 kg. Une baisse de 20 à 30 % des rendements va aboutir à un déficit de 1250 kg, qu’il faudra compenser d’une manière ou d’une autre. C’est en théorie le stock de sécurité qu’il faudrait dans ce système.
Dans les deux autres systèmes retenus, les conséquences sont identiques, avec un déficit en année difficile estimé à 1350 kg pour le menu « 100 jours de pâturage seul » et 1600 kg pour le système dit herbager. « Par contre, souligne Jean–Marc Seuret, la capacité de récupération d’une année sur l’autre est plus importante dans un système herbager, plus extensif et donc avec plus de surfaces». Dans des systèmes spécifiques liés à des cahiers des charges (réduction d’intrants, bio …), les éleveurs doivent aussi profiter d’espèces parfois moins productives, mais plus résistantes à des conditions extrêmes (dactyle pour les zones séchantes, fétuque pour les zones plus humides. « Les espèces se sont nettement améliorées ».
De fait, il paraît difficile de conseiller aux éleveurs de disposer systématiquement d’un stock de sécurité pour la pire des situations. « Une stratégie qui conduirait à immobiliser des capitaux non négligeables. 1 500 Kg de MS correspondent à un minimum de 150 Euros par vache, soit pour 40 vaches 6 000 Euros ». Il convient donc de trouver un compromis qui puisse éviter d’avoir une épée de Damoclès permanente au-dessus de la tête sans pour autant sombrer dans le catastrophisme. «Un bon mois de stock de sécurité devrait permettre d’être autonome au moins 8 années sur 10», concluent les techniciens qui attendent aussi de voir comment vont se dérouler les prochaines années.

Pierre Dénès

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Date de l'article : semaine du N° du 12 au 19 Décembre 2003
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