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Le ray-grass anglais associé à du trèfle blanc, c’est la meilleure association pour une exploitation de l’herbe en pâturage. C’est l’expérience de Marc Fougère responsable de la Ferme expérimentale de Derval (à mi-chemin entre Nantes et Rennes) qui parle. S’il est encore possible d’ensiler ce mélange, faire du foin demande beaucoup trop de temps de séchage (avec les risques inhérents à la pluie). « En plus, il ne convient pas pour les jeunes génisses (diarrhées) et pour les laitières, il ne contient pas assez de fibres et il est presque trop appétent ». Ce n’est pas la solution passe partout.
Pour assurer les stocks de foin et aussi du pâturage, sur les 55 ha d’herbe de la ferme, 15 ha sont implantés avec un mélange ray-grass anglais, trèfle blanc et fétuque élevée. Pourquoi de la fétuque ? La réponse vient du type de sol des parcelles : hydromorphe l’hiver et séchant l’été. Le dactyle, qui demande un sol sain et supporte la sécheresse, ne tiendrait pas sur l’exploitation. Il a été ajouté dans quelques parcelles du lotier. « Il existe, mais ici, il ne pousse pas. Sa part dans le rendement total est marginale. Pourtant, il présente un avantage : il ne provoque pas de météorisation. La multiplication des espèces atteint vite des limites, sauf dans des conditions difficiles ».
Cinq autres hectares sont consacrés à un ray-grass hybride associé à un trèfle violet destiné à faire de l’ensilage et du foin (riches en fibres) pour les vaches. Sur des parcelles éloignées, cette prairie casse la rotation maïs-blé. L’introduction de trèfle violet dans un mélange de fétuque, RGA… n’a pas été concluante, il se développe trop sur les deux premières années pour laisser ensuite une prairie très creuse.
Pas de différences entre types de prairies
Ainsi le responsable estime avoir avec des RGA + trèfle blanc et des prairies multi-espèces, des pâtures et des foins mieux adaptés aux besoins des laitières (9 700 kg de lait/an) et des génisses. « Sur une exploitation, il ne faut pas avoir qu’un seul type de prairie », affirme-t-il. À Derval, la part de prairies avec de la fétuque va encore augmenter.
Le choix de prairies multi-espèces est conforté par les rendements observés. En moyenne, il n’y a pas d’écarts entre les différentes prairies (environ 7 tonnes de matière sèche). Mais entre une année à faible pluviométrie et une année très arrosée (rapport 1 à 2), les rendements en RGA pur varient dans les mêmes proportions (de 4,6 t à 10,9 t) alors que les mélanges oscillent dans une fourchette plus restreinte mais importante (5,9 t à 10,3 t pour un mélange avec fétuque). D’où une remarque : garder une part de maïs sécurise largement la production fourragère annuelle. L’année 2003 a été significative à cet égard avec de 4 à 5 t d’herbe et 12 t en maïs.
Impossible à Derval de trouver des différences de pousse entre les différents types de prairies. C’est toujours deux tiers au printemps, un quart à l’automne et le reste en été. La présence de trèfle blanc, avec la constitution de stocks sur pied, autorise un allongement de la période de pâturage. Marc Fougère insiste sur la nécessité de bien faire pâturer l’herbe d’automne. « 2 tonnes de matière sèche par hectare, c’est loin d’être négligeable ».
L’appétence d’une prairie avec de la fétuque ne pose pas de difficultés avec les génisses. C’est moins évident avec les vaches laitières surtout si elles viennent d’une parcelle RGA+TB. Ce sont des animaux plus difficiles et plus exigeants. La réussite vient alors de l’éleveur s’il accepte des variations de production dans le tank pour gérer au mieux ses prairies.
Marc Fougère constate aussi qu’une prairie vieillit avec un rendement qui chute après 6-8 ans. Il faut la refaire. À Derval, la technique consiste à casser la prairie pour implanter un maïs (une variété précoce, indice 200) pour avoir une récolte tôt en saison (fin août, début septembre) et ainsi semer aussitôt une nouvelle prairie. C’est localement la seule période pour semer sans prendre de risques avec une sécheresse éventuelle. Cette formule est plus facile à mettre en œuvre qu’un semis sur ancienne prairie et le rendement du maïs est bon avec peu de coûts. Elle rentre parfaitement dans l’objectif global de la ferme : « intensive et économe ».
Paul Chauvin
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