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Malgré sa pérennité une des plus élevées des espèces fourragères, le ray-grass anglais représente en France plus du tiers des surfaces en multiplication. C'est dire si c'est l'espèce la plus cultivée et de loin. Et bien plus encore en Bretagne qu'ailleurs.
Beaucoup de qualités mais quelques faiblesses
Ce n'est pas un hasard si le ray-grass anglais a fini par s'imposer en Bretagne. Sa pérennité, sa facilité d'implantation, sa souplesse d'exploitation, sa valeur alimentaire élevée et sa pousse régulière en climat humide et températures limitées en font la plante idéale pour le pâturage.
Elle est d'autant plus intéressante que c'est incontestablement l'espèce la plus facile à exploiter, grâce en particulier aux variétés tardives, définies non par leur date de démarrage (elles sont très voisines) mais par leur date d'épiaison. Avec un RGA très tardif, la souplesse d'exploitation est inégalée et sur ce critère en particulier, le choix ne se discute pas.
Toutefois, les éleveurs connaissent bien aussi les quelques défauts du ray-grass anglais qui est peu adapté à la fauche et assez sensible à la sécheresse et à la chaleur.
Pour la fauche, nombreux sont ceux qui ont encore un peu de ray-grass d'Italie qui a les avantages de la rapidité d'installation, de la facilité de fauche et de séchage mais l'inconvénient de la faible pérennité. Sur ce plan, un ray-grass hybride ne fait qu'un peu moins mal.
Pour la résistance aux conditions plus extrêmes de la sécheresse (ou à l'inverse d'humidité) et de chaleur, un certain nombre d'éleveurs pourraient sans doute se poser la question d'une alternative, au moins partielle au ray-grass anglais. Il existe bien en Bretagne des zones sèches avec à peine plus de 600 mm de pluie par an et des températures relativement chaudes en été. De nombreuses exploitations dans d'autres zones ont aussi leurs parcelles séchantes ou au contraire humides. Dans toutes ces situations, il faudrait au moins réfléchir à la possibilité d'autres espèces.
Une plante pour zones sèches
Aucune graminée ne poussera bien l'été en sol sec. Mais il existe cependant des espèces plus tolérantes, grâce essentiellement à un puissant système radiculaire. C'est le cas du dactyle qui en été sec produit mieux que la plupart des autres graminées prairiales. Par contre, il supportera mal le pâturage en conditions humides.
En plus de sa résistance à la sécheresse, le dactyle a d'autres qualités. C'est en particulier une espèce très pérenne, qui peut durer sans problème de 6 à 8 ans si elle est bien conduite. Il a également une excellente valeur alimentaire pour peu qu'il soit exploité au bon stade, avant l'apparition des épis au printemps et assez rapidement pour les repousses.
Le gros défaut de cette espèce est la rapidité de sa montée en épi au printemps, ce qui limite sa souplesse d'exploitation (même si elle s'est un peu améliorée) et oblige en général à faucher tout ou partie du premier cycle, les repousses étant ensuite feuillues. Le dactyle sera en général associé à un trèfle blanc agressif ou pourquoi pas à une luzerne dans les zones qui conviennent à celle-ci. L'association de la légumineuse permet de régulariser le rendement, d'obtenir un fourrage plus appétent et une valeur alimentaire plus stable.
Pour le choix des variétés de dactyle, il faut être vigilant sur la résistance aux maladies (rouilles) et rechercher les variétés tardives pour le pâturage, même s'il n'y a pas les même écarts que pour un ray grass anglais.
Une graminée sécurisante
La fétuque élevée est souvent considérée comme une graminée qui peut convenir dans toutes les situations de sol et de climat. Il est vrai qu'elle résiste assez bien à la sécheresse et très bien à l'humidité et même aux inondations prolongées. Elle est en plus extrêmement pérenne et productive, avec un rendement assez bien réparti sur l'année. Elle permet de réaliser un très bon rendement en foin, avec une épiaison très précoce.
Elle a donc presque toutes les qualités, sauf une essentielle. Elle est sensiblement moins bien consommée que la plupart des autres espèces, même s'il ne faut pas exagérer cet aspect car les variétés récentes ont fait de gros progrès sur ce plan, avec des feuilles beaucoup plus "souples" que par le passé. Compte tenu de cet aspect, elle reste cependant mieux adaptée pour des génisses ou des animaux à viande que pour des vaches laitières très productives. L'association avec un trèfle blanc (assez agressif) améliorera son appétence, mais celui-ci ne conviendra que dans des terres saines. Une autre petite difficulté est liée à son implantation lente.
Pour les variétés, le choix s'orientera obligatoirement vers la souplesse du feuillage et plutôt en variété tardive, même si la "tardivité" pour cette espèce est relative.
De la luzerne pour l'été
La luzerne n'a qu'une toute petite place en Bretagne, sauf dans certaines zones pour être transformée en "bouchons". Mais, si c'est une excellente plante pour la déshydratation, pourquoi ne le serait-elle pas en frais, alors que c'est la plante prairiale qui produit le plus en été ?
Certes, elle ne convient pas à tous les types de sols et son intérêt est limité en zones humides. Elle est en plus difficile à faire en foin (pertes mécaniques) et ne convient pas en espèce pure pour le pâturage.
Mais, en zone sèche et en association avec une graminée (dactyle tardif), elle mériterait sans doute une place un peu plus importante pour sécuriser les systèmes fourragers.
Jean Louis Le Rest
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