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C'est en 1994 que Jean-Jacques et Maryvonne Le Lay, installés en production laitière au Haut-Corlay (22), ont commencé à faire évoluer progressivement leur système fourrager classique vers une gestion avec un maximum d'herbe : "Auparavant, nous cultivions 18-19 ha de maïs sous plastique sur la SAU de 50 ha. Depuis 1998, les surfaces sont entièrement dédiées à l'herbe". Les éleveurs produisent 178 200 L de lait avec 40 VL. Ils s'occupent aussi d'un poulailler de pondeuses de reproduction depuis 1992.
Quand on leur demande pourquoi ils ont fait ce choix fourrager, J.-J. et M. Le Lay répondent : "Avec un atelier taurillons (une quarantaine par an) en plus du lait et du poulailler, la charge de travail devenait très importante pour nous deux et notre salariée à mi-temps".
Deuxième raison : "En groupe Ceta, nous réfléchissions aux moyens de réduire les charges sachant que le prix du lait ne s'améliorerait pas. Suite aux crises de l'ESB, les taurillons se vendaient difficilement. Nous avons d'ailleurs arrêté cette activité en 1998. D'autre part, du fait de l'alternance maïs-céréales, les rendements s'effritaient peu à peu".
Un échange amiable pour disposer de plus de terres autour des bâtiments
Avant de réorienter son système, l'éleveur visite plusieurs exploitations herbagères. Conclusion : "Pour travailler en sécurité, il nous faut 60 ares pâturables (et accessibles) par vache laitière. Avec seulement 14 ha regroupés autour de la stabulation, cela ne passait pas". J.-J. Le Lay réalise donc un échange amiable de terres avec son voisin, producteur de porcs et ajoute ainsi 7 ha directement accessibles par les vaches.
Les parcelles plus éloignées servent au foin et au pâturage des génisses et vaches taries. "Comme il faut traverser une route départementale très fréquentée, nous avons dû investir dans une bétaillère (en co-propriété) pour le transport des animaux. Nous avons aussi acquis un parc mobile".
Les parcelles échangées entre les deux producteurs tournent tous les 5 ans. "Les prairies retournées représentent un bon précédent pour les cultures de mon voisin. Il doit par contre faire un peu plus de déplacements avec son pulvérisateur", note J.-J. Le Lay.
Il ajoute : "L’implantation d'herbe, difficile après une prairie, est facilitée après une céréale. Cette année, j'ai semé quelques ha d'orge d'hiver en novembre. La céréale sera récoltée en juillet pour laisser la place aux prairies le plus tôt possible. La paille et les grains seront consommés sur l'exploitation". Les pâtures sont constituées de RGA très tardif et de trèfle blanc qui tient mieux en été. La production et l'appétence sont ainsi plus étalées.
Les pâtures qui n'entrent pas dans les échanges sont entretenues pendant 7-8 ans, voire plus. Pour assurer une bonne longévité, l'éleveur apporte des engrais. "Le Ray-Grass doit disposer d'azote en mars pour favoriser le tallage. A cette époque, je mets un peu d'ammonitrate sur les prairies (3 t pour 50 ha). Le fumier et le lisier de bovins ne libèrent pas suffisamment d'azote à cette période".
A l'automne, un mélange de composts de fumiers de bovin (2/3) et de volaille (1/3) est réparti sur les prairies par le chauffeur de la Cuma avec une table d'épandage. Le lisier de bovin est apporté à la racine avec un enfouisseur. "Ce matériel, acquis au printemps dernier par la Cuma, permet aussi d'aérer le sol. Ceci est d'autant plus intéressant que notre sol, schisteux, a tendance à se compacter ce qui est défavorable au trèfle".
Côté phytosanitaire, les traitements globaux de parcelles au pulvérisateur sont loin d'être systématiques. Tous les ans par contre, l'agriculteur se déplace avec son petit pulvérisateur à dos pour traiter ponctuellement les mauvaises herbes. "Les plus gênantes sont le rumex et le chardon".
Tous les ans, J.-J. Le Lay réalise du foin sur au moins 30 ha. "Le fauchage est assuré par un entrepreneur avec une conditionneuse. Toutes les parcelles sont fauchées au moins une fois tous les 2 ans. Cela aide à l'entretien de la prairie". L'éleveur se charge du fanage et de l'andainage. "Avec une capacité allant jusqu'à 5 ha/heure, la faneuse me permet de gérer de grosses surfaces". Le pressage est fait par la Cuma avec un Roundballer.
"Etre à l'affût du créneau météo pour le foin"
"Beaucoup d'agriculteurs sont réticents pour se lancer en foin par peur de ne pas avoir le bon créneau météo. Tous les ans, il y a un moment favorable en juin ou début juillet. Il faut par contre être à l'affût. C'est stressant. Pour la première coupe, 20 ha peuvent être pressés en moins de 10 jours. Il y a une autre coupe en fin d'été", témoigne l'éleveur en soulignant que le séchage en grange ne serait pas rentable.
"Je classe mes Rounds selon leur qualité dans les hangars. Les foins de moins bonne valeur sont réservés aux périodes de transition dans la ration". L'éleveur préfère le foin à l'ensilage ou l'enrubannage, beaucoup plus coûteux. Pour être le plus réactif possible par rapport au foin, l'éleveur ne souhaite avoir aucune culture (sauf l'orge cette année).
J.-J. Le Lay met aussi en avant la praticité du foin : "Je le distribue une fois par semaine devant les cornadis, je ne défais même pas les rounds". En septembre dernier, l'éleveur a acheté 2,8 ha de maïs du fait de la sécheresse, "par sécurité car la pluie n'était toujours pas revenue". La distribution va lui demander beaucoup plus de temps cet hiver.
Des charges de structures plus importantes
J.-J. Le Lay le reconnaît, son système comporte aussi des inconvénients. Pour obtenir le quota, le nombre de VL a été augmenté à 40 (pas plus pour des raisons de travail). "Par ailleurs, il me faut élever mes génisses moi-même pour les habituer au système herbe. Le 1er vêlage se fait à 3 ans". Du fait du nombre plus élevé d'animaux présents sur la ferme, les charges de structure sont plus importantes que dans un élevage plus classique.
Le produit viande est par ailleurs plus bas : les vaches présentent un moins bon état corporel. "Nous passons aussi davantage de temps à nettoyer les pis à la traite car les bouses sont plus liquides. Peut-être que nous avons aussi plus de problèmes de pattes". J.-J. et M. Le Lay sont globalement satisfaits de leur système qui n'est toutefois pas irréversible. "Les bâtiments peuvent permettre de revenir à un système classique".
Agnès Cussonneau
De fin avril à mi-octobre,
uniquement de l'herbe dans la ration
Du fait du coût important des fourrages conservés, les éleveurs font pâturer le plus longtemps possible. Les premières sorties des vaches se font fin février-début mars dans la journée. A ce stade, elles reçoivent du foin en complément. A partir du 15 mars, les vaches couchent dehors. "Les conditions météo doivent permettre de ne pas abîmer les pâtures. Le pâturage précoce favorise la pousse de l'herbe". La conduite se fait en paddock.
Vers le 20 avril-1er mai, le foin est entièrement supprimé. Les vaches sont exclusivement nourries à l'herbe pâturée jusqu'à mi-octobre. A partir de mi-octobre, elles reçoivent du foin lors de la traite et continuent à coucher dehors. Du 20 novembre au 15 décembre, elles sortent la journée en fonction de la météo. "L'herbe est exploitée au maximum avant l'hiver". Du 15 décembre au 20 février, les animaux ne sortent plus du tout pour ne pas "matraquer" les parcelles.
Des concentrés sont ajoutés à la ration de mi-novembre à fin février : 2/3 d'orge et 1/3 de pois protéagineux. La quantité maximale est atteinte au moment des inséminations en décembre avec 3 à 3,5 kg/VL/jour. Le coût de concentré ne dépasse pas 610 cts d'E/1000 L de lait (4 cts de F/L) et le coût alimentaire est faible. Les vaches produisent en moyenne 5000 L avec un TP de 32 et un TB de 41,4.
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