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Sur les cinq dernières années, Maurice Bégoc, producteur laitier au Drennec (29), a progressivement orienté son exploitation vers un système fourrager avec plus d'herbe. Par choix, mais aussi pour réduire son coût alimentaire. La part de maïs, qui représentait 45% de la surface fourragère principale (SFP), a été baissée à 33%. Un palier au delà duquel l'éleveur ne peut descendre : "J'ai déjà essayé de passer à 30% : c'était trop juste en fourrages".
Sur la SAU de 27,5 ha, l'exploitation compte 4 ha de prairies naturelles en bordure de rivière. "Les génisses y restent de mars à fin novembre". Le quota de 224 000 L est réalisé par 34-35 vaches laitières Prim'Holstein. "Tout ce qui est accessible aux vaches (environ 32 ares/VL) est en herbe pâturée", souligne l'éleveur qui souhaite profiter au maximum de cette conduite.
Des échanges amiables ont été réalisés dans le secteur : "ça m'a permis de rapprocher une parcelle et de disposer de terres plus portantes pour sortir les bêtes plus tôt". L'autre producteur a pu bénéficier quant à lui de surfaces accessibles plus importantes.
Sur l'exploitation de Maurice Bégoc, les premières sorties des vaches se font vers fin février sur les terres porteuses. A la moitié d'avril, elles dorment dehors et le silo de maïs est fermé. "C'est d'ailleurs le moment où il est vide". Tous les ans, Maurice Bégoc achète 2 ha de maïs pour compléter ses stocks.
Supprimer une céréale dans la rotation
Sur les terres non accessibles aux VL, le producteur a jusqu'à présent réalisé la rotation suivante : maïs pendant 2 à 3 ans, céréale, RGI pour faire du foin. Le RGI est semé après la récolte d'orge (auto consommée), en juillet. En octobre, il peut être pâturé. L'année suivante, 2 à 3 coupes de foin sont effectuées : en juin, en juillet et souvent en septembre. Cette année, le producteur a directement implanté son RGI dans le maïs. "Je souhaite supprimer la céréale pour disposer de davantage d'herbe. Une partie pourrait être pâturée par les bêtes taries en période estivale".
L’éleveur souhaite atténuer le risque de manque de fourrages. "En année difficile, je dois en acheter par exemple sous forme de bouchons de luzerne". Ce qui évidemment augmente le coût du fourrage qui est passé de 15,2 à 22,1 E/1000 L de lait en quelques années (10 à 14,15 cts de F/L).
Maurice Bégoc projette aussi de renouveler plus régulièrement les prairies pâturées par les vaches laitières. "J'avais allongé la durée entre retournements pour des raisons d'économie. Mais je vais revenir à un cycle de 5-6 ans car la productivité chute". Il devrait également insérer ponctuellement du maïs entre deux cycles d'herbe. "En plus, les rendements sont bons après retournement de prairies".
Le fil avant déplacé deux fois par jour
Constituées de RGA et de trèfle blanc, les prairies conservent leur valeur en été. Aucun désherbage n'est effectué sur l'herbe. "Le déprimage permet de gérer les mauvaises herbes et aide le trèfle à pousser". Côté fertilisation, du lisier de bovins est apporté dès janvier si possible, avant que les vaches n'entrent sur les parcelles. L'éleveur réalise des analyses de sol régulièrement sur son exploitation. Sur les prairies riches en trèfle, un ajout d'ammonitrate est réalisé fin janvier : "pour donner un coup de fouet au RGA". Du fumier vieilli est épandu sur les parcelles à risque.
Le pâturage est géré en paddocks de 70 ares à 1 ha. «Deux fois par jour, je déplace le fil avant.» Après 150 jours au minimum passés dehors, les vaches reviennent dormir à l'étable. A partir de fin novembre, elles ne sortent plus du tout. "Les génisses passent une dernière fois sur les parcelles autour de la stabulation pour bien les nettoyer avant l'hiver. Elles rentrent en bâtiment pour Noël. Les prairies bénéficient d'un temps de repos de 2 mois".
Du temps à passer pour réussir l'ensilage d'herbe
Avec les surplus des parcelles situées autour de la stabulation, le producteur réalise de l'ensilage d'herbe au printemps qui sert à l'alimentation des génisses en hiver. Son objectif est de 45 à 50 balles rondes par an. Elles sont conservées en pyramide plutôt qu'en enrubanné. "C'est trois fois moins coûteux et il y a moins de pertes". L'agriculteur a adopté cette technique en 1985 : "Le temps à passer est par contre important. La confection des tas doit être réussie".
Maurice Bégoc effectue aussi 25 à 30 tonnes de foin par an (environ 120 balles rondes). Le même matériel est utilisé pour le foin et l'ensilage. Pour la fauche et l'andainage, le producteur est en Cuma. Il a par ailleurs acquis une faneuse avec un autre producteur et partage une presse à balles rondes avec trois agriculteurs. "C'est important d'être réactif en fonction de la météo, surtout en foin. L'ensilage est moins stressant car il accepte un peu plus d'humidité".
En hiver, les vaches se nourrissent avec du maïs à volonté (libre service), rééquilibré avec un correcteur. Un concentré est distribué en salle de traite selon la capacité de la vache, son état, son stade de lactation. Globalement, le concentré est limité, voire supprimé au printemps-été. L'apport atteint son pic au vêlage. Les bêtes reçoivent du foin toute l'année à l'auge.
L'orientation vers davantage d'herbe était un choix de désintensification au départ. Maurice Bégoc a ensuite contractualisé sa démarche au travers d'un CTE. Dans ce cadre, il a pu améliorer l'accès aux parcelles (chemin…). Le curage de fossés et l'apport de buses pour des passages ont également été opérés sur les prairies naturelles.
Agnès Cussonneau
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