Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Raisonner la place de l’herbe : Bien intégrer tous les aspects avant de décider
 
Avant de choisir un système fourrager, il est surtout important de bien prendre le temps de cerner les atouts et les contraintes des différentes voies possibles. Jean-Marc Seuret, ingénieur à la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor invite les éleveurs à se poser les bonnes questions en se basant sur deux critères essentiels : « Le quota par ha de SAU et l’accessibilité des parcelles aux vaches laitières, c’est-à-dire le nombre d’ares par vache ».
Deux critères essentiels

Le quota par ha de SAU est le critère qui va déterminer le niveau d’intensification vers lequel l’élevage va tendre. « En dessous de 6000 litres par ha de SAU, il reste à l’éleveur une marge de manœuvre importante. En Bretagne les éleveurs se situent en général entre 5500 et 6000 litres, ils restent donc maîtres de leurs choix. Au dessus de 6500 à 7000 litres/ha de SAU, la voie plus intensive s’impose en utilisant des concentrés ».
Un parcellaire groupé va favoriser le pâturage et est considéré comme une chance. Par contre le morcellement va contraindre à disposer de davantage de stocks. Toutefois, l’approche du nombre d’ares accessibles par vache peut être différente d’un éleveur à un autre. «Certains s’autorisent une distance maximum pour la conduite au pâturage de 20 à 25 minutes, d’autres vont accepter au delà de 30-35 minutes». Il faut donc regarder les ares accessibles de manière évidente et ce que l’on peut accepter d’aller pâturer. «En sachant qu’il est parfois possible de se donner les moyens d’une meilleure accessibilité par l’aménagement de chemins d’accès, d’envisager des échanges de parcelles avec d’autres éleveurs ou encore de délocaliser des taries pour décharger les parcelles les plus accessibles.»
En couplant ces deux critères, les techniciens ont établi différentes voies : la voie animale (+ de 7000 litres de lait par ha), les voies fourrages lorsque les ares accessibles sont limités et que le maïs s’impose, la voie fourrage-herbe si le quota par ha de SAU reste assez élevé mais qu’il y a plus de souplesse par rapport à l’accessibilité, la voie maxi-pâturage sans réelles contraintes.

Les contraintes du sol et du climat

Ce ne sont cependant pas les seuls critères qui vont guider les choix. Ainsi, il faut aussi prendre en compte les contraintes structurelles liées à l’exploitation, notamment le nombre de places dans les bâtiments. «S’il est limité, il va imposer d’opter pour une production par vache plus élevée et donc une conduite moins extensive. Là aussi, il est possible de faire évoluer les possibilités, en séparant les taries », précise Jean Marc Seuret. La mise aux normes peut également être saisie pour un réaménagement des bâtiments.

Par ailleurs, et c’est aussi un critère essentiel, l’éleveur doit composer avec le potentiel des terres de son exploitation et tenir compte des contraintes climatologiques de sa zone géographique : les possibilités offertes par la qualité des sols, les comportements avec atouts et contraintes , comme par exemple les rendements maïs en zones plus froides ou encore les difficultés à réaliser du foin ou de l’enrubannage dans de bonnes conditions et sans stress excessif.

«Il est évident qu’avec un potentiel de cultures de vente élevé, l’éleveur pourra être amené à modifier son raisonnement. La raison économique l’emportant. Mais d‘une manière générale, ce qui est important c’est de valoriser au mieux les diversités ». Les sols peu portants limitent les possibilités d’évoluer vers des systèmes très herbagers, car ils réduisent les périodes d’accessibilité au printemps et à l’automne. En zones séchantes, l’éleveur doit avoir de la surface pour compenser et jouer sur les espèces à implanter plus résistantes et permettant de faire du stock sur pied. « Sur une même exploitation, des parcelles plus sèches et d’autres plus humides peuvent constituer un atout. A condition évidemment de bien les gérer ».
Cet ensemble de constats étant fait, l’éleveur doit aussi s’interroger sur ses goûts, ses préférences dans la conduite du troupeau, et dans la gestion des productions fourragères. Il est également essentiel d’intégrer les aspects temps de travail, sur l’ensemble de l’année et au moment des pointes de travaux (semis, récolte). « Un système herbager donne un travail plus étalé . Par contre, il peut paraître moins sécurisant qu’un système à base de maïs ». Il faut donc tout intégrer avant d’envisager un bouleversement et surtout ne pas céder aux phénomènes de mode. Par prudence si l’on pense évoluer le faire progressivement. L’important étant toujours de maintenir une cohérence globale et ce quel que soit le système choisi.

Pierre Dénès


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Date de l'article : semaine du N° du 12 au 19 Décembre 2003
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