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Est-il intéressant de produire des semences de ray-grass et autres graminées fourragères ? Pour fixer l’ordre de grandeur, Bernard Boué, producteur au Theil et président du syndicat départemental des multiplicateurs d’Ille-et-Vilaine, considère que « c’est l’équivalent d’un bon blé avec quelques risques en plus ». Aujourd’hui les semenciers sont demandeurs après une mauvaise année 2003 et la réduction des contrats les années précédentes.
Indépendamment de l’aspect marge, quelques points positifs sont à mettre en avant. Ce sont des cultures de diversification, tant sur le plan économique qu’agronomique. Elles permettent une rotation plus longue. Les producteurs de pommes de terre les apprécient pour cette dernière raison.
Elles offrent aussi la possibilité de valoriser des sous-produits : la « paille » de ray-grass anglais est l’équivalent d’un mauvais foin. Une précoupe sous forme d’ensilage ou de déshydraté est faite avec le ray-grass hybride, italien et le trèfle violet : le tonnage n’est pas négligeable avec 3 à 3,5 tonnes de déshydraté et jusqu’à 6 tonnes avec du trèfle violet. Des fourrages qui sont valorisés par les bovins du Gaec de la Seiche dont est membre Bernard Boué.
La récolte, le point délicat
La mise en place d’un ray-grass anglais n’est pas des plus complexes. L’objectif étant d’obtenir une semence propre. Pour cela, la connaissance du passé de la parcelle s’impose. Il faudra prévoir un faux semis après une céréale, désherber à l’automne pour éliminer les dicotylédones, le pâturin, et au printemps pour les rumex. Un ou deux fongicides sont aussi nécessaires contre les rouilles. Il faut aussi se méfier des mulots. Quant à l’azote, il existe peu de repères, ces cultures sont sélectionnées sur le rendement en herbe, l’appétence…, mais pas sur le rendement grainier, lequel varie d’une variété à l’autre.
La phase la plus cruciale reste la récolte. La moissonneuse doit être bien réglée et très propre, ce qui suppose qu’elle ne serve pas au colza qui se récolte à la même période (il faut 4 heures pour nettoyer une machine). Autre contrainte : la plage de récolte est de 24 à 48 heures sinon il y a de l’égrenage. En plus, il doit faire chaud et le taux d’humidité à respecter varie : 22 à 28 % pour le ray-grass anglais, 30 à 35 % pour le ray-grass hybride et italien. Le dactyle se récolte en deux fois. Quant au trèfle violet, il faut attendre fin août ou le début septembre une journée chaude (un créneau d’une à deux heures) et avancer lentement. Autant dire que Bernard Boué, qui cultive toutes ces espèces (35 ha au total), est attentif à tous ces paramètres au moment de la récolte.
Les taux d’humidité à la récolte exige un séchage à la ferme ou en prestation de service. Là aussi la propreté, surtout s’il y a plusieurs espèces ou variétés, est de rigueur. L’agriculteur a installé deux types de séchoirs. L’un est à même le sol avec tous les 50 cm une gaine permettant d’insuffler de l’air ambiant dans le tas. Il permet une mise en attente de la récolte. Un deuxième séchoir sur caisson avec un fond ajouré autorise l’envoi d’air froid ou réchauffé grâce à un brûleur à gaz. La conduite du séchage nécessite de ne pas dépasser 60 à 80 cm de hauteur, de remuer le tas (à la main), de programmer et surveiller la température et l’hygrométrie de l’air.
Après séchage, le semencier viendra prendre livraison. Poids et humidité sont les deux premiers paramètres qui sont pris en compte. À ceux-ci vont s’ajouter la proportion de graines indésirables, la pureté spécifique et la faculté germinative. Ces éléments détermineront le produit. Il restera à soustraire les charges et à vérifier l’intérêt de ces cultures.
Paul Chauvin
Rendements et prix
D’une espèce à l’autre, les rendements varient. Avec un ray-grass italien ou hybride, on peut espérer de 15 à 18 quintaux à l’hectare. Il faut compter entre 8 et 10 quintaux pour du dactyle qui n’est alors pas l’espèce la plus intéressante pour le producteur. Avec le trèfle violet, les rendements oscillent entre 5 et 9 quintaux. Le ray-grass anglais bat des records d’amplitude de 12 à 22 quintaux. La variété intervient, certaines sont plus grainières que d’autres. Mais le producteur n’a pas le choix.
Les prix de reprise font l’objet de négociations interprofessionnelles serrées. « La culture de référence reste le blé », constate Bernard Boué. Une des difficultés consiste à mettre en avant les différences entre espèces et variétés. Suivant les décisions qui seront prises au niveau de la Pac (découplage des primes), la production pourra devenir moins intéressante qu’un blé. À moins que les semenciers ne décident de revaloriser les contrats.
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