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SELECTION FOURRAGÈRE : Plus de 15 ans pour créer une variété
 
Le progrès génétique en graminées fourragères est certainement moins rapide et aussi plus difficilement mesurable que pour d'autres espèces de grandes cultures. Pour créer une variété nouvelle, c'est un long travail de patience pour les sélectionneurs. Pour une variété inscrite en 2003, le travail du sélectionneur a commencé à la fin des années 80.
Se créer une base génétique

Pour créer une variété qui améliorera l'espèce, le premier travail d'un sélectionneur est de se créer une base génétique la plus large possible. Pour cela, il sillonne la France et le Monde à la recherche de plantes sauvages (des "écotypes") de l'espèce qu'il veut améliorer. C'est la diversité qui lui donnera une variabilité génétique et donc la possibilité de faire ensuite des croisements.
Avec ce matériel génétique, le sélectionneur se crée sa pépinière dans laquelle il introduira aussi des plantes en sélection et des variétés témoins existantes. Pour cela, chaque graine est d'abord semée individuellement en mini motte (sous serre). Les plantules sont repiquées au champ (le plus souvent manuellement). Une pépinière regroupe en général au moins 10 000 plantes isolées et parfois bien plus selon les espèces.
Pendant 2 à 3 ans en général, ces plantes sont observées individuellement et notées sur l'ensemble des critères qui font une bonne ou une mauvaise variété comme la vigueur, le port, le tallage, l'agressivité, l'épiaison, la pérennité, les résistances aux maladies … Au total, chaque plante est notée au moins une quinzaine de fois.
Les centaines de milliers d'observations permettront de retenir entre 1 et 10% des plantes qui paraissent les plus intéressantes pour poursuivre le programme de sélection. Celles-ci sont multipliées par clonage ou bouturage (4 à 5 touffes par plante) et implantées en ligne, ce qui permet de les comparer plus facilement à des variétés témoins pour les différents critères recherchés.
Des croisements

Avec les meilleures plantes, le sélectionneur va réaliser des croisements dans ce qu'il appelle un "polycross". Pour cela, il clone encore chaque plante retenue en 8 à 10 nouvelles et les associe à une dizaine d'autres. Pour éviter le pollen étranger, chaque polycross est isolé, en général par du seigle ou du triticale.
Ainsi, dans un polycross à 9 composants par exemple, chaque plante est fécondée par le pollen des 8 autres. La semence de chaque plante (appelée plante mère ) est récoltée manuellement. Elle sera semée en micro parcelles, puis les plantes seront observées pendant 3 ans avec de nombreux contrôles, en particulier sur le rendement, la pérennité et la résistance aux maladies.
Les meilleures plantes mères seront à nouveau croisées entre-elles dans un nouveau polycross (appelé parfois Topcross) pour essayer de cumuler les caractéristiques intéressantes des différents "parents". On arrive ainsi à la notion de variété qui est en fait composée de nombreux clones. Ce travail aura déjà demandé au moins 8 ans.
Chaque "variété" va ensuite, pendant 3 à 4 ans, subir des tests en petites parcelles et dans des lieux différents pour observer l'ensemble des caractéristiques importantes : maladies, adaptation aux sols et climats, précocité, souplesse d'exploitation, remontaison, pérennité, rendement et répartition sur l'année … La qualité alimentaire est également vérifiée par des analyses et au pâturage.
Nouveaux tests pour l'inscription

Après une douzaine d'années de travail, voire plus, le sélectionneur peut enfin présenter sa nouvelle variété à l'inscription officielle. La réglementation impose 3 années de tests sur différents sites d'expérimentation avant l'inscription éventuelle au catalogue Officiel Français.
C'est le Ministère de l'agriculture qui prendra la décision définitive sur proposition du CTPS (Comité Technique Permanent de la Sélection) composé de représentants des organisations professionnelles semencières, de l'administration, du Gnis, des multiplicateurs et des éleveurs. Le CTPS fait les propositions à partir des rapports réalisés par le GEVES (Groupe d'Études et de Contrôle des Variétés de Semences). Les ingénieurs du Geves vérifient que la variété est effectivement nouvelle, stable et homogène et bien sûr contrôlent les rendements et les diverses caractéristiques, en particulier de résistances (maladies, froid, sécheresse …).
Une variété sera inscrite au catalogue si elle est jugée meilleure que les variétés témoins. Pour les éleveurs, c'est une garantie de qualité que n'offre pas obligatoirement le catalogue européen, même si l'on peut parfois regretter que le niveau d'inscription ne soit pas encore plus élevé, aboutissant ainsi à un nombre très important de variétés.
Pour en arriver là, ce sont une quinzaine d'années qui auront été nécessaires et il restera encore ensuite à multiplier la variété pour la mettre à la disposition des éleveurs.
Jean Louis Le Rest


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Date de l'article : semaine du N° du 12 au 19 Décembre 2003
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