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Après 15 ans de conduite en bandes classique, Denis Le Moine, adhérent au groupement Coopagri Bretagne, a opté pour la conduite en 4 bandes avec sevrage à 21 jours. Un choix dont il se félicite après deux années et demie de recul.
Casser la routine
"Avant, on vivait au rythme des mises bas, des sevrages et des inséminations qui revenaient à tour de rôle toutes les trois semaines. Avec la nouvelle conduite, la rotation se fait sur cinq semaines : une semaine de mises bas, puis deux semaines sans rien, puis une semaine sevrage et enfin une semaine insémination", détaille-t-il, indiquant que ce changement a, entre autres, été motivé par "l'envie de casser une routine." Et d'ajouter : "Passer d'une conduite toutes les 3 semaines à une conduite toutes les 5 semaines constitue en quelque sorte un projet redynamisant pour l'exploitation."
La gestion de la main-d'œuvre est avancée comme un argument fort de ce changement. "Déplacer un lot de 150 porcs ou de 300 demande à peu près le même temps. Sachant que dans un cas, le couloir sera nettoyé une fois et dans l'autre deux fois. Détecter les chaleurs de 20 ou 32 truies prend sensiblement le même temps. Cela est encore vérifié pour le sevrage de 16 ou 30 portées", cite en exemples l'éleveur qui ne considère pas la nouvelle charge de travail trop lourde lors des mises bas. "À deux personnes dans l'élevage, on gère facilement les naissances ; d'autant plus qu'on "planate" les truies. Ces jours-là, une personne fait le travail quotidien et l'autre s'occupe des naissances. À certains moments, on se retrouve tous les deux en maternité. Enfin, en décalant l'heure de nos repas, nous assurons une présence continue auprès des truies."
L'augmentation des effectifs par bande a toutefois l'inconvénient d'amplifier les problèmes lorsqu'ils surviennent. "C'est sûr qu'un éventuel passage de grippe est plus difficile à gérer. Un problème de fertilité sur une bande de truies oblige à réagir, par exemple en compensant par un achat instantané de cochettes", explique l'éleveur. Et d'évoquer la plus grande disponibilité que suscite cette nouvelle conduite les journées-clés. "Mais dans notre cas, ça ne pose pas trop de problème puisque, je le répète, nous sommes deux sur l'élevage. Pour exemple, tous les soins aux porcelets sont réalisés le jour des naissances".
Répercussions sanitaires
Cette modification de conduite a également été menée de pair avec la rénovation d'un post-sevrage. "J'étais contraint de faire des mélanges de porcelets. En changeant de conduite, j'ai revu l'organisation des salles. Il y a des répercussions favorables sur le plan sanitaire. Avec l'augmentation de prolificité, gérer le nombre de porcs devenait en effet difficile avec l'ancienne capacité des salles".
Dans ce même objectif de rationalisation des surfaces par porc, cet éleveur fait partir ses charcutiers en détassant les cases. "Ça permet aussi d'étaler les ventes qui, de fait, sont moins régulières avec ce type de conduite. Ainsi, avec cette technique de détassage, j'arrive à étaler les rentrées de trésorerie".
Dans le même temps, Denis Le Moine s'est imposé une rigueur dans la gestion des effectifs. "Par le passé, j'avais toujours tendance à charger les bandes. Aujourd'hui, en maternité, je me tiens à 28-32 truies, et tant pis s'il y a une ou deux cases de vide en maternité. Alors qu'avant il y avait toujours une truie de plus par bande, ce qui se traduisait par des mouvements supplémentaires d'animaux".
Prendre le temps de réfléchir
Au même titre que la nouvelle conduite en bande, cette rigueur de conduite participe aux moyens mis en œuvre pour dégager du temps. Et l'éleveur d'insister sur "le temps de réflexion qu'il convient de prendre pour gagner en organisation. Il faut accepter de consacrer du temps à discuter et accepter qu'il est toujours possible de faire mieux. C'est une remise en cause permanente". Il ajoute : "Le temps passé à ranger vaut bien celui qui est consacré à chercher".
Dans cet élevage, toutes les solutions pour gagner en efficacité sont valorisées : seringue automatique, tuyauterie fixe haute pression accessible de toutes les salles…
Pour la première fois, Denis Le Moine a également inséminé ses truies avec un Piétrain pur. "Le taux de perte sevrage-vente est le point faible de l'élevage. Je pense qu'avec le Piétrain, j'enregistrerai des progrès dans la mesure où avec cette génétique, on a des porcs moins gourmands. En conséquence, en cas de problème sanitaire, il ne devrait plus y avoir ce phénomène d'entérotoxémies en cascade provoqué par une sur-ingestion d'aliment chez les animaux sains".
Enfin, toujours dans ce souci de faciliter le travail, cet éleveur costarmoricain regarde de près les avantages que pourraient lui offrir la truies sino-européenne Youna plus facile à conduire (facilité de mise bas). C'est cela aussi l'ouverture qui permet d'aller de l'avant.
Didier Le Du
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