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Comme souvent en Bretagne, l'élevage porcin d'Isabelle et Thierry Coué ne s'est pas construit en un jour. Avec l'augmentation progressive du cheptel, un bâtiment est venu compléter un autre et ainsi de suite. Ce qui, parallèlement, a conduit à rajouter de nouvelles tâches sans que d'autres ne disparaissent. Jusqu'au jour où la surcharge de travail est devenue quotidiennement trop pesante, comme l'explique Isabelle. "Avec des bâtiments dispersés, nous avions beaucoup de transferts d'animaux, des manipulations d'aliment. Il y avait beaucoup de tâches manuelles qui prenaient du temps au détriment du suivi de l'élevage".
Améliorer la productivité
L'année 2000 constitue un tournant pour cet élevage de 420 truies naisseur-engraisseur pour les deux tiers (1/3 des porcs est engraissé chez un unique post-sevreur engraisseur). "Un salarié venait de nous quitter. Les 35 heures se mettaient en place un peu partout. Nous ne pouvions pas rester déconnectés de cette évolution", explique Thierry.
Commence alors une vaste réflexion sur la réorganisation de l'élevage. Menée conjointement avec le service bâtiment et le service technique du groupement Cecab, celle-ci se traduit par une remise à plat totale. "L'objectif était d'améliorer la productivité à tous les niveaux", résument les éleveurs notant que ce "chamboulement" coïncide avec un besoin de rénovation du parc bâtiment. "Nous avions une maternité sur paille qui demandait beaucoup de travail. Les gestantes étaient sur caillebotis partiel avec courette", cite l'éleveur.
Après analyse complète du fonctionnement de l'atelier, décision est prise d'abandonner la conduite toutes les trois semaines. "En 2001, nous sommes passés à 5 bandes avec sevrage à 21 jours", expliquent les éleveurs. "Cette technique permettait, entre autres, de réorganiser la main-d'œuvre et d'espacer le retour des tâches répétitives". Et les éleveurs d'illustrer par un exemple : "Transférer une bande de 70 ou de 20 truies ne demande pas proportionnellement beaucoup plus de temps. D'autant plus qu'avec la conduite en 5 bandes toutes les 4 semaines, ce travail revient moins souvent". Ce constat est vrai pour les autres postes de l'élevage.
Nouvelle distribution des rôles
Certes, l'agrandissement des lots d'animaux nécessite une autre organisation de la main-d'œuvre. "Pour les grosses tâches, on se met à plusieurs. Il n'y a donc pas cette pénibilité inhérente à la multiplication des effectifs par bande", résume Isabelle Coué, soulignant que ce choix contribue à instaurer d'autres relations humaines dans l'élevage. "Pour autant, nous n'avons pas abandonné l'idée de responsable par secteur. Nous avons toujours un responsable par poste, mais qui, aux moments cruciaux, reçoit l'appui des autres ".
"Actuellement, une salariée à mi-temps s'occupe de la partie reproduction. Cette personne est là en fonction des événements : naissances, IA, sevrage. Une ou deux autres personnes viennent en appui à certains moments", détaille l'éleveur. "Avec cette organisation, le coup de bourre est moins ressenti en tant que tel. D'autre part, cette distribution du travail contribue, au besoin, à faciliter le remplacement d'un salarié par un autre", observe-t-il.
La conduite en 5 bandes permet aussi de casser un rythme qui, à la longue, peut être ressenti routinier, comme c'est le cas en conduite toutes les trois semaines. "La succession de la semaine sevrage, semaine mise bas et IA, puis deux semaines sans événements majeurs", comme l'évoque Marc Herlédan, responsable technique du groupement Cecab, est généralement appréciée. "Ce roulement avec deux semaines moins chargées casse une certaine routine et donne des temps de recul qui aident à mieux voir les éventuels problèmes de l'élevage", approuve Thierry Coué.
Restructuration des bâtiments
En parallèle de cette nouvelle conduite, l'exploitation Coué a modernisé ses outils. "En gestantes, nous sommes passés au caillebotis intégral avec alimentation en soupe", décrivent les éleveurs. Et de préciser : "Avec la conduite en 5 bandes, la construction d'un bâtiment tampon a été nécessaire. Après sevrage, les 70-80 truies sont mises par lot de 10 dans un hangar sur paille récemment construit. Nous constatons que ce passage en bâtiment paillé accélère la venue en chaleur. C'est intéressant aussi sur du point de vue productivité de la main-d'œuvre".
Dans ce même objectif d'efficacité, mais aussi pour ne pas avoir trop de verrats inutilisés pendant plusieurs semaines, toute la semence est achetée à l'extérieur. "Il n'y a pas de prélèvement en ferme".
En revanche, cet élevage assure son propre auto-renouvellement. "Cela permet de gérer le nombre de cochettes avec une grande souplesse", acquiesce T. Coué, en admettant qu'il y a aussi le côté passionnel de ce métier. "Avec de gros lots, un éventuel problème de reproduction est démultiplié. Il convient donc d'être vigilant. En ce moment de l'année, nous préparons les cochettes de l'été prochain ; nous tenons donc compte des possibles besoins supplémentaires", détaille-t-il, en appuyant : "Dans ce type de conduite, il faut sécuriser les bandes en réformant après l'échographie".
Objectif atteint
Au final et conformément à l'objectif initial, les évolutions intervenues sur cet élevage se mesurent concrètement par une meilleure efficacité dans le travail. "En 1992, nous avions trois salariés pour 200 truies, aujourd'hui 2,5 pour 400 truies", cite l'éleveur. Et d'ajouter : "Sans oublier que globalement nous passons moins de temps dans l'élevage". Y compris le week-end puisque que les salariés ne sont plus de permanence qu'un week-end sur quatre contre un week-end sur deux par le passé. En d'autres termes, cet élevage serait prêt à franchir le pas des 35 heures. Mais là c'est un autre chantier…
Didier Le Du
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