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Pourquoi certains éleveurs s'énervent, transpirent et se fatiguent en déplaçant leurs animaux, pendant que d'autres envisagent cette tâche comme une promenade de santé ? Les premiers devraient tout simplement se glisser dans la cotte des seconds. Ils comprendraient alors comment ces derniers s'appuient sur le comportement animal pour faciliter leur travail.
Trois causes principales
Comme le rappelle, Philippe Leneveu, vétérinaire à l'Ispaia de Ploufragan, "les déplacements d'animaux sont plus rapides et moins pénibles lorsque les porcs ne s'arrêtent pas ou ne bloquent pas en cours de parcours". Et de lister trois causes principales susceptibles de provoquer ce genre de comportement : "La crainte, une gêne ressentie ou bien quelque chose qui éveille la curiosité".
L'éleveur animalier sait parfaitement utiliser le "fonctionnement" du porc pour réaliser facilement les déplacements. "Des aménagements simples dans l'élevage peuvent aussi les simplifier", commente P. Leneveu qui énumère quelques facteurs susceptibles d'effrayer ou de gêner les porcs.
"Hormis s'ils sont élevés dans l'obscurité, les porcs se déplacent naturellement vers les zones éclairées»... indique-t-il, con-seillant d'éteindre la lumière du couloir et d'allumer celle de la salle quand il s'agit de rentrer des animaux.
Les courants d'air peuvent également contrarier le déplacement d'un animal. "Le groin est un organe très sensible et le porc hésite à avancer face au vent", dit-il, avant d'énoncer une préconisation : "Lorsque l'on sort des animaux d'une salle en ventilation dynamique, la porte constitue la principale entrée d'air. En poussant le porc vers cet endroit, c'est comme si vous lui demandiez quelque chose de contradictoire : vous poussez et leur groin leur dit de reculer. Il suffit de baisser de la ventilation pour que ce blocage diminue."
Présenter un chemin évident aux porcs
Même si, pour l'éleveur, le "labyrinthe" des couloirs a quelque chose d'évident, il n'en est pas de même pour un jeune porc qui ne repasse jamais deux fois au même endroit. "En dehors des multipares, chaque sortie de salle est un pas vers l'inconnu", explique le spécialiste de l'Ispaia qui incite alors à utiliser l'effet groupe pour rassurer les porcs. "Attention toutefois à ne pas se lancer dans des déplacements de groupe trop importants. En effet, si quelque chose surprend ou effraie les premiers, c'est tout le lot qui fera demi-tour", avertit-il, précisant qu'en porcs charcutiers, "il semble judicieux de ne pas dépasser 15 animaux par groupe."
En parallèle, il convient de présenter un chemin évident aux animaux. Ainsi pourra-t-il être opportun de disposer un panneau en biais pour casser un angle droit, source de blocage. Quant aux pentes, il faut malheureusement faire avec, bien que l'animal préfère monter que descendre. "Dans ce cas, il faut manipuler des petits groupes en s'équipant de panneaux".
Peureux, le cochon est aussi curieux. Et sur un parcours, nombreux sont les motifs pour s'arrêter afin de jeter un coup d'œil. "Les porcs ont une vision panoramique, c'est-à-dire qu'ils voient sans problème sur les côtés", détaille ce vétérinaire qui insiste aussi sur la place de l'éleveur : trop en amont de l'épaule de l'animal, celui-ci recule ; placé à l'arrière de ce point de balance, l'animal avance.
Autre enseignement pratique ? "Les cloisons ajourées représentent une véritable tentation pour s'arrêter chez cet animal dont le champ de vision est de 310 ° (180 ° chez l'homme). Disposer un panneau plein sur une telle barrière évite cet arrêt supplémentaire qui ralentit la cadence de déplacement". Enfin, pour que le porc ne s'arrête pas à tous les trous, il faut aussi savoir donner du rythme aux déplacements…
Didier Le Du
Les 10 commandements des déplacements
•Disposer de suffisamment de temps (Pourquoi ne pas reporter le travail au début d'après-midi plutôt que de voir faire à tout prix dans la dernière demie-heure avant midi ?)
•Prévenir les collègues (A quoi bon tout organiser si un collègue arrive en face et bloque le passage des cochons)
•Utiliser les cloisons mobiles pleines
•Prévoir un chemin à suivre sans ambiguïté
•Utiliser des parois et dispositifs solides
•Supprimer ou éviter tout obstacle, objet, angle sur le parcours, pente (attention aux petites marches – même 1 ou 2 cm – où le porc à l'impression que le sol se dérobe sous ses pieds ; c'est la même impression pour les caillebotis-fil vus dans le sens de la longueur)
•Penser à la lumière (Où faut-il allumer ? Où faut-il éteindre ?)
•Repérer les zones de blocage inévitables (le contraste de couleurs peut être une source de blocage)
•Utiliser l'aliment
•Ne pas oublier le panneau.
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