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Une cinquantaine de producteurs réunis à Loudéac ont manifesté leur désarroi face au paradoxe qui touche leur filière de lait bio. Les indicateurs de consommation donnent une progression de 7,2 % pour le lait bio UHT qui représente 80 % des quantités de lait bio transformées. « Cette filière devrait donc mieux se porter que celle du lait conventionnel », insistent les producteurs.
Cela n’est pas le cas en Bretagne. « La situation du marché bio a été artificiellement et volontairement cassée par des importations et la volonté de ne pas développer les débouchés, en refusant la mise en place de forces de ventes spécifiques », accusent les producteurs.
Certains structures collecteurs laisseraient tomber leurs producteurs bio en les invitant à quitter leur structure s’ils veulent continuer à certifier leur lait en bio. La commercialisation se faisait jusqu’à présent au sein de Bio d’Armor, société commune à différents partenaires coopératifs, créée il y a quelques années pour transformer et commercialiser le lait bio.
Contrats différents
« La situation est confuse, les contrats diffèrent d’une organisation à l’autre, voire à l’intérieur d’une même organisation. Le risque est de voir notre lait bio payé au prix du lait conventionnel au terme de l’engagement contractuel », confient les producteurs. Certaines sociétés parlent même de rompre purement et simplement le contrat. C’est la situation que vivent 9 producteurs de lait bio de Loire-Atlantique dont le contrat a été dénoncé. L’affaire portée en justice devrait être jugée le 30 janvier prochain.
Les producteurs comprennent d’autant moins qu’ils ont fait des efforts importants pour répondre aux cahiers des charges spécifiques. Certains ont signé des CTE et doivent faire face aux contraintes correspondantes. La situation est critique pour les éleveurs en phase de conversion.
Revoir la stratégie commerciale
Face à une surproduction momentanée, les producteurs font des propositions. «Les produits bio sont absents de certains linéaires de grandes surfaces, il faut développer les débouchés au lieu de cantonner les produits bio dans une niche. Et utiliser l’éventuelle surproduction comme amortisseur des à-coups du développement». Ils citent l’exemple de l’Autriche qui, «malgré une surproduction, a préféré continuer à développer l’agriculture biologique à cause de ses effets positifs au niveau de l’économie publique et de l’environnement ».
Au-delà de ce problème sur le lait, c’est la nécessité de revoir la stratégie de la production biologique qui est mise en lumière. L’amertume se lisait sur le visage des producteurs présents à Loudéac, certains n’hésitant pas à parler «du mépris avec lequel ils sont traités par des organisations économiques.» La production bio peut-elle cohabiter et être commercialisée par les mêmes organisations économiques que la production conventionnelle ? Les produits ne deviennent-ils pas concurrents à terme ? Faut-il créer des structures de transformation et de commercialisation propres au bio ? Des questions importantes auxquelles les associations de producteurs devront apporter rapidement des réponses. Des groupes de travail ont été mis en place.
Patrick Bégos
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