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Dans tous les systèmes herbagers, la priorité reste le pâturage. Pour autant la fauche ne doit pas être négligée, bien au contraire. Pour Jean-Marc Seuret, ingénieur du service Recherche et production de la Chambre d’agriculture, “Si la fauche doit d’abord être au service du pâturage, elle va prendre en fonction du système une place plus ou moins importante dans la constitution des stocks de fourrages conservés”.
Programmer les surfaces à faucher
En fait dans tous les systèmes on va d’abord distinguer deux types de fauche :
La fauche obligatoire pour des parcelles éloignées ou des parcelles à faibles potentiels que d’autres cultures ne peuvent pas valoriser. Elle concerne aussi parfois des parcelles proches, mais qui pour diverses raisons ne peuvent être exploitées par le pâturage.
La fauche d’excédent de pâturage est beaucoup plus liée au système. Sa gestion va être différente, même si un certain nombre de principes demeurent, comme la préservation d’un maximum de surfaces pâturables lorsque la pousse faiblit “ce qui implique de ne pas faucher trop tard”, la nécessité d’étaler les repousses pour maintenir une herbe à pâturer de qualité, la priorité à donner à la valeur alimentaire du fourrage récolté par rapport au rendement de la fauche en maintenant l’idée de servir au mieux la suite du pâturage.
Quelque soit le système il apparaît toutefois indispensable de programmer assez tôt dans le printemps les surfaces que l’on entend débrayer pour la fauche en lien avec le système et en tenant compte des contraintes liées au parcellaire, à la qualité des sols, aux espèces implantées ....
Quelques principes en fonction du système
Même s’il est difficile d’établir des règles extrêmement précises, les essais conduits dans les différentes stations expérimentales, les constats effectués, notamment au travers du suivi des fermes de références, permettent de donner des indications sur les différentes approches possibles. En s’appuyant sur trois systèmes, 26 ares, 36 ares, 72 ares pâturés par vache, Jean-Marc Seuret apporte quelques éléments de réponse.
Dans un système à 26 ares par vache avec un silo fermé environ 70 jours la fauche est le plus souvent réduite voire nulle sur les surfaces pâturées. “C’est en fait une adaptation en fonction de la pousse qui va conduire à débrayer un ou deux paddoks”. L’éleveur aura toutefois comme souci de conserver 12 jours de stock d’herbe pour les pâturages. Ce sont en général les conditions climatiques qui vont guider pour s’orienter soit vers du foin, soit vers de l’enrubannage.
Dans ce cas le seul objectif de la fauche est bien de servir le pâturage. “L’éleveur doit en fait être attentif à son stock d’herbe en retenant le principe que si entre le 10 mai et le 10 juin le stock est supérieur aux besoin il convient de réaliser un pâturage ou une fauche sur chaque parcelle”. Il s’agit en fait de conserver une bonne maîtrise des cycles en vérifiant que la hauteur d’herbe ne dépasse pas les 15 centimètres en entrée de parcelle et que l’âge des repousses ne dépasse pas 30 jours.
Avec 36 ares pâturées par vache, c’est à dire dans une stratégie de fermeture du silo autour de 30 jours on retrouvera le plus souvent une partie des prairies en associaiton RGA-Trèfle blanc. “L’éleveur choisira en priorité la fauche sur les parcelles en RGA pur. Ce dernier est effectivement mieux adapté à la fauche et surtout l’association RGA-TB permet de réaliser plus facilement des stocks sur pied”.
Dans un tel système l’ensilage d’herbe est en général plus présent avec des chantiers sur plusieurs parcelles. L‘ensilage permet d’obtenir un fourrage de qualité à distribuer l’hiver avec une fauche plus précoce. Il permet aussi de privilégier l’aspect repousse.
En tout herbe (72 ares pâturées par vache), outre la gestion du pâturage qui nécessitera aussi de la fauche d’excédents la réalisation de stocks hivernaux de qualité constitue une contrainte supplémentaire. Dès lors il y aura plusieurs chantiers de fauche avec le plus souvent de l’ensilage d’herbe coupe fine (2 ou 3 chantiers) et de la fauche de réajustement qui pourra être du foin ou de l’enrubannage. Le foin peut aussi constituer l’unique solution dans un système tout herbe. Il est évident que dans ce dernier cas les conditions climatiques joueront un rôle prédominant.
DOSSIER 2
LE FOIN : C'est le temps qui le fait
Avec l'augmentation de la part d'herbe dans les systèmes fourragers et l'objectif de réduction des coûts de production, le foin connaît un certain regain d'intérêt. Sous les « tropiques bretons », le plus difficile est de tomber dans la bonne période pour obtenir un séchage rapide.
Il aura beau choisir le stade optimal de fauche pour une meilleure qualité nutritionnelle du fourrage. Il aura beau être équipé du meilleur matériel de fanage qu'il soit. L'agriculteur ne fera du bon et beau foin que si la météo est avec lui. "Mais, en mai-juin, il y a toujours une période propice pour faire du foin", confiait récemment un éleveur lors d'une journée technique sur l’herbe dans le Finistère. "Quand elle arrive, il faut foncer. C'est ainsi que tous les ans, ou pratiquement tous les ans, je fais du beau foin".
SÉCHAGE : RAPIDITÉ, EFFICACITÉ
"Se tenir prêt à saisir la première fenêtre météo qui se présente". C'est aussi le conseil de Philippe Roger, ingénieur fourrages à l'EDE du Morbihan, qui invite à guetter "l'anticyclone qui s’installe, avec des vents orientés à l'est ou au nord-est".
"Faucher dès le matin, dès la fin de la rosée et faner de suite pour faciliter une évaporation homogène et faner à nouveau le soir". Tels sont encore ses conseils pour accélérer l'évaporation de l'eau avant la mort des tissus végétaux. En effet, plus le fourrage reste longtemps sur le sol avant récolte et plus il "brûle" de l'énergie. "Avec des associations de graminées-légumineuses, il est nécessaire de faner tôt le matin et tard le soir pour sauvegarder les feuilles. Compte tenu de la fragilité des légumineuses, il faut de toute façon limiter les opérations de fanage et réduire la vitesse de rotation des toupies ainsi que la vitesse de travail", indique encore P. Roger.
Le séchage peut également être accéléré par l'utilisation d'une faucheuse conditionneuse. Selon la "pression" de conditionnement, la météo, en l'espèce, on gagne 24 à 48 h : de quoi sauver un foin quand le temps vient à changer. Il faut néanmoins savoir que, si cette technique est efficace quand le temps est beau, elle l'est tout autant dans l'autre sens, c'est-à-dire pour la dégradation du fourrage quand il pleut.
CHOIX DES ESPÈCES
Hormis les conditions météorologiques et les opérations de fanage, le temps de séchage dépend également de la nature du fourrage. Si pour des raisons météo, il a fallu attendre tard en saison pour faucher, la dessiccation de la plante sera d'autant plus rapide qu'il s'agit d'une espèce peu riche en eau et dont l'état végétatif est avancé. Reste que, dans ces conditions, la qualité ne sera pas forcément au rendez-vous. Mais ne vaut-il pas mieux une herbe plus dure bien séchée qu'une herbe tendre récoltée pourrie? A chaque éleveur de juger.
Le séchage de ray-grass anglais tétraploïdes ayant reçu des déjections animales ou des fertilisations azotées parfois en quantité importante n'est pas toujours des plus faciles. "Il est préférable de faire du foin avec des RGA diploïdes que tétraploïdes. Comme il est plus facile de sécher un dactyle ou une fétuque. Enfin, utiliser les associations RGA-dactyle ou RGA-fétuque permet un bon compromis entre le pâturage et la fauche". Enfin, d'autres mélanges multi-espèces nettement plus complexes sont utilisés avec succès par certains éleveurs pour alterner pâturage et foin. La diversité de flore pouvant par ailleurs être un atout supplémentaire du point de vue alimentaire. Il n'en demeure que l'équilibre de la flore de ces prairies est difficile à maintenir par les néophytes.
SÉCHÉ À CŒUR
Sur le plan du matériel, fanage et andainage sont aujourd'hui dissociés, les outils mixtes étant nettement moins performants.
Ces dernières années, le matériel de fanage a connu quelques évolutions. Sur ces outils, les évolutions portent essentiellement sur la largeur de travail (jusqu'à 12 m) et sur la vitesse d'avancement augmentée grâce à de nombreux trains de roues jumelées ou en tandem. Avec certains types de matériels, on arrive à des rendements horaires impressionnants à condition que la taille des parcelles suive! Ce qui n'est pas toujours le cas quand le foin est appréhendé comme une technique permettant de gérer les excédents.
Jusqu'à une époque récente, les presses à balles rondes et à chambre fixe étaient préférées pour le foin. "Ces outils forment en effet des balles avec un cœur aéré, permettant au foin de continuer à sécher une fois pressé", indique Philippe Roger. Et de compléter : "Aujourd'hui, le marché des presses à chambre variable est plus important. Celles-ci ont fortement évolué et des dispositifs de réglage de double densité pour le centre et la périphérie permettent de garantir un cœur aéré". Le recours aux presses à balles cubiques peut être motivé par plusieurs raisons : transport du foin, place plus réduite au stockage, disposition des bâtiments. "Mais il est aussi important de prendre en compte les conditions climatiques. En effet, une balle ronde peut rester à l'extérieur et finir de sécher alors qu'une big-baller doit obligatoirement être confectionnée de foin très sec et ramassée à l'abri sitôt pressée". Des précautions doivent être prises avec ce type de bottes : la surveillance de température est importante pour éviter l'incendie.
Choisir sa faneuse et son andaineur
Avant l'achat d'une faneuse, il y a une cohérence à rechercher avec la largeur de fauche utilisée. "En effet, il est conseillé de faire une reprise d'andain par le centre de deux toupies tout en évitant de rouler sur les andains. La largeur d'une faneuse se déterminera par son nombre de toupies (2 à 12) et par leur diamètre", rappelle Philippe Roger, ingénieur à l'EDE 56, qui invite à choisir les outils ayant 6 bras par toupie.
Les roues doivent être d'un bon diamètre et être munies d'un dispositif anti-enroulement. L'attelage peut être pivotant tout en disposant de stabilisateurs anti-dérive. Pour les bordures de champs, une mise en oblique est appréciable. A noter aussi, depuis plusieurs années, l'apparition du repliement hydraulique des toupies pour le transport et pour le stockage du matériel avec un minimum d'encombrement. Plus on monte dans les gammes, plus les fonctions peuvent se faire à partir du tracteur (système de repliage et de mise en route). Certaines machines disposent de systèmes de débrayage ou de transmissions spécifiques évitant tout risque de détérioration en cas de mise en route en position de transport.
"Un bon andaineur est un andaineur dont les dents permettent de ramener tout le foin, de former un bel andain, et, en revanche, ne pas soulever de terre ou de cailloux", résume l'ingénieur de l'EDE 56, conseillant "les équipements qui permettent de bien épouser le sol pour favoriser la qualité du travail (roues de grand diamètre, tandem, etc.". Globalement, ces outils suivent les mêmes évolutions que les faneuses. Evolutions qui concernent la largeur et la vitesse de travail. Tout l'intérêt de l'andaineur grande largeur est de réaliser un andain de dimension importante, en respectant les limites de la presse. La possibilité, selon les machines, d'andainer au centre ou latéralement est toujours offerte.
Didier Le Du
DOSSIER 3
ENRUBANNAGE : Gros coût pour petits excédents
L'enrubannage est le système de conservation de l'herbe le plus coûteux. Mais, ce que recherche l'éleveur c'est d'abord l'aspect pratique, tant pour la récolte que pour la distribution. Une technique adaptée aux petits chantiers de récolte d'excédents d'herbe.
Depuis une dizaine d'années, l'enrubannage est en progression constante en Bretagne. Tout d'abord avec du matériel monoballe et, plus récemment en continu. Il a l'avantage de permettre de récolter de petits excédents et d'avoir une distribution commode, tout en étant moins dépendant des conditions climatiques que pour le foin. Il présente aussi l'atout de l'investissement limité en matériel et stockage.
LE COÛT MÉRITE LE MEILLEUR
Technique coûteuse, en particulier en raison du film, la technique mérite le meilleur de l'herbe. Et le meilleur, c'est d'abord un fourrage feuillu pour avoir un ensilage de qualité. Il est absurde d'emballer de l'herbe épiée, même si cela se voit trop souvent encore. Il faut également un fourrage propre, exempt de terre.
Pour la qualité, un des gros avantages est également de nécessiter moins de temps de séchage que le foin. Mais, on voit cependant trop souvent des ensilages trop humides. L'idéal est d'avoir plus de 50% de matière sèche et avec une certaine homogénéité, ce qui n'est pas toujours si facile dans nos régions.
Toujours pour la recherche du meilleur, la balle doit être régulière et la plus dense possible. Pour avoir le maximum de matière sèche dans un petit volume, mais aussi pour limiter la déformation de la balle qui est toujours source de problèmes, pour l'enrubannage et la conservation.
Il faut également enrubanner le plus rapidement possible après le pressage (dans les quatre heures qui suivent) et utiliser un film de bonne qualité, le plus important n'étant pas la couleur. Même avec un film de bonne qualité, il faut un minimum de quatre couches et plus, en particulier si le fourrage est grossier. Après enrubannage, il faut éviter le plus possible de manipuler les balles. Le stockage se fera verticalement (pour les mono balles), dans un endroit accessible et peu sensible, les bordures de champ n'étant pas en général les meilleurs endroits.
25 À 30 BALLES LA BALLE EN MONOBALLE
Quelle que soit la technique utilisée, l'enrubannage est une solution onéreuse. Le matériel apparu le premier et très largement utilisé est la monoballe, portée ou traînée. Selon leur sophistication, ces machines peuvent valoir de 40 000 à plus de 100 000 F.
Une enquête réalisée par les Cuma a montré que le coût d'une telle enrubanneuse était en moyenne légèrement inférieur à 10 000 F par an. Le nombre de balles réalisées par an varie énormément (de 1 à 10) mais on se situe le plus souvent de 800 à 1 000 balles par machine, soit un coût par balle peu inférieur à 10 F.
Le gros inconvénient de ce type d'enrubannage est bien sûr le coût du film, bien supérieur à celui du matériel. La consommation moyenne observée par monoballe serait de 750 à 800 g de film plastique par unité. Ce qui représente 20 F par balle soit un coût total de l’ordre de 30 F et plus. A ce prix, il vaut mieux emballer de la qualité.
Un des inconvénients de ces chantiers avec ce type d'enrubanneuse est le temps relativement long. En pratique, on ne dépasse pas beaucoup les 30 balles filmées par heure. Mais la moyenne par machine étant souvent inférieur à 1 000, est ce vraiment une contrainte ?
MOINS CHER ET PLUS RAPIDE EN CONTINU
Depuis quelques années, on a vu apparaître les enrubanneuses en continu. Elles ont l'inconvénient de coûter plus cher à l'achat (100 à 150 000 F et plus) et donc de devoir être rentabilisées sur un nombre de balles plus important.
En contre partie, elles ont deux avantages. Tout d'abord la diminution des quantités de film, de l'ordre de un tiers (en moyenne 500 à 600 g par balle 120 x 120), soit une économie sensible. L'autre avantage est celui de la rapidité. Toutefois, en annonçant 100 par heure, les fabricants sont optimistes. La réalité des chantiers est plutôt de la moitié. Des techniques voisines sont encore apparues avec les engaineuses qui emballent dans un film étirable préformé.
Ce type d'ensilage présente quelques autres inconvénients. Il y a tout d'abord plus de risques de déchirure de film, à la jonction des bottes si elles ne sont pas uniformes et suffisamment appliquées les unes contre les autres. Un autre inconvénient est l'utilisation ponctuelle plus difficile, un boudin entamé pouvant se détériorer assez rapidement.
Jean Louis Le Rest |