|
Quand quatre jeunes agriculteurs sur cinq s’installent en produisant du lait, annoncer que le prix du lait sera à la baisse dans les années à venir n’est guère encourageant. C’est pourtant le sentiment d’Emmanuel Bert d’Onilait invité de l’Adasea lors son assemblée générale du 12 septembre. Néanmoins un recul du prix de 10 % ne devrait pas avoir d’incidences notables compte tenu des aides prévues dans la réforme de la Pac. « Aujourd’hui, il est difficile de savoir quel sera le niveau des prix ».
D’autres éléments vont aussi compliquer la donne en matière de lait. Le découplage des aides aura des répercussions sur les décisions individuelles des agriculteurs : ne pas produire pourrait s’avérer aussi intéressant que de subir les contraintes liées au lait. Par ailleurs, une pression sur le foncier pourra s’exercer en fonction des primes dont ils sont les supports et également de l’intérêt qu’il a pour d’autres utilisations. A prendre en compte également, l’incidence de l’entrée des Pays de l’Europe continentale et orientale en Europe et le fait qu’à l’avenir le lait ne sera plus la production très protégée qu’il a été jusqu’à maintenant. « Tout cela va compliquer l’installation, d’autant plus qu’actuellement on ne sait pas mesurer l’ensemble de ces facteurs », explique le responsable du service études de l’Onilait.
Concurrence installation-agrandissement
« Voilà des éléments qui doivent nous inciter à être encore plus vigilants sur le montant des reprises et des investissements », enchaîne Jean-Luc Fossé, le président de l’Adasea. « Les cédants ne doivent pas spéculer sur le quota qu’ils n’ont jamais payé. Aux jeunes d’être majeurs dans le montant des reprises ». Sinon ils risquent de se créer des charges, avec l’inquiétude que souligne Marcel Denieul de « glisser vers une paupérisation de la production laitière, une production qui demande beaucoup de temps et donc, peu en phase avec les modes de vie actuels ».
Avec une référence moyenne de 211 800 litres pour les 6800 exploitations qui livrent du lait en Ille-et-Vilaine (156 200 pour les exploitants individuels, 365 000 pour les Gaec, 253 400 pour les Earl), le département, comme la Bretagne en général, dispose de quotas moyens avec peu de grosses structures. « C’est l’effet du projet agricole départemental », analyse Emmanuel Bert. Pour Charles Leprêtre, « cela signifie que la moitié des producteurs sont au-dessous de 200 000 litres. Quelles perspectives offre-t-on aux 40-45 ans lorsque les jeunes sont prioritaires pour le foncier et les quotas ? », demande-t-il.
« Oui, il y a concurrence entre l’installation et l’agrandissement », n’hésite pas à dire Gilles Guillomon pour la FDSEA. Il ajoute : « Il faut avoir une dimension économique suffisante, c’est vrai pour les jeunes et aussi pour les autres ». C’est l’enjeu du projet agricole départemental. Il propose par ailleurs de réfléchir à une révision du schéma des structures.
Il faut donc s’attendre à des changements du paysage agricole en notamment en lait. La France fait partie des pays en Europe qui a eu la baisse la plus modérée du nombre d’exploitations livrant du lait. Elle est loin de pays comme la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Danemark qui ont des litrages moyens au-dessus des 400 000 litres. La restructuration est encore à l’ordre du jour.
Les principales activités
de l’ADASEA
Déclaration d’intention de cessation d’activité : 80 % de la dernière classe d’âge concernée ont répondu. Le score devrait encore s’améliorer. Les résultats arrivent cependant un peu tard pour une action sur le devenir de l’exploitation.
Répertoire à l’installation : 20 installations ont eu lieu par son intermédiaire. L’Adasea note un décalage entre l’offre faible avec une proportion importante pour l’entrée dans une société et la demande pour une installation individuelle, en lait, avec peu de mobilité.
Installations aidées : 148 en 2002 (210 inscriptions à la MSA dans la même tranche d’âge). La baisse est forte comme dans les départements voisins. Au regard du nombre de départs, il n’y a pas de dégradation importante de l’installation. Il n’y a qu’un quart des jeunes à opter pour l’exploitation individuelle, pratiquement la moitié sont en Gaec. Et quatre sur cinq produisent du lait.
Préretraite : 65 dossiers ont été acceptés. Ils remplissaient les conditions (assez restrictives).
Plan d’amélioration matérielle : Dossiers mise aux normes en attente, CTE suspendus, taux bancaires bas ont réduit le nombre de PAM à 102. L’investissement moyen frôle les 200 000 euros dont 80 % correspondent à des bâtiments.
CTE : Jusqu’en août 2002 168 dossiers avaient été agréés (soit un rythme annuel de 280 à 300). Depuis l’activité CTE est en sommeil. Les textes officiels pour les CAD qui remplacent sont prêts. Ils restent des arbitrages à effectuer et surtout l’enveloppe financière n’est pas encore définie (source DDAF).
Diagnostic de territoire : L’Adasea a travaillé sur deux dossiers : recensement du parcellaire et des sièges d’exploitation pour la future ligne TGV et un diagnostic de l’agriculture sur le territoire rennais.
Le coût des installations dérape
• 250 000 euros, tel est le montant moyen toutes productions confondues d’une installation en Ille-et-Vilaine. En lait, la reprise a augmenté de 40 % depuis 1998. Le quota est certes plus élevé, mais ramené au litre, elle passe de 0,67 à 0,80 euro. Après un tiers, elle atteint 0,89 euro et reste à 0,62 dans une succession familiale. L’écart se resserre avec l’introduction des investissements prévus lors de l’installation : 1,07 euro après un tiers et 0,91 dans un cadre familial. La différence de coût de mise aux normes l’expliquerait partiellement, les exploitations cédées par les tiers sont davantage aux normes. Ces chiffres valent pour des installations individuelles. Sans avancer de chiffres, l’Adasea indique que la reprise d’une exploitation par une société lors d’une installation est encore plus élevée que dans une reprise individuelle.
• Un calcul rapide de l’Adasea précise qu’avec un excédent brut d’un niveau moyen (0,167 euro/litre), un quota de 200 000 litres et 40 ha, le montant de l’investissement de départ ne devrait pas dépasser 155 000 euros soit 0,77 euros par litre pour obtenir le niveau de revenu demandé pour l’obtention de la DJA.
• Le versement de la deuxième fraction de la DJA pose de plus en plus de difficultés au regard du durcissement de la réglementation et du niveau de revenu obtenu : 13 % des dossiers ne sont pas dans les clous. L’analyse qu’a faite l’Adasea montre que les structures les plus petites sont les plus sensibles. Elle précise aussi que les jeunes agriculteurs atteignent tout juste le produit prévu dans l’étude prévisionnelle d’installation (EPI) et surtout que les coûts de production dérapent. Les investissements réalisés se révèlent presque systématiquement plus élevés que prévus, surtout s’ils étaient limités au départ. « L’EPI est un moment privilégié de réflexion sur ce que va être l’installation. Certains jeunes ne l’ont pas encore compris », constate Olivier Auffray, le président des JA ».
Paul Chauvin
|
|